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Chasseurs de science

Chasseurs de science, un podcast Futura. À chaque épisode, embarquez dans les couloirs du temps pour revivre avec nous les petits et grands événements qui ont forgé la science. Chasseurs de science, c'est une immersion sonore de dix minutes dans la foisonnante histoire des sciences. Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 06.02.2021
    23 MB
    09:47
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    Caroline Herschel : la géante méconnue de l'astronomie

    Nombre d'entre vous êtes probablement déjà familiers avec le célèbre astronome William Herschel. Mais avez-vous déjà entendu parler de sa sœur ? Scientifique brillante et assistante dévouée, Caroline Herschel a sacrifié sa vie à son frère et consacré le peu qui lui restait à ses propres recherches. Son travail remarquable lui a valu un succès notable pour son époque, mais peu de gens se souviennent de son nom aujourd'hui.Pourtant, Caroline Herschel est une femme de records. Au cours de sa carrière, elle découvre huit comètes, quatorze nébuleuses, catalogue des centaines de nouvelles étoiles et des galaxies, devient la première femme publiée par la revue de la Royal Society, ou encore la première astronome à recevoir un salaire pour son travail. Un destin de géante pour cette femme qui ne mesurait pas plus d’un mètre quarante, que nous vous invitons à découvrir dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science.Pour aller plus loin :Découvrez l'article dédié à Caroline Herschel sur CielmaniaCaroline HerschelLes grandes femmes de la scienceFemmes et la Science : Cinq femmes d'exception | DossierVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :​​​​​​Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Pour cet épisode, nous partons à la rencontre d’Herschel, l’une des plus grandes astronomes que le monde ait connu. Oui, oui, vous avez bien entendu. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.31 décembre 1783. La campagne anglaise repose paisiblement sous une épaisse couche de neige éclairée par la lune gibbeuse et quelques rares étoiles. À l’ouest de la capitale, la ville de Slough baigne dans un silence cotonneux, occasionnellement rompu par l’ébrouement discret des chevaux attachés au-dehors des relais de poste. Plusieurs clochers marquent 22 heures pour la dernière fois de l’année, et la plupart des habitants de la ville se sont déjà réfugiés chez eux depuis longtemps, à l’abri du froid mordant qui transperce jusqu’aux os.Mais dans le jardin d’Observatory House, pas question de laisser les célébrations, ou même le vent glacé, prendre le pas sur la science. Un immense télescope, monstre de bois et de verre dont la célébrité dépasse de loin les contours de la ville, trône, imposant, devant la demeure. Penché au-dessus de sa gueule redoutable, le non moins célèbre astronome William Herschel, un oculaire à la main, lance des instructions à ses assistants qui s’agitent à plusieurs mètres sous ses pieds. En réponse à l’un de ses ordres, il entend le frou-frou des épais jupons de sa sœur Caroline sur la neige, alors que celle-ci contourne en courant la base de l’appareil pour modifier son mouvement latéral. Il ne remarque cependant pas le froissement et le bruit sourd qui suivent quelques instants plus tard. Impatient, il hurle depuis sa plateforme « Hâte-toi donc ! ». Dans l’obscurité, un mince filet de voix brise le silence et lui répond en tremblant « Je suis empalée. » Alarmé, Herschel se précipite au bas du télescope accompagné de son assistant et découvre Caroline allongée dans la neige humide, le visage tordu de douleur. L’un des crochets de métal qui maintiennent la structure en place est profondément enfoncé au-dessus de son genou.Bien peu de ceux qui ont déjà entendu le nom de William Herschel ont connaissance de sa sœur. Et pourtant, il semble encore aujourd’hui impossible de parler de Caroline sans mentionner son frère et le rôle considérable qu’elle a eu dans sa vie.Ces deux personnages singuliers naissent à onze ans d’écart dans la ville de Hanovre, en Allemagne. Huitième enfant d’une fratrie nombreuse, Caroline voit le jour le 16 mars 1750. Elle est la fille d’Isaac Herschel et d’Anne Moritzen, une femme pragmatique dont elle garde le souvenir d’une mère dure et sévère. Leur famille connaît de nombreux moments de difficulté financière, et tandis que le rêveur Isaac rêve d’offrir la même éducation à tous ses enfants, Anne déclare que la seule instruction que ses filles recevront est celle qui leur permettra de subvenir aux besoins de la famille en devenant de bonnes ménagères. Malgré les tentatives de Caroline pour acquérir des compétences qui lui garantiraient l’indépendance, le sort et ses parents semblent s’être ligués contre elle. Son visage est grêlé des cicatrices de la variole qu’elle a attrapée à cinq ans, et le typhus qui l’a presque abattue six ans plus tard a stoppé sa croissance, de telle sorte qu’elle ne dépassera jamais le mètre quarante. Avec son physique ingrat et ses origines modestes, lui déclare son père, elle devra probablement passer le reste de sa vie à servir ses vieux parents.Durant ces dures années d’enfance, son frère William devient un confident. C’est aussi lui qui lui offrira la clef de la liberté. Après la mort d’Isaac, il parvient à convaincre leur mère de laisser Caroline le rejoindre en Angleterre, où il est déjà établi depuis plusieurs années en tant qu’organiste. À l’âge de 22 ans, sa sœur quitte enfin le carcan familial et débute une nouvelle existence.Durant ces dix premières années de vie commune, la jeune femme apprend le chant et le clavecin et devient rapidement une artiste reconnue. Pour autant, son frère ne se contente pas de lui inculquer la musique. Il lui enseigne également l’anglais et l'arithmétique, et à mesure qu’il plonge dans sa passion pour l’astronomie, il l’aide à acquérir les compétences académiques et techniques nécessaires pour devenir son assistante à plein temps – une fonction pas toujours gratifiante pour Caroline, qui préfère de loin se consacrer à sa carrière de chanteuse.Peu de temps après la découverte d’Uranus par William, celui-ci est fait astronome royal en 1782. Lui et sa sœur prennent alors résidence à Slough, où ils auront tout le loisir de s’adonner à de longues soirées d’observation. À cette occasion, Caroline se voit offrir son propre télescope pour « balayer » le ciel : une formulation employée par son frère dont l’ironie ne lui échappera pas. Bien qu’elle se montre initialement réticente à passer ses nuits dans l’obscurité froide du jardin, la fièvre des étoiles la gagne progressivement. Le 26 février 1783, elle réalise sa première découverte en pointant une nébuleuse qui n’est pas répertoriée dans le catalogue de Messier. Le même soir, elle découvre indépendamment M110, une galaxie elliptique satellite d’Andromède, et petit à petit, l’élève dépasse le maître.La vie n’est cependant pas toujours facile sous la coupe d’un aîné certes protecteur mais bien souvent tyrannique dans ses exigences. Avec une patience et une application infinies, Caroline se rend utile par tous les moyens possibles, trouvant ainsi une manière d’approfondir continuellement son savoir et l’éventail de ses compétences, mais ses relations avec William sont souvent teintées de frustration. Elle raconte, avec une amertume tout juste voilée, comment celui-ci en arrive rapidement à l’interrompre dans ses travaux d’observation pour réclamer son assistance:« J’éprouvais du réconfort à constater que mon frère était satisfait de mes initiatives pour l’assister lorsqu’il avait besoin de quelqu’un pour courir jusqu’aux horloges, écrire un mémorandum, partir chercher et porter des instruments, ou mesurer des distances avec des piquets, etc., etc.. Des choses de cette nature survenant sans discontinuer. »Le 1er août 1786, Caroline découvre sa première comète. Elle la présente dans un article remarquable qui paraît en 1787 et lui vaut de devenir la toute première femme publiée par la revue Philosophical Transactions de la Royal Society. La même année, elle se voit accorder un salaire annuel par le roi George III, marquant l’Histoire une fois de plus en devenant la première astronome salariée dont nous ayons trace et la première femme à assumer des fonctions au sein du gouvernement anglais. Caroline découvrira huit comètes au total et défendra la mise au jour de chacune d’elles avec ferveur. Dans certains cas, elle en appelle à l’autorité d’hommes influents pour asseoir sa priorité et pour sa huitième, elle enfourche son cheval et galope dans la nuit jusqu’à Greenwich pour annoncer sa découverte.En parallèle, elle continue d’aider William dans la conception de ses télescopes et entreprend la tâche herculéenne de revoir entièrement le catalogue de Flamsteed – un ouvrage de référence pour les astronomes – afin de classer les étoiles non plus par constellation, mais par secteur du ciel. Ce travail sera une fois de plus publié par la prestigieuse Royal Society, cette fois-ci sous le nom de son frère.Bien que ce dernier défende avec fierté les accomplissements de sa sœur, leur relation s’étiole avec son mariage en 1788. Caroline se voit contrainte de prendre une dépendance et perd une grande partie de ses responsabilités et privilèges à Observatory House. Elle poursuit néanmoins sans relâche son exploration du ciel, et, en 1828, six ans après la mort de son frère, devient la première femme à recevoir la médaille d’or de la Royal Astronomical Society pour son travail exceptionnel. Il faudra attendre 1996 avec Vera Rubin pour qu’une femme se voit à nouveau remettre cet hommage.Caroline Herschel meurt paisiblement dans sa ville natale de Hanovre le 9 janvier 1848, rejoignant enfin les cieux étoilés qu’elle a passé sa vie à contempler. Les manuels d’Histoire pourraient nous amener à penser que cette femme extraordinaire faisait figure d’exception à son époque. Pourtant, sa carrière brillante et reconnue témoigne bien plus de son ambition et de sa pugnacité que d’une prédisposition particulière. Parmi les très nombreuses assistantes de l’ombre qui ont participé à l’édification de la science avant de tomber dans l’oubli général, elle est l’une des rares qui soient parvenus à se tailler une place parmi les étoiles et dans les mémoires. Ce que son frère lui a offert de soutien, cette astronome téméraire le lui a rendu au centuple, et c’est pour cela que plus jamais le nom de William Herschel ne devrait être évoqué sans que soit fait mention de la brillante Caroline.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Rafael Krux, et son générique par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Elodie Chabrol, directrice de Pint of Science et créatrice du podcast Sous la Blouse, qui prête sa voix à Caroline Herschel ; et à Guillaume Coolen qui prête la sienne à William Herschel. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer, Apple Podcast et bien d'autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !Musique :Paper Flakes, Walking Stars et Silver Lake par Rafael KruxLicence: https://filmmusic.io/standard-license Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 25.01.2021
    742 MB
    00:36
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    Bêtes de science, le teaser

    Découvrez bientôt le nouveau podcast de Futura dédié à l'intelligence animale. À chaque épisode, partez à la découverte d'un nouvel animal et de ses comportements les plus étonnants. Rencontrez des oiseaux architectes, des poissons dessinateurs, des insectes cartographes et bien d'autres créatures dans Bêtes de Science ! Rendez-vous à partir du 3 février sur vos plateformes audio préférées ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 16.01.2021
    25 MB
    10:31
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    Chuck Yeager, l’homme le plus rapide du monde

    Octobre 1947. Pour la première fois de l’Histoire, un bang supersonique produit par un avion retentit dans le ciel. Aux commandes : Chuck Yeager, pilote américain de génie.Cet épisode de Chasseurs de science retrace la vie aventureuse du premier homme à avoir franchi le mur de son. Si cet exploit le rendit célèbre, il en connut bien d'autres jusqu'à sa mort le 7 décembre 2020. Rendons donc hommage à cet as du pilotage qui inspira aussi le cinéma.Pour aller plus loin :Les avions du futur : plus gros mais moins gourmandsVidéo exclusive : l'épopée du X-15, le premier avion spatialEn vidéo : la chute libre supersonique de Felix BaumgartnerVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de Science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie votre guide temporelle. Aujourd’hui nous rendons hommage au pilote américain le plus doué de sa génération, Chuck Yaeger, décédé le 7 décembre 2020 à 97 ans. S’il a connu la gloire à l’automne 1947, le reste de sa vie aventureuse est tout aussi remarquable. 14 octobre 1947, Californie. Altitude : 13.700 mètres. Température : glaciale.Charles Elwood Yeager, surnommé Chuck, essaye tant bien que mal de trouver une position confortable dans le minuscule cockpit de son avion, un BX-1. Avec les deux côtes qu’il s’est cassées la veille lors d'une chute à cheval, ce n’est pas une mince affaire !Dans quelques instants, la soute de l’avion-porteur qui le transporte s’ouvrira et il lancera son BX-1 par delà de la dernière limite connue : le mur du son. Le BX-1 a été conçu pour cela. C’est littéralement une balle de revolver dotée de petites ailes et d'un moteur-fusée à l’arrière. Il ne mesure que 3 mètres de haut pour 11 mètres de long. Chuck ne peut même pas étendre ses jambes dans le cockpit. Mais le défi ne l’impressionne pas le moins du monde. Du haut de ses 24 printemps, il en a vu d’autres !Le pilote de l’avion-porteur le prévient de l’ouverture de la soute. Une raie de lumière éblouissante se dessine devant Chuck. Il pose ses lunettes de soleil sur son nez et met en marche son avion. L’appareil s’emballe, le cœur de son pilote aussi. Chuck pense à Glennis, sa femme, et à l’inscription « Glamorous Glennis », peinte en son hommage sur l'avant de son bolide.Ça y est : le ciel s’étend devant lui. Le BX-1 s’élance comme un boulet de canon. Son nez pointu déchire littéralement l’air. L’accélération le cloue sur son siège et met à rude épreuve son corps endolori, mais Chuck prend toujours plus de vitesse. L’aiguille du machmètre monte doucement : 0,83, 0,88, 0,92. Il continue d’accélérer jusqu’à que l’aiguille sorte du compteur. À 10h18, le premier bang supersonique de l’histoire retentit dans le ciel californien, au-dessus du désert de Mojave. Chuck Yeager vole à Mach 1,05, soit 1.296,54 km/h. Il devient alors « the fastest man alive », le premier homme à franchir le mur du son lors d’un vol horizontal habité.Chuck Yeager naît le 13 février 1923 dans une petite ville de Virginie-Occidentale sur la côte est des États-Unis. Il est le second enfant d’Albert Hal et de Susie Yeager, deux Américains modestes. C’est un enfant curieux et hyperactif mais qui ne brille pas par ses résultats scolaires. À l’adolescence, il préfère pêcher et chasser plutôt que de rester assis sur une chaise. On raconte qu’il est capable de tirer un chevreuil à 550 mètres de distance. Néanmoins, il montre d’incroyables capacités dans tous les domaines nécessitant un raisonnement mathématique, une coordination physique et du doigté. Ces dernières lui sauveront plusieurs fois la mise.À la sortie du lycée, il s’engage sans attendre dans l’U.S Air Force. Nous sommes alors en 1941, et Chuck a tout juste dix-huit ans. Les longues heures passées avec son père à trifouiller des générateurs, des pompes et autres machines lui permettent de devenir mécanicien aéronautique. Mais ce n’est qu’une étape pour lui, son plan c’est devenir pilote. Son jeune âge et surtout le fait qu’il n’ait aucun diplôme d’étude supérieure le privent pour le moment de son rêve.L’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 bouleverse le destin du monde et celui de Chuck Yeager. Les États-Unis entrent en guerre aux côtés des Alliés et l’U.S Air Force doit grossir ses effectifs de pilotes. Les pré-requis pour intégrer le programme d’entraînement sont assouplis. Chuck saisit sa chance et postule seulement six mois après son engagement. Grâce à son acuité visuelle hors du commun, évaluée à 20/10, il est sélectionné. Il devient officier pilote en mars 1943 et part pour la Grande-Bretagne en novembre de la même année. Il a alors 20 ans.Chuck s’illustre rapidement aux commandes de son P-51 B, baptisé « Glamorous Glenn ». En mars 1944, il remporte sa première victoire en battant un Messerschmitt BF 109, fleuron de l’armée allemande. Le lendemain, il part pour sa neuvième mission, sûrement son fait de guerre le plus connu.Avec ses coéquipiers, il doit escorter un bombardier américain jusqu’à l’aérodrome de Bergerac. Mais les Allemands attaquent l’escadron au-dessus de Biscarrosse et l’avion de Chuck est touché. Les commandes ne répondent plus, pas le choix, il lui faut abandonner le « Glamorous Glenn ». Il s’éjecte du cockpit à 6.000 mètres d’altitude. La température glaciale lui brûle les poumons et le manque d’oxygène lui fait tourner la tête alors qu’il est en chute libre. Sentant sa conscience le quitter, il ouvre son parachute à 2.500 mètres d’altitude. Chuck est alors à la merci des pilotes ennemis, sans aucun moyen de défense. Celui qui l’a descendu voit là une occasion parfaite d’en finir, mais un de ses coéquipiers lui sauve la vie.Chuck termine sa descente près d’un moulin à la Rode. Là-bas vit une famille faisant partie de la résistance. Grâce à son aide et celle du voisinage, il traverse incognito les Pyrénées, affublé d’un béret et des vêtements du mari de l’une des résistantes. Il rejoint l’Espagne avec les huit autres survivants de son escadron, avant de rallier sa base en Angleterre.Après cette déconvenue, il retourne en mission et continue d’écrire sa légende. Il devient « As d’un jour » en octobre. Ce terme définit les pilotes qui ont descendu cinq avions ennemis en une seule journée.La fin de la guerre marque le début de sa deuxième carrière tout aussi prolifique : celle de pilote d’essai. Dès 1945, il s’entraîne sur les avions construits par la compagnie Bell pour franchir le mur du son. Il fait de nombreux essais, participe à l’amélioration du BX-1. Il flirte avec Mach 1 à de nombreuses reprises, mais ne le dépasse qu’après deux ans d'entraînement acharné, le 14 octobre 1947.Il fait encore de nombreuses prouesses pour le compte de l'US Air Force. Le 10 décembre 1963, il frôle la mort dans une scène digne d’un film d’action. Lors d’un « zoom climb », une manœuvre où le pilote monte en flèche dans les cieux, il perd le contrôle d’un avion prototype à 33.000 mètres d’altitude. L’avion fait une chute vertigineuse sans que Chuck Yeager ne parvienne à le redresser. À 2.500 mètres du sol, il finit par s’éjecter et rejoint le plancher des vaches sain et sauf, avec le visage grièvement brûlé. C’est un de ses derniers exploits. Il prend sa retraite en 1975 à l'âge de 52 ans.Jusqu’à sa mort le 7 décembre dernier, Charles Elwood Yeager est resté une légende. Le film L’Étoffe des Héros, sorti en 1983 et réalisé par Philip Kaufman, retrace les aventures des pilotes d’essais et futurs astronautes après la Seconde Guerre mondiale. C’est Sam Shepard qui campe le rôle de Chuck, mais ce dernier fait son apparition dans le métrage, lors d’un caméo plutôt cinglant.Il joue un vieux serveur dans le bar Pancho Barnes et s’offusque qu’un des pilotes ne soit pas admis car il n’a pas fait d’étude supérieure comme les astronautes. Un reproche qu’on faisait souvent à Chuck, et qui était à l’origine de sa querelle avec une autre célébrité de son époque et pilote d’essai tout aussi doué que lui : Neil Armstrong.Merci d’avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Rafael Krux, et son générique par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Si cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à nous le faire savoir en nous laissant une note et un commentaire sur votre plateforme d’écoute favorite. Pour soutenir notre travail, abonnez-vous et partagez vos épisodes préférés autour de vous. Merci pour votre fidélité. À bientôt pour un nouvel épisode de Chasseurs de science. Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 25.12.2020
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    09:24
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    Michael Faraday et les spectaculaires conférences de Noël

    En cette saison de fêtes, plongez au coeur du XIXe siècle et célébrez Noël comme les Victoriens : avec des sciences ! Durant cette époque où le progrès technique offre la promesse d’un avenir meilleur, les fêtes de fin d'année prennent une tournure inédite : expositions, démonstrations, spectacles et cadeaux à thématique scientifique apparaissent de toutes parts et captivent le public. Les scientifiques eux-mêmes deviennent des figures populaires que l’on retrouve jusque dans les oeuvres de fiction de Jules Verne ou de Charles Dickens. Parmi ces personnages, un en particulier marque l’histoire : Michael Faraday. Michael Faraday fut l’un des plus grands scientifiques de son siècle. Doté d’un esprit génial assorti à un enthousiasme enfantin, ce chimiste, inventeur et explorateur des domaines liés à l’électricité a su faire progresser la science de son époque comme nul autre et a étudié avec une curiosité insatiable le monde qui l’entourait. En 1824, il initie les conférences de Noël de la Royal Institution, que nous vous proposons de revivre pour un moment dans ce nouvel épisode de Chasseurs de sciences. Pour aller plus loin :Le sapin de Noël, un arbre féeriqueNoël serait une réalité... dans le cerveauQui était Michael Faraday ?Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd'hui, nous célébrons Noël comme les Victoriens, avec une conférence scientifique animée par l’un des plus brillants esprits du XIXe siècle : Michael Faraday. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.L’excitation dans l’amphithéâtre est à son comble. Scientifiques, familles, journalistes et membres de l’élite se sont tous réunis à la Royal Institution en ce soir de Noël pour assister à une présentation exceptionnelle, animée par nul autre que le célèbre Michael Faraday. Près d’un millier de paires d’yeux brillants sont rivées sur le jeune chimiste, debout devant une table recouverte d’objets tous plus étranges les uns que les autres. Avec un sens du spectacle indiscutable et un enthousiasme proprement enfantin, il vient de leur exposer pendant plus d’une heure les principes fondamentaux de la chimie, de remplir des bulles de savon de toutes sortes de gaz et de leur poser toutes sortes de questions sur le fonctionnement du monde. Aux côtés de leurs parents, les bambins jubilent et boivent chacune des paroles du grand scientifique redevenu enfant pour la soirée. Jamais les sciences ne leur ont paru aussi simples, claires et incroyablement divertissantes. La conférence se conclut dans un tonnerre d’applaudissementsMichael voit le jour en 1791, dans une atmosphère d’ébullition intellectuelle et scientifique. Enfant du siècle des Lumières mais aussi d’une famille d’origine modeste, cet esprit curieux au corps frêle sait que sa meilleure chance réside dans ce que l’école publique de son village aura à lui enseigner. Malheureusement, le jeune garçon est affligé d’un trouble de l’élocution qui l’empêche de prononcer jusqu’à son propre nom.Fawaday. Je m’appelle Michael Fawaday.Ce handicap, ainsi que la philosophie de l’époque en matière d’éducation, lui valent de nombreuses remontrances, et, un jour, Michael est battu si violemment par son institutrice que sa mère décide de le retirer de l’école.Il grandit dans un foyer aimant, mais il lui faudra plus que cela pour garantir son avenir. À l’âge de 13 ans, il distribue des journaux pour le compte de George Riebau, un maître relieur établi à Londres, et deux ans plus tard, il signe un contrat d’apprentissage avec ce dernier. Soudain, le jeune Faraday est entouré de plus de livres qu’il n’en a vu de sa courte vie. Il parcourt avec avidité les volumes qui passent entre ses mains, ébloui par la quantité de savoir et de sagesse que ceux-ci ont à livrer. Il s’abîme dans l’exploration de l’Encyclopédie britannique, où les articles sur l’électricité agissent tels des aimants sur son intellect.Mais surtout, il se perd dans les pages de Conversations sur la Chimie. L’ouvrage est rédigé par Jane Marcet, une auteure de sciences populaires engagée dans l’éducation des femmes et des publics les moins érudits. Il connaît à l’époque un remarquable succès avec pas moins de 16 éditions en Angleterre seulement, et marque un tournant dans la vie de Faraday. Il racontera plus tard :Lorsque j'ai fait la connaissance personnelle de Mme Marcet, combien de fois ai-je laissé mes pensées vagabonder en arrière, ravi de connecter le passé et le présent ! Combien de fois ai-je pensé à ma première instructrice lorsque je lui envoyais un article en gage de ma gratitude.Il explique :J'étais une personne très enjouée et imaginative, et je pouvais croire aux Mille et Une Nuits aussi facilement qu’à ce que disait l'Encyclopédie. Mais les faits étaient importants pour moi et ce sont eux qui m'ont sauvé... Alors quand j'ai mis à l’épreuve le contenu du livre de Mme Marcet avec les petites expériences que je parvenais à réaliser, et que j'ai trouvé qu'il était fidèle aux faits tels que je les comprenais, j'ai senti que j’avais trouvé une ancre dans la connaissance de la chimie et je m'y suis accroché.De là découle ma profonde vénération pour Mme Marcet, en tant que personne capable de transmettre à l'esprit jeune, non instruit et curieux, les vérités et les principes de ces domaines illimités de la connaissance qui concernent les choses naturelles.Aiguillonné par ces lectures, Michael, désormais âgé de 20 ans, se rend dès la fin de son apprentissage à plusieurs conférences du chimiste Sir Humphry Davy. Autre grande figure de son temps, le scientifique est aussi génial qu’il est extravagant, et étudie de nombreux domaines comme la chimie, l’électricité, l’ingénierie, ou même le gaz hilarant, qui lui vaudra sa renommée au début du XIXe siècle. Il remarque rapidement l’esprit brillant de Faraday lorsque celui-ci lui fait suivre un ouvrage de 300 pages basé sur les notes prises durant ses conférences, et le recrute immédiatement comme assistant à la Royal Institution.Il ne faudra que treize années au jeune autodidacte pour y devenir directeur de laboratoire, puis professeur en 1833. Faraday exulte, s’exalte, excelle. Il commence par découvrir le benzène dans des gisements de houille, puis, grâce à un appareil simple et ingénieux, parvient à liquéfier la quasi-totalité des gaz connus de son époque. Il poursuit en complétant les théories d’Ampère sur l’électromagnétisme, pose les fondations du moteur électrique, et invente la première dynamo. On lui doit les termes d’électrode, d’ion ou encore d’électrolyse, ainsi que la célèbre cage de Faraday, qui porte son nom. Alors que l’engouement pour la science populaire ne fait qu’accroître, il devient une sorte de super star parmi ses pairs mais aussi pour le public.En effet, au milieu du siècle les Victoriens ne jurent plus que par la science, et ce en particulier… durant les fêtes. Devenue symbole de développement technologique et de progrès social, elle incarne l’espoir et inspire toutes sortes de manifestations à l’arrivée de Noël. Des expositions étonnantes, des démonstrations époustouflantes, des cadeaux scientifiques ébouriffants et des spectacles de pantomime bourrés d’effets spéciaux et d’illusions d’optique émergent et captivent les foules. Les performances sont généralement suivies ou accompagnées de conférences scientifiques visant à décrypter tel phénomène ou tel tour de passe-passe, auxquelles assistent parents, passants et enfants. La correspondance de l’auteur Charles Dickens suggère que celui-ci se serait inspiré de Faraday lui-même pour créer le personnage du professeur au centre de son dernier ouvrage L’Homme hanté. L’adaptation de ce dernier au théâtre connaît un succès retentissant, en particulier grâce au jeu de miroirs qui donne l’illusion de la présence d’un véritable fantôme sur scène.Quant à Faraday, il initie en 1825 la tradition bientôt bicentenaire des conférences de Noël, tenues chaque année à la Royal Institution pour le plus grand plaisir des petits curieux. Une fois de plus, le grand scientifique qu’il est devenu regarde en arrière, au temps où il n’était qu’un jeune garçon feuilletant les pages d’un ouvrage de chimie populaire. Il songe à l’émerveillement qu’il a ressenti et ressent encore à chaque fois qu’il se plonge avec passion dans ses expériences. Il repense à ses parents, à Jane Marcet, à Humphry Davy, et à tous ceux qui ont su nourrir et sublimer le feu qui brûle en lui. Avec ces conférences, avec cet héritage, il espère rendre au centuple ce qui lui a été donné, et inspirer de nouvelles générations d’enfants qui ignorent peut-être encore combien ils ont à apporter au monde.Merci d'avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Nino, qui prête sa voix au jeune Michael, et à Pierre Henriquet du compte Twitter astropierre, qui prête la sienne à Faraday adulte. Saluons également les performances de Camille, Erwan, Hortense, Kessi, Léonard, Maëlie, Matilda, Nathanaël et Salim.Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à vous abonner et à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez nous retrouver sur Spotify, Deezer, Apple Podcast, Castbox et bien d’autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai l’année prochaine pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. Bonnes fêtes de fin d’année à tous ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 05.12.2020
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    08:17
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    L'extravagant William Buckland et le premier dinosaure

    William Buckland, le paléontologue le plus fantasque de l’université d’Oxford est dans Chasseurs de science. Cet esprit aussi brillant que lunaire n’hésitait pas à raconter des anecdotes insolites à ces étudiants ou à les traumatiser avec des crânes d’animaux.Mais si William Buckland est un original, il est aussi un grand scientifique. Au fil des années, il a rassemblé les fossiles d’une espèce antédiluvienne, un lézard géant qu’il baptise le Megalosaurus : le premier dinosaure décrit de l’histoire.Pour aller plus loin :L'ère des dinosaures : introduction sur leur époque | DossierComment les dinosaures ont-ils disparu ?Découvrez l'intérieur du crâne d'un dinosaure en 3DVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura, je suis Julie et je serai guide temporelle pour ce voyage. Aujourd’hui nous remontons le temps à la racine de la paléontologie, en compagnie d’un homme qui a marqué l’histoire scientifique de la première moitié du XIXe siècle autant de par ses travaux scientifiques que de par sa personnalité fantasque.À la fin du XVIIIe siècle, le jeune William Buckland parcourt en long et en large la campagne anglaise du Devon dans laquelle il vit. Il visite les grottes, les forêts, les carrières à la recherche de quelque chose de bien précis : des fossiles. En effet, le Devon, mais aussi le Dorset, juste à côté, sont connus pour leurs gisements d’ossements et de restes d’animaux. Bien des années plus tard, il fera une découverte qui marquera l’histoire des sciences.William Buckland commence ses études sur les bancs des cours de théologie de l’université d’Oxford, mais il s’intéresse aussi aux sciences naturelles, et notamment à la géologie, où il excelle. En 1813, il devient chargé des cours de géologie et de minéralogie à l’université. Sa légende commence ici. Les cours de sciences naturelles n’attirent pas beaucoup d’étudiants car ils ne sont pas obligatoires. Mais peu à peu, les conférences de Buckland deviennent l’attraction de l’université. C’est un vrai showman qui tient ses élèves en haleine en vivant ses cours comme des pièces de théâtre, où la science côtoie des imitations clownesques. Ses qualités d'orateur font de lui un génie de la vulgarisation scientifique.Un témoignage d’un étudiant de l’époque permet de s’imaginer l’ambiance qui régnait dans la salle de cours :« Buckland, un crâne de hyène dans la main se précipita vers le premier élève assis au premier rang et cria " Qu’est-ce qui dirige le monde ? ". L’élève, absolument terrifié, ne répondit rien. Il se dirigea alors vers moi, le crâne de hyène tout près de mon visage. " Qu’est-ce qui dirige le monde ? " Sans connaître la réponse, je dis " L’estomac, sir ". Il poussa une exclamation. »L’extravagant William Buckland propose aussi de l’alcool à ses élèves et n’hésite pas à partager ses anecdotes les plus insolites. Il assure qu’il a goûté à tous les animaux qui existent — sauf la taupe et la mouche à viande, qui sont immondes à ses yeux. Il en sert à dîner à ses invités. Il a aussi goûté de la chair humaine ! Il aime raconter qu’il a avalé un fragment du cœur de Louis XIV, sans dire s'il l'a trouvé à son goût, lors d’un dîner chez la famille Harcourt .Sa personnalité n’empêche pas William Buckland d’être un scientifique sérieux. Les fossiles constituent toujours le squelette de son travail de recherche. Il publie un premier ouvrage remarqué en 1822. Dans Reliquiae Diluvianae il décrit et analyse plusieurs fossiles, notamment ceux d’un hippopotame, trouvés dans la grotte de Kirkdale dans le Yorkshire. Il démontre alors que ces restes ne proviennent pas d’animaux morts pendant le Déluge, mais qu’ils sont les témoins d’une faune tropicale passée. Fils d’un pasteur anglican et croyant lui-même, William Buckland ne partage pas les idées de Charles Darwin sur la théorie de l’évolution, mais il a tout de même un point de vue différent de ses contemporains créationnistes. Il pense qu’il existait des animaux sur Terre avant l'apparition des Hommes.Ce n’est pas son travail le plus célèbre. Une autre collection de fossiles concentre toute l’attention de Buckland. Au fil des années, il en a découvert plusieurs dans la carrière de Stonesfield, qui appartiennent à la même espèce. Il a bien une idée en tête, mais elle semble folle. Il l’expose tout de même à l’anatomiste français George Cuvier. Ce dernier pense que les fossiles sont les restes d’animaux disparus, plus particulièrement des reptiles.Après sa correspondances avec Cuvier, Buckland en est sûr : les vertèbres, les os des membres, et surtout cette mâchoire dotée de longues dents pointues, sont les restes d’un lézard géant, long de plus de 30 mètres, qui devaient marcher à quatre pattes, le ventre près du sol un peu comme un crocodile. Il le baptise Megalosaurus : le lézard géant. En 1824, il publie son ouvrage le plus célèbre Notes sur le Megalosaurus, ou le lézard géant de Stonesfield.Sans le savoir, il vient de décrire le premier dinosaure de l’histoire. En effet, le mot « dinosaure » ou dinosauria n’existe tout simplement pas. Il est inventé en 1841 par le paléontologue Richard Owen, à partir de deux mots grecs : deinos qui signifie « terriblement grand », et sauros pour « lézard ». Owen repense aussi la description de Buckland, en suggérant que le Megalosaurus possède de longues pattes postérieures et deux pattes antérieures plus petites, ce qui correspond plus à l’image actuelle des dinosaures.Quelques années après la parution de son ouvrage phare, la santé mentale de Buckland commence à décliner. Ses extravagances cachent le début d’une démence sévère. Mais c’est un scientifique reconnu : il a reçu bon nombre d’honneur comme la médaille Copley de la Royal Society, la récompense la plus prestigieuse et ancienne décernée par la société savante anglaise, dont il fut membre de sa jeunesse. Et comme ses délires ne détonnent pas avec sa personnalité, personne ne le voit alors comme un vieil homme sénile. Il meurt finalement en 1856 à l’âge de 72 ans, laissant derrière lui un héritage énorme.Si Buckland reste avant tout célèbre pour sa description du Megalosaurus, il est aussi à l’origine d’une discipline scientifique à part entière : l’analyse des coprolithes, des excréments fossilisés. On peut imaginer, au regard de la personnalité atypique de Buckland, que c'était sûrement sa plus grande fierté. En parlant des coprolithes, on raconte que le truculent scientifique buvait le thé avec ses invités, qui posaient leurs tasses et leurs cuillères sur une table faite à partir d’un énorme excrément fossilisé coupé en deux. Merci d’avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration Julie Kern.Pour soutenir notre travail et améliorer notre visibilité, surtout laissez-nous 5 étoiles et un commentaire sur vos applications audio préférées. Pour ne manquer aucun autre épisode, abonnez-vous sur Spotify, Deezer et Apple Podcast. À bientôt dans Chasseurs de science. Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 14.11.2020
    26 MB
    11:02
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    Charles Turner, l'homme qui parlait à l'oreille des insectes

    Charles Henry Turner est l'une des grandes figures oubliées de la science. Né en 1867, il consacre sa vie à l'étude des animaux, de leur anatomie, de leurs comportements, de leurs perceptions et de leur intelligence. Scientifique passionné, travaillant sans relâche pour alimenter sa discipline, il bat de nombreux records, produit d'innombrables publications, mais il est également confronté à une société qui refuse de lui accorder le crédit qu'il mérite.À cause de ses origines afro-américaines, les contributions de Turner bénéficieront à tous, mais son nom tombera dans les oubliettes de l'histoire. En parallèle de sa vie de chercheur, de professeur et de père de famille, il trouve encore le temps de militer pour l'égalité des droits civiques, et pour l'accès à l'éducation, d'offrir aux jeunes générations la chance qu'on lui refuse. L'histoire de Charles Turner, c'est celle d'un combat mené dans l'humilité, la passion et la détermination. Un combat qu'il est grand temps de déterrer de l'oubli.Pour aller plus loin :Les hommes, nom de famille HOMOTous les animaux souffrent-ils de la même façon ?Pourquoi les apiculteurs s'habillent-ils en blanc ?Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd'hui, nous plongeons dans le cerveau des animaux et des petites bêtes aux côtés de Charles Henry Turner, l’un des plus grands scientifiques oubliés du début du XXe siècle. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.Le soleil de l’été 1910 cogne fort au-dessus de la ville de Saint-Louis, Missouri. Mais Charles Turner n’en a cure. Agenouillé dans un champ qui borde le parc O’Fallon, le scientifique observe avec intensité les abeilles qui s’affairent au milieu du mélilot blanc. Ces dernières semblent ostensiblement ignorer les six disques rouges enduits de miel qu’il a soigneusement disposés au niveau des herbes sauvages. Les oreilles pleines du bourdonnement des travailleuses, il tente désespérément de les attirer lui-même vers ses fleurs artificielles, en vain. Cela fait deux heures qu’il est là, et il redoute que son étude ne se solde par un échec. Soudain, une ouvrière, vient se poser sur le rebord de l’un des disques, juste sous ses yeux. Elle est rapidement rejointe par une seconde, et Turner se réjouit de les voir toutes deux absorber le précieux liquide. L’expérience peut commencer.Le lendemain, à 8 heures du matin, le scientifique retourne sur place pour découvrir que deux des disques ont été entièrement vidés de leur stock de miel, et que ses sujets ont même été jusqu’à emporter une partie de leur papier rouge, encore imbibé de sucre. Enthousiaste, il accroche six nouveaux cercles rouges identiques aux précédents, et six bleus pour leur part dépourvus de récompense. Immédiatement les abeilles arrivent par nuées pour butiner avec frénésie les coquelicots artificiels de Turner.Maintenant arrive l’instant crucial : après un quart d’heure de ce manège aérien, alors que les travailleuses repartent vers la ruche pour y déposer leur butin, le chercheur se saisit de l’une des cibles rouges et la remplace par un cercle bleu, dans l’espoir de répondre à la question qui le taraude : « les abeilles sont-elles capables de distinguer les couleurs ? ». Les secondes passent, puis les minutes. Finalement, les créatures reviennent, fonçant tout droit vers le dernier lieu de récolte. Carnet de notes en main, Turner sent ses doigts enserrer le stylo dont la pointe est posée sur la page. Dans un splendide mouvement courbe, les abeilles changent subitement de destination en laissant derrière elles la cible azur, les antennes pointées vers la tache écarlate la plus proche. Turner jubile, mais l’expérimentation n’est pas terminée. Parce qu’il tient à fournir des résultats rigoureux, il passe encore plusieurs jours à tester une trentaine de manipulations, voyageant d’un cercle à l’autre comme une abeille dans un champ de fleurs. Il va jusqu’à façonner de petites cornes d’abondance en papier et recueille, en guise de final, des ouvrières dans la paume de sa main. Avec passion et application il rassemble les données qui lui permettront de mettre fin au débat qui anime le milieu des entomologistes depuis des décennies. Sa conclusion est proclamée avec une humilité et un engouement caractéristiques le 18 juillet 1910 : les abeilles sont bel et bien capables de discriminer les fleurs en fonction de leurs couleurs pour optimiser leur collecte.C’est un accomplissement notoire pour Turner, un tour de force qui tombera dans les oubliettes de l’Histoire, et échappera même à la mémoire de ses pairs. Car à l’époque, un autre type de discrimination basée sur la couleur est en train de se jouer.Né en 1867, deux ans après la fin de la Guerre civile, Charles Henry Turner est le fils d’un gardien d’église et d’une infirmière afro-américains, qui très tôt, lui transmettent l’amour de l’apprentissage et bientôt, celui de l’éducation. À l’âge de 19 ans, il quitte le lycée avec les meilleures notes de sa promotion, et un an après, il épouse la jeune institutrice Leontine Troy. Turner est le premier diplômé afro-américain de l’université de Cincinnati lorsqu’il obtient son master en 1886, puis devient possiblement le premier à recevoir un doctorat de l’université de Chicago, avec les honneurs, en 1907. Au cours de la décennie qui sépare ces deux événements, il démontre à maintes occasions son application et sa rigueur en publiant un travail de plus de 100 pages sur l’anatomie du cerveau chez les oiseaux, copieusement agrémenté d’illustrations détaillées. Cet article, son tout premier, est publié dans la prestigieuse revue Science, dont il est possiblement le premier contributeur afro-américain, installant, une fois encore, un nouveau record.Il ne s’arrête pas là puisqu’en 1892, son article sur la construction des toiles d’araignées fait également de lui le premier auteur de psychologie comparée afro-américain. Un autre article est publié dans Science, suivi plus tard par un troisième, et, tant qu’à faire, Turner découvre plusieurs nouvelles espèces marines dans les eaux de Cincinnati. D’autre part, il rédige avec son mentor Clarence Herrick un volume de 500 pages sur les Entomostraca, une sous-espèce de crustacés vivant dans la région. Malheureusement, l’année de publication de l’ouvrage est également marquée par la mort de sa femme, laissant désormais à Charles la charge intégrale de ses trois enfants, âgés d’un à trois ans. Il redouble désormais d’ardeur afin d’offrir à sa famille la stabilité dont elle a besoin. En dépit de près d’une trentaine d’articles publiés en 1907 et d’une renommée qui s’étend jusqu’en Europe, Turner essuie des refus répétés et dans certains cas inhumains. Alors que le précédent directeur de l’université de Chicago, décédé en 1906, souhaitait rendre l’éducation accessible à tous et reconnaissait à Turner le statut d’autorité majeure dans son domaine, son successeur tient un autre discours. En place depuis moins d’un an lorsque notre ami zoologue obtient son doctorat (rappelons-le, avec les honneurs), il lui déclare qu’il ne recrutera pas un « n*gre ».Accompagné de sa seconde femme et de ses trois enfants, ce dernier est donc contraint pendant plusieurs années de naviguer d’école en école. En parallèle de son travail à plein temps, et de sa vie de famille, il continue de produire deux articles par an, un rythme de production bien supérieur à celui de ses pairs de l’époque. Entomologiste passionné, il s’intéresse à toutes sortes de créatures : papillons de nuit, cafards, guêpes, vers, ou encore fourmis. On pense qu’il est le premier à tester le conditionnement pavlovien chez les insectes, il découvre que ceux-ci sont capables de percevoir les sons, de former des souvenirs, des pensées individuelles, peut-être même des émotions, d’exercer un libre arbitre distinct du simple acte réflexe ou instinctuel, il souligne l’importance de collecter des données dans la nature plutôt que dans un laboratoire, il instaure une méthodologie rigoureuse incorporant des conditions contrôles... Bref, à travers sa soif de savoir, sa rigueur et son enthousiasme, Turner offre une contribution unique à sa discipline et nous invite à voir les insectes comme bien plus que de simples nuisibles sans cervelle. Il écrit :« Après avoir étudié le sujet sous tous les angles possibles, je suis parvenu à la conviction que ni la fourmi grouillante, ni l'abeille volante, ni la guêpe chasseresse ne sont guidées par un mystérieux instinct, ou une combinaison de tropismes, ou uniquement par la mémoire musculaire, mais par quelque chose que chacun acquiert par expérience. »À l’âge de 41 ans, Turner s’établit enfin au lycée Sumner de Saint-Louis, le premier lycée afro-américain fondé à l’est du Mississippi. Il sait pertinemment qu’il ne s’y verra pas accorder de temps libre pour ses recherches, que son salaire de 1.080 dollars par an lui permettra à peine de subvenir à ses besoins, que la charge de travail sera lourde et ingrate, mais, ainsi qu’il l’exprime :« Je sens qu’on a besoin de moi ici, et je peux y faire tellement pour mes semblables. »Dès 1897, Turner produit plusieurs articles sur l’égalité des droits et l’accès à l’éducation. Cette dernière constitue selon lui la clef qui mettra fin au racisme dont lui et sa communauté sont victimes, et motive son envie d’enseigner dans des écoles accueillant des étudiants afro-américains. Il devient un emblème de la lutte pour les droits civiques à Saint-Louis et une figure d’attachement pour ses élèves, avec qui il mène diverses expérimentations sur les abeilles durant les pauses au réfectoire.En 1922, le professeur, malade, prend sa retraite et passe ses derniers mois chez son fils, Darwin. Une dizaine de jours seulement après la célébration de ses 55 ans, Charles Turner s’éteint laissant derrière lui plus de 70 publications académiques, un héritage précieux pour les zoologues, les éthologues et les biologistes, et pas la moindre trace de ses contributions dans les livres d’Histoire. Né à une époque où les Afro-américains étaient encore traités par beaucoup comme du bétail ou des êtres dotés d’une intelligence inférieure, Turner fut très probablement délibérément ignoré et oublié par ses contemporains. C’est pourtant cette même science à laquelle il contribuera tout au long de sa vie qui démantèlera progressivement les croyances qui envenimèrent la société dans laquelle il vécut. La science, et le bon sens, dont il ne manqua jamais.Son ami entomologiste Philip Rau déclarera à sa mort :« Les handicaps et les contraintes qui ont marqué la carrière de Turner ont été nombreux, et il les a affrontés avec humilité et bravoure. »Merci d'avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Darryl Fantaisie, qui prête sa voix à Charles Turner, et à Guillaume Coolen, qui prête la sienne à Philip Rau.Si vous appréciez notre travail n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de Science. À bientôt ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 24.10.2020
    28 MB
    11:52
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    Judith Resnik : le destin tragique d’une femme dans l’espace

    Dans les années 80, Judith Resnik vit son rêve. Elle est astronaute pour la Nasa et la deuxième femme américaine à s’être rendue dans l’espace. En janvier 1986, elle embarque à bord de la navette Challenger avec le reste de l’équipage.Cette femme moderne sera l’une des victimes de la tristement mémorable explosion de Challenger. Cet épisode de Chasseurs de science vous propose de revivre ce tragique épisode de l’histoire de l’aérospatiale aux côtés de Judith.Pour aller plus loin :28 janvier 1986 : explosion de la navette spatiale ChallengerIna : il y a 25 ans, la navette Challenger explosaitLe 12 avril 1981, premier vol d'une navetteColumbia : toutes les leçons n'auraient pas été tirées après ChallengerDécouvrez le documentaire de la chaîne Stardust sur le drame de Challenger.Rendez-vous sur CielMania pour y lire l'article de Jean-Baptiste Feldmann sur le mémorial lunaire créé en hommage à ces astronautes.Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd’hui, nous partons pour le pas de lancement de la navette Challenger, en Floride. Vous écoutez Chasseurs de science, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.En janvier 1978, Judith Resnik a 29 ans et elle vient de recevoir une nouvelle qui va bouleverser sa vie : elle est sélectionnée pour devenir astronaute pour la Nasa parmi plusieurs milliers de candidats. Elle prévient immédiatement ses parents Marvin et Sarah, tout deux immigrants d’Ukraine. Tout sourit à Judith. L’année précédente, elle a obtenu un doctorat en génie électrique et elle occupe un poste d’ingénieur à l’Institut national de la santé à Bethesda. Devenir l’une des premières femmes astronautes, c’est juste incroyable !Après l’annonce de sa sélection, Judith intègre un programme d’entraînement qui lui permet de devenir spécialiste de mission. À ce poste, elle sera en charge d’une partie bien précise des missions scientifiques que devront réaliser les astronautes une fois dans l’espace. Six ans après son entrée à la Nasa, Judith prend part à la mission Discovery. Elle est la seule femme de son équipage.Le 30 août 1984, alors que la navette décolle du pas de tir 39A du Kennedy Space Center à Cap Canaveral, elle sait que son nom marquera l’histoire avec un grand H. En effet, à ce moment-là, elle devient la deuxième femme américaine à rejoindre l’espace, et seulement la quatrième au niveau international, après deux astronautes russes et sa compatriote Sally Ride.Elle expérimente alors la sensation indescriptible d’impesanteur, voit ses cheveux flotter autour de sa tête et tous les outils qu’elle manipule ne jamais retomber sur le sol. À bord de Discovery, une image de Judith fera le tour du monde. Devant les caméras, elle brandit un carton où elle avait inscrit « Hi Dad ! » (« Salut, Papa ! »), en sachant pertinemment que son père suivait avec attention ses aventures spatiales.Après le succès du premier vol de Discovery, Judith intègre immédiatement un autre programme ambitieux de la Nasa : STS 51-L Challenger. La mission doit se dérouler comme suit. Le premier matin sera dédié à la préparation de la mise en orbite du satellite TDRS-B ; l’après-midi à son déploiement. Le deuxième jour, le programme de suivi de la comète Halley débute et Christa McAuliffe, deuxième femme de l’équipage et institutrice tiendra le premier cours donné depuis l’espace à des enfants. Les jours 3, 4 et 5 seront destinés à la mise en orbite du satellite Spartan. Judith est en charge de manier le bras robotique de la navette pour le déployer. Enfin, le retour de l’équipage est prévu 144 heures et 34 minutes après leur départ.Tout est organisé au millimètre. Judith et ses collègues connaissent par coeur les gestes et les procédures pour faire face à toutes les situations. Malheureusement, rien ne va se passer comme prévu.Dès le lancement, la 25e mission de Challenger accumule les couacs. Le 22 janvier 1986 à 15h43, sur le pas de tir B, tout est prêt pour le décollage. Mais la météo fait des siennes. On reprogramme le lancement le 23, puis le 24 janvier. Challenger est toujours clouée au sol. Le 25 janvier, c’est une tempête de l’autre côté de l’Atlantique qui empêche le départ. Le mauvais temps atteint la Floride, repoussant encore le lancement. La tension est palpable entre les astronautes. Arriveront-ils à décoller un jour ? Une nouvelle date est planifiée : le 27 janvier 1986 à 9h37. Repoussée encore. Cette fois-ci, c’est une trappe qui refuse de se fermer.Finalement, la navette Challenger décolle le 28 janvier 1986 à 11h38, soit 2 heures après l’heure prévue. Un logiciel qui pilote le système anti-incendie connaît une panne alors qu’on remplit les réservoirs externes d’hydrogène liquide, avant le départ. Dans le cockpit, Judith et le reste de l’équipage échangent un regard. Challenger quitte enfin le sol de la Floride et son funeste destin est scellé.Seulement 0.678 secondes après le décollage, les spectateurs au sol voient une inquiétante fumée grise s’échapper de l’arrière du fuselage. Le père et le frère de Judith sont présents. Entre 0,836 et 2,5 secondes, la fumée se fait plus dense. La navette prend de la vitesse et rencontre ses premiers vents de haute altitude à 37 secondes. En réponse au cisaillement du vent, le système de navigation augmente la puissance des propulseurs pour maintenir la direction de la navette.58 secondes. Une petite flamme apparaît. Elle grandit rapidement et l’ordinateur de bord alerte sur la diminution de la pression dans le propulseur droit. De toute évidence, il fuit. À l’intérieur, l’équipage surentraîné est prisonnier. Les sept astronautes n’ont aucun moyen de sortir de Challenger. La navette n’est pas équipée de sièges éjectables et la présence d’un système d’évacuation a été jugée « d’une utilité limitée ».À 64 secondes, le feu change de couleur, signe que l’hydrogène s’est mêlé aux flammes. L’ordinateur de bord tente de mettre fin au drame qui se joue, en vain. 73 secondes. Le réservoir d’hydrogène liquide perd son dôme et plus de 1.200 tonnes de carburant alimentent le brasier. En un battement de cil, Challenger explose à 46.000 pieds d’altitude dans le ciel de Cap Canaveral. La navette se désintègre dans une boule de feu entourée d’une fumée brune sous les yeux horrifiés du personnel de la Nasa, des spectateurs et de la famille et des amis de l’équipage.Judith Resnik, spécialiste de mission,Christa McAuliffe, spécialiste des charges utiles,Gregory Jarvis, spécialiste des charges utiles,Francis Scobee, commandant,Ronald McNair, spécialiste de mission,Ellison Onizuka, spécialiste de mission,et Michael Smith, pilote, ont disparu en même temps que Challenger. Les restes de la navette spatiale finissent leur course dans l’océan à 334 km/h, emportant avec eux tout espoir de retrouver des survivants. La Nasa lance immédiatement une mission pour récupérer les débris de la navette et d’éventuels restes humains. Le corps de Judith est le premier retrouvé au milieu des décombres. Elle n’avait que 36 ans.Devant son écran de télévision, sa mère, Sarah, a vu l’explosion. Elle se rend chez une voisine en criant : « Ils sont morts là-haut. Ils sont morts, ils sont morts ! » La nuit du drame, le président Ronald Reagan rend hommage aux victimes lors d’un discours devant le Congrès. Trois jours après, une cérémonie nationale, retransmise en direct, se tient au Centre spatial de Houston en présence de plus de 10.000 personnes.Une commission chargée d’enquêter sur les circonstances de l’accident est créée par le président américain. Richard Feynman en est l’un des membres les plus célèbres. Il remarque que les estimations de fiabilité communiquées par la Nasa étaient irréalistes et divergeaient totalement de celles faites par les ingénieurs. Il déclare alors : « Pour qu'une technologie soit couronnée de succès, la réalité doit prendre le dessus sur les relations publiques, car on ne peut pas tromper la Nature. »L’enquête n’a pas permis d’établir avec certitude les causes de la mort de l’équipage. Le rapport émet l’hypothèse, sans assurance, que les astronautes auraient perdu conscience peu avant l’explosion. Judith Resnik et ses collègues deviennent alors des héros, mais ils étaient avant tout des femmes et des hommes avec des amis, une famille et des collègues qui se souviennent d’eux.Michael Coates, pilote sur la première mission de la navette Discovery, se rappelle de Judith – ou Judy, comme ses proches l’appelaient – en ces termes : « C’était quelqu'un qui comptait beaucoup. Elle vivait, travaillait et s’amusait intensément. Elle n'était pas parfaite, elle était têtue, et elle devait toujours avoir son mot à dire. Mais à la fin d’un dispute, elle souriait et c'était tout. On se sentait à l'aise avec elle. À bien des égards, c'était une astronaute idéale. Elle laissera un grand vide. »Merci d’avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Merci à Vincent Heidelberg, qui prête sa voix à Michael Coates. Rendez-vous sur sa chaîne Youtube Stardust pour y découvrir son documentaire consacré à l’histoire de Challenger.Si vous appréciez notre travail, n‘hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle dans Chasseurs de science. À bientôt ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 03.10.2020
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    10:45
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    Joseph Merrick, ou la véritable histoire d'Elephant Man

    Né en 1862 en Angleterre, Joseph Merrick, aujourd'hui plus connu sous le nom d'Elephant Man, découvre rapidement que son existence sera inévitablement différente de celle des autres. Des déformations apparaissent sur l'ensemble de son corps dès ses plus jeunes années, le condamnant aux moqueries et à l'exclusion de la part de ses pairs victoriens, dont les mentalités associent encore trop souvent handicap et animalité.Rejeté de toutes parts, exilé de la société, il décide de prendre son destin en main et devient « monstre humain ». Lors de ses périples, il rencontrera des étrangers bienveillants et des directeurs négligents, des visiteurs moqueurs et des amis aimants. Découvrez son histoire sur Chasseurs de Science !Pour aller plus loin :La différence radicale de la personne handicapéeAux frontières de l'altérité | DossierVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast:Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd'hui, nous prenons un train pour l’époque victorienne afin d’y rencontrer Joseph Merrick, un homme aujourd’hui plus connu sous le nom d’Elephant Man. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.Joseph Carey Merrick naît le 5 août 1862 dans la ville de Leicester, en Angleterre. Ce beau bébé en pleine santé est le premier de sa fratrie et fait la fierté de ses parents, Mary et Joseph. Malheureusement, après seulement quelques années, des signes inquiétants commencent à se manifester chez lui. Vers l’âge de 2 ans, des gonflements apparaissent sur ses lèvres, puis une bosse prend progressivement forme sur son front. Alors qu’il n’est encore qu’un jeune enfant, sa peau se détend et durcit comme celle d’un éléphant, formant de tristes drapés sur ses membres qui se distordent à mesure qu’il grandit. Ses pieds s’épaississent et son bras gauche s’allonge et se déforme. À l’époque, la croyance selon laquelle les chocs émotionnels vécus par la mère enceinte peuvent influencer profondément l’apparence de son futur enfant est encore fermement ancrée dans les mentalités, et les parents du jeune Joseph sont persuadés que sa difformité est liée à un accident survenu plus tôt durant la grossesse, durant lequel Mary avait été bousculée et effrayée par un éléphant de foire.Durant sa jeunesse, Joseph fait également une mauvaise chute qui endommage irréversiblement sa hanche gauche et le laisse boiteux. En dépit de ses handicaps, il suit une scolarité normale, aidé par sa mère qui est elle-même institutrice les dimanches. Sa relation avec cette dernière ne sera malheureusement que de courte durée car moins de trois années après la mort de son second fils, William, emporté à l’âge de 4 ans par la scarlatine, Mary succombe d’une bronchopneumonie. Merrick père, accompagné de Joseph et de sa sœur Marion Eliza, emménage chez Emma Wood Antill, elle aussi veuve, qu’il épouse un an après.À 13 ans, Joseph a fini l’école mais ne sait comment s’extirper de ce nouveau foyer où il se sent privé d’affection. Il travaille trois ans comme rouleur de cigares dans une fabrique, mais la déformation progressive de ses mains l’oblige finalement à trouver un autre poste. Impatient de se décharger de cette bouche à nourrir, son père lui obtient une licence de marchand ambulant. Une bien mauvaise idée pour le pauvre Joseph dont l’apparence et la diction gênée par son visage toujours plus distordu rebutent les sensibles esprits victoriens. Face à son insuccès, ses employeurs finissent par lui retirer sa licence et, désormais âgé de 17 ans, Joseph intègre une workhouse, dernier asile des pauvres en quête de travail et d’un lieu où dormir. Il y subira une opération du visage, destinée à retirer une partie de la masse qui a envahi sa bouche, l’empêchant de s’exprimer et de manger. En dépit de cette heureuse intervention, les conditions de vie de l’établissement sont insoutenables pour Merrick. Il décide de trouver un nouveau refuge et écrit une lettre au célèbre chanteur Sam Torr, lui demandant de l’embaucher comme monstre humain.Après une première tournée dans les Midlands de l’Est, Joseph rencontre son nouveau manager, Tom Norman, à Londres. Ce dernier l’installe dans l’une de ses galeries populaires, entouré d’affiches horrifiques dépeignant une créature hybride à moitié homme, à moitié éléphant, et une brochure explicative est rédigée et vendue aux visiteurs. Chaque jour, les Londoniens et les étudiants médicaux de l’hôpital de Londres, situé dans un bâtiment non loin, viennent contempler le visage de l’homme qui fait tant parler de lui. Et chaque soir, Merrick s’endort assis dans son lit de camp entouré de minces rideaux, ses jambes repliées sous son menton afin d’éviter que le poids de sa tête ne lui brise la nuque dans son sommeil.C’est par le bouche à oreille que le docteur Frederick Treves entend pour la première fois parler de l’homme-éléphant. Il organise plusieurs examens durant lesquels il n’a guère plus d’estime pour Merrick que pour une simple curiosité médicale. Il en capture des photographies désormais célèbres, le mesure et le présente à ses pairs. Son sujet d’étude est cependant vite excédé par ses manières cavalières et coupe court à leur relation. Mais ne l’oubliez pas, car il refera une apparition dans notre histoire.Le spectacle de l’homme éléphant à Londres est rapidement interrompu par un public de plus en plus soucieux des droits et du traitement de ceux que l’on appelle les monstres humains. Après seulement quelques mois, Norman est contraint de fermer boutique et Merrick doit trouver un nouvel emploi. Après quelques tentatives infructueuses en Angleterre, il s’engage sur les routes d’Europe avec l’espoir de ses impresarios qu’il y sera mieux reçu. Cependant les questionnements éthiques et l’apparence de Joseph, qui semble générer plus d’attention négative que de ventes en billetterie, amènent son dernier directeur à le délaisser. Il lui dérobe au passage les 50 livres qu’il avait économisées, l’équivalent aujourd’hui de près de 6.000 euros. Abandonné et meurtri, Merrick retourne avec difficulté en Angleterre. Sur place, il cherche désespérément de l’aide auprès des étrangers qui croisent sa route, mais son apparence attise le mépris des uns tandis que sa diction le rend incompréhensible aux autres. Un policier recueille finalement le jeune homme épuisé, et contacte le docteur Treves, dont il retrouve une carte de visite dans les affaires de Merrick.De retour à l’hôpital de Londres, le médecin aménage une chambre dans le grenier pour son ancienne connaissance. Joseph, atteint de bronchite, y est nourrit et reçoit les soins requis par sa santé, dont la détérioration n’a fait que s’accélérer. Bien que son état s’améliore progressivement grâce à l’attention du personnel soignant, les auscultations de Treves révèlent que son cœur ne tiendra pas plus de quelques années. Le directeur de l’hôpital, incapable de lui trouver une nouvelle résidence où finir ses jours, redoute que ce patient incurable ne leur coûte plus que l’établissement ne pourrait se le permettre. Mais lorsqu’il adresse une lettre au Times pour demander l’avis des lecteurs, il reçoit une réponse inattendue. Des dizaines de lettres et de dons déferlent de toutes parts, assurant à Merrick une stabilité méritée. Âgé de 24 ans, il déménage au rez-de-chaussée de l’hôpital, dans un appartement de deux pièces adapté à ses besoins, sans miroirs, et équipé d’un lit conçu sur mesure.Une nouvelle amitié se forme alors entre Frederick et Joseph. Le médecin lui rend visite quotidiennement et apprend à décrypter ses paroles. Ravi, Merrick s’engage avec lui dans de longues discussions, en particulier durant les deux heures que lui accorde Treves chaque dimanche. Constatant que son ami peine à établir un contact avec les femmes de la société victorienne, ce dernier décide de lui présenter son amie, Leila Maturin. La gentillesse de la jeune veuve émeut Joseph aux larmes. Submergé par les émotions, il conclut rapidement l’entretien, mais une relation épistolaire s’installe petit à petit entre les deux protagonistes, dont nous restera la seule lettre écrite de Merrick qui nous soit jamais parvenue.Celui que l’on appelle désormais uniquement par son nom de baptême mène une vie relativement heureuse à l’hôpital de Londres. Ses après-midis sont occupées par la fabrication de maquettes et de paniers, et ses soirées par des promenades en solitaire dans le jardin adjacent à sa chambre. Il reçoit de fréquentes visites de plusieurs membres de la haute société et reprend tellement confiance en lui qu’il arpente finalement les couloirs de l’hôpital, au grand dam des infirmières qui redoutent qu’il n’effraie les patients. À l’âge de 27 ans, Joseph Merrick s’éteint, allongé dans son lit, la nuque brisée par le poids de son crâne difforme. Conscient que son ami avait toujours veillé à dormir en position assise, Treves en déduira que le jeune homme aura voulu tenter au moins une fois dans sa vie l’expérience de s’allonger comme une personne normale. David Lynch, qui adaptera la vie de cet individu exceptionnel au cinéma en 1980, offrira une lecture plus ambiguë de cet acte ultime.Des études faites sur les ossements de Joseph Merrick révéleront plus tard qu’il souffrait du syndrome de Protée, une maladie génétique pouvant affecter gravement la croissance des tissus conjonctifs, épidermiques et osseux. Grâce à la bienveillance des personnes qui l’ont entouré durant les dernières années de sa vie, Merrick a pu connaître l’affection et l’attention qui lui ont tant fait défaut durant ses plus jeunes années, révélant un garçon cultivé, aimable et curieux. Son histoire nous rappelle, aujourd’hui plus que jamais, que le respect de la vie de chacun est un devoir fondamental qu’aucune différence d’apparence, de langage ou de couleur de peau ne saurait annuler.Merci d'avoir écouté Chasseurs de science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Si vous appréciez notre travail n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 25.09.2020
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    10:26
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    Marie Curie et sa fille Irène, deux femmes au front avec les rayons X

    Aux premières heures de la Grande Guerre, Marie Curie souhaite tout de suite s’engager auprès des soldats blessés. Elle a une idée qui va révolutionner leur prise en charge : faire venir l’hôpital directement sur le front.Pour assurer sa mission, elle peut compter sur le soutien de sa fille Irène Joliot-Curie. A l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, le 12 septembre 1897, Chasseurs de science revient cette aventure familiale au bord d’un véhicule médical sortit tout droit du cerveau brillant de Marie Curie.Pour aller plus loin :La biographie de Marie CurieLa biographie d'Irène Joliot-CurieL'étonnante photo capturée par Röntgen en 1895Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue à tous dans Chasseurs de Science un podcast produit par Futura. Je suis Julie votre guide temporelle. Dans ce nouvel épisode, nous prendrons la route aux côtés de deux femmes extraordinaires pour veiller au chevet des soldats de la première guerre mondiale . Si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.Septembre 1914, la bataille de la Marne fait rage. Les Allemands et les Français, qui sont soutenus par les Anglais, se déchirent sur une ligne de front de plus de 200 kilomètres. Dans l’hôpital de campagne situé en retrait du champ de bataille, la situation est préoccupante. Beaucoup de soldats blessés décèdent lors du trajet entre le front et l’hôpital, ou bien sous le scalpel des chirurgiens qui n’arrivent pas à trouver les balles à retirer. C’est une des femmes de science les plus illustres du XXe siècle, Marie Curie, qui va proposer une solution à cette situation cauchemardesque. En effet, elle a compris une chose essentielle. Pour limiter le nombre de morts, c’est l’hôpital qui doit venir aux blessés, pas l’inverse.Avec ce nouvel épisode de Chasseurs de Science, montez côté passager dans un véhicule hors du commun : une petite Curie. Vous aurez comme compagnes de voyage deux femmes tout aussi extraordinaires. Marie Curie et sa jeune fille, Irène, vont sillonner la France meurtrie par la guerre pour améliorer les soins prodigués aux soldats.À Paris, Marie Curie vient tout juste d’investir le nouveau bâtiment de l’Institut du Radium alors que la Première Guerre Mondiale est proclamée. Haute de ses deux prix Nobel, le premier obtenu en 1903 avec son mari Pierre et Henri Becquerel pour la découverte des radiations, et le deuxième obtenu cette fois-ci seule en 1911, pour ses travaux sur le radium et le polonium, elle souhaite tout de suite se mobiliser auprès des blessés. Selon elle, toute la ligne de soin est à repenser. On doit pouvoir vérifier l’état du blessé avant de le transporter à l’hôpital ou bien le soigner sur place si son état est trop préoccupant. Un examen médical, la radiographie, est essentiel à ses yeux. Grâce à elle, les médecins pourront voir les balles à travers les chairs sans opérer.Mais la radiologie n’en est qu’à ses débuts. Les rayons X ont été découverts il y a à peine 20 ans par Wilhelm Röntgen, un Allemand. Seule une centaine de médecins en France maîtrisent cette technique et tous les hôpitaux n’ont pas le matériel nécessaire pour la pratiquer. C’est bien dérisoire face au nombre de gueules cassées à soigner. Marie Curie soumet alors une idée à l’armée : des unités radiographiques mobiles capables d’aller au plus près des soldats blessés. Son projet se heurte d’abord à la réticence de l’institution, mais finit par être approuvé.Georges Massiot, un ingénieur à la tête d’une usine de fabrication d’équipement radiologique, conçoit une voiture laboratoire de radiologie. Il s’agit d’un véhicule Peugeot 10HP qui comporte tout le nécessaire pour prendre en charge les blessés comme un lit d’examen pliable ou encore une tente pour protéger des intempéries. À l’intérieur, il y a aussi un appareil de Röntgen, qui est alimenté par une dynamo couplée au moteur du véhicule, qui sert à réaliser des radiographies.Cette voiture, qui porte le numéro 1, est la première conçue à but radiographique pour l’armée. Dix-sept autres suivront, toutes validées par Madame Curie en personne et le docteur Béclère, le directeur du service radiologique des armées. Ces voitures d’un nouveau genre seront baptisées “Petites Curies” par les soldats.Peu après, Marie Curie est enfin prête à partir pour le front à bord d’une voiture radiologique. Sa première destination est le champ de la bataille de la Marne, en 1914. Après son arrivée, l’hôpital dans lequel elle officie enregistre un nombre de décès particulièrement faible. Là-bas, les soldats sont pris en charge aux abords du front et selon les résultats des radiographies réalisées dans le véhicule, il est décidé de les opérer sur place ou de les envoyer vers un hôpital mieux équipé. Celle qui avait la réputation d’être froide et dure se révèle particulièrement attentive auprès de ses patients. « Vous verrez c’est comme une photographie » les rassurent-elle.Sa deuxième fille, Eve, écrit des années plus tard dans une biographie consacrée à sa mère. « Elle a ce qui peut leur être doux : un joli timbre de voix, des mains légères, beaucoup de patience et un respect immense et religieux de la vie humaine ».En 1915, la fille aînée de Marie, Irène, souhaite aussi l’aider. âgée d’à peine 17 ans et un diplôme d’infirmière tout juste en poche, la jeune femme use de tous les arguments pour que sa mère accepte qu’elle parte avec elle dans une petite Curie. Elle finit par obtenir gain de cause.Sur le front, la jeune Irène peine tout d’abord à s’imposer auprès des médecins de guerre. Mais grâce aux radiographies réalisés dans le camion, elle parvient à identifier les éclats de shrapnel, les balles perdues et les fractures avec efficacité sans pareil. Son expertise permet de faciliter les opérations chirurgicales et elle gagne finalement le respect de ses collègues masculins.Cette année-là, Marie Curie et sa fille feront onze déplacements à travers toute la France, jusqu'à la frontière belge. En 1916, l’implication de Marie Curie est totale, elle passe son permis spécialement pour se mettre au volant d’une Petite Curie, et menait elle-même, en compagnie de sa fille, ses missions sur le front. Durant les dernières heures de la Grande Guerre, en 1918, ce sont plus de 50 voitures radiologiques qui sillonnent la France, vers les tranchées mais aussi dans les campagnes privées d’infrastructures médicales ; 155 postes semi-fixes sont aussi construits.De son côté, Marie Curie est revenue à Paris et continue de s’investir pour le développement de la radiologie. À l’institut du Radium, des infirmières, prises en charge par Irène, mais aussi des médecins ou des soldats, se succèdent pour être formés aux techniques de radiographie. Désormais, aucun médecin n’envisage de se passer d’une radio pour effectuer un diagnostic ou opérer un patient. À la fin de cette aventure, une nouvelle profession voit le jour : celle des manipulateurs en radiologie. Pendant six mois, 150 jeunes premières femmes sont formées aux mathématiques, à l’anatomie mais aussi aux bases théorique de l’électricité et du fonctionnement des rayons X. Dans son livre, La Radiologie et la Guerre, Marie Curie livre sa vision de cette nouvelle discipline : « Le manipulateur est l'aide qui fait fonctionner les appareils pour le médecin radiologiste ; c'est lui qui entretient l'appareillage en bon état, développe les plaques, manipule le porte-ampoule, répare les défauts de l'installation électrique. Son rôle est en principe, celui d'un ingénieur technicien ; quand il a été affecté à un poste mobile, il doit comme le médecin être particulièrement actif, habile et débrouillard. »Voilà comment Marie Curie et sa fille Irène, qui elle aussi obtiendra un prix Nobel de chimie pour la découverte de la radioactivité induite, ont favorisé l'essor de la radiologie moderne. Durant la première guerre mondiale, plus d’un million de clichés radiologiques ont été faits, dont un millier par Marie Curie elle-même. Et dire que tout avait commencé par de simples images aux rayons X de la main de l’épouse de Wilhelm Röntgen, en 1895.Merci d’avoir écouté cet épisode de Chasseurs de Science, si vous appréciez notre travail n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. En attendant la prochaine aventure avec Emma, réécoutez nos anciens épisodes sans modération ! À bientôt. Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 25.09.2020
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    10:09
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    Nicolas Bourbaki : aux origines de la société secrète de mathématiciens

    Nicolas Bourbaki a su révolutionner en profondeur les mathématiques du XXe siècle, en France et dans le monde entier. Ses onze volumes de mathématiques ont su proposer un regard neuf sur la discipline, accompagné d'une révision des fondamentaux et un travail colossal de clarification et de réorganisation. Pourtant, Nicolas Bourbaki n'a jamais existé.Derrière son nom se cache en réalité une société secrète de brillants mathématiciens, fondée en 1935. Leur objectif : exposer les mathématiques depuis leur début en réalisant un grand coup de ménage. L'héritage presque centenaire de Nicolas Bourbaki est aussi important aujourd'hui que l'histoire de ses origines est fascinante.Pour aller plus loin :La biographie de Nicolas BourbakiGrothendieck : l'Albert Einstein des mathématiques du XXe siécle est décédé Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 25.09.2020
    19 MB
    10:06
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    Zarafa, une girafe à Paris

    En 1826, un girafon arraché à sa mère va connaître un destin hors du commun. Offerte au roi de France Charles X par le pacha d’Egypte, Zarafa deviendra l’objet de tous les désires. Des centaines de milliers de Français se passionneront pour l’animal au long cou.Cet épisode de Chasseurs de Science vous propose de suivre Zarafa dans sa déambulation à travers la France. D’Alexandrie jusqu’à Paris en passant par Marseille, elle n’a laissé personne indifférent !Pour aller plus loin :Le cou de la girafe enfin expliqué par la génétiqueLa girafe offerte à Charles X par Méhémet Ali Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 25.09.2020
    26 MB
    10:52
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    Robert Liston, le chirurgien le plus rapide de l'Ouest

    Dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science, venez à la rencontre du célèbre chirurgien Robert Liston, « le scalpel le plus rapide de l’Ouest » mais aussi audacieux personnage à l'origine de la seule opération de l'Histoire avec un taux de mortalité de 300 %.Liston est une star du XIXe siècle. À une époque où l'anesthésie n'existe pas encore, sa capacité à pratiquer des opérations en à peine quelques dizaines de secondes en fait l’un des chirurgiens les plus prisés de Londres. Mais un jour, les choses prennent une tournure inattendue...Pour aller plus loin :Un robot pourrait-il remplacer un chirurgien ?Histoire : médecine, médecins et chirurgiens sous l'Ancien Régime Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 25.09.2020
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    14:22
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    À la recherche des mythiques sources du Nil

    Vénéré par les Égyptiens et indispensable aux habitants de ses rives, le Nil n’en reste pas moins un fleuve mal connu. Une question demeure : où est située la source du Nil ?De l’Antiquité à nos jours, des explorateurs et des têtes brûlées ont essayé de répondre à cette question. Cet épisode de Chasseurs de science vous propose de revivre leurs aventures toujours pleines d’imprévus.Pour aller plus loin :Guerre de l'eau : le Nil et le barrage d'Assouan, en ÉgypteQuel est le plus long fleuve du monde ? Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 25.09.2020
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    10:50
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    La baie de la Terreur : sort tragique en Arctique

    Aventurez-vous au cœur de l'une des contrées les plus hostiles de la planète aux côtés du capitaine John Franklin, dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science.En 1845, les navires HMS Erebus et HMS Terror quittent un port d'Angleterre en quête d'une nouvelle route commerciale fendant les eaux glacées de l'Arctique. Ils sont alors loin de se douter qu'ils s'apprêtent à s'engager dans une véritable descente aux enfers, dont pas un seul membre de l'équipage ne réchappera.Pour aller plus loin :En Arctique, les baleines peuvent désormais passer à travers la banquiseLes représentations de l'Afrique, de l'Antiquité au XIXe siècleVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast:Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Ensemble, nous lèverons l'ancre dans un port d'Angleterre pour nous aventurer aux confins des étendues glacées et impitoyables de l'Arctique, sur les traces d'une expédition au sort tragique. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux et à nous laisser un commentaire.Nous sommes en 1845, dans le port de Greenhithe, et deux des joyaux de la marine royale anglaise s'apprêtent à quitter leur pays natal. Le HMS Erebus et HMS Terror sont des modèles d'avancée technologique pour leur époque : rapides et puissants, ils sont même équipés d'un système de chauffage interne. De chauffage, ils en auront d'ailleurs besoin, car le capitaine Sir John Franklin s'apprête à mener son expédition, constituée de 134 officiers et membres d'équipage, dans les eaux gelées du cercle Arctique.Au début du XIXe siècle, la majorité des océans a déjà été explorée et cartographiée. Néanmoins, une terra - ou plutôt une acqua - incognita demeure convoitée par de nombreux pays : le célèbre passage Nord-Ouest, qui offrirait aux marins européens la possibilité de joindre l'Extrême-Orient sans avoir à contourner les Amériques ou l'Asie. Fendant les eaux au nord de l'Atlantique, traversant l'archipel arctique canadien et longeant la côte alaskienne, le passage devait déboucher sur l'océan Pacifique via le détroit de Bering découvert trois siècles plus tôt. Après une traversée relativement paisible de l'océan Atlantique, l'expédition Franklin s'arrête au Groenland pour un ultime ravitaillement. Cinq marins sont renvoyés chez eux pour raisons médicales, portant avec eux les dernières nouvelles que l'Angleterre recevrait de l'équipage, en route vers son inéluctable disparition.Ce ne sera que deux ans et demi plus tard, lors de l'hiver 1847 que la marine royale entendra enfin les sollicitations inquiètes de la femme de Sir Franklin et dépêchera en 1848 une mission de sauvetage afin de retrouver le capitaine et ses hommes. Le premier indice est découvert en 1850 sur l'île Beechey : trois pierres tombales, portant les noms d'un officier et de deux membres de l'équipage.Grâce aux découvertes des décennies suivantes, et aux avancées de la science moderne, le sort de l'expédition Franklin a depuis été presque intégralement retracé et raconte l'histoire d'une terrible descente aux enfers.Les dates inscrites sur les tombes indiquent aux historiens que deux des hommes seraient morts en janvier 1846, tandis que le troisième ne serait passé à trépas qu'en avril de la même année. Ces éléments suggèrent que l'expédition aurait fait halte plusieurs mois sur l'île, afin de protéger les navires et l'équipage contre le dur hiver arctique, durant lequel les eaux se transforment en véritable piège de glace.Une fois le printemps arrivé, HMS Erebus et HMS Terror reprirent leur route vers le sud de l'archipel canadien, en direction de l'île King William, où le passage tant espéré devait se trouver. Ils étaient alors loin de se douter qu'ils s'apprêtaient à emprunter l'une des voies navigables les plus dangereuses de l'Arctique, et rapidement, les navires se trouvèrent complètement immobilisés. Un message laissé par l'équipage sur l'île en mai 1847, via un dispositif dédié à ce type de communication, indique que les navires avaient été emprisonnés par la glace par deux fois, lors des hivers 1846 et 1847. Tout aurait pu suggérer que le voyage se déroulait sans autre encombre majeure si une note griffonnée dans un coin de la page n'avait indiqué une toute autre vérité.Rédigée en avril 1848, celle-ci annonce la mort de Sir Franklin, de vingt-trois de ses hommes, et l'abandon des vaisseaux par l'équipage. Ces derniers, incapables de poursuivre plus loin par les eaux, s'étaient donné pour objectif de rejoindre en traîneau puis en canot le comptoir commercial le plus proche, au nord du continent américain. De récents carottages révèlent que la région avait connu plusieurs années particulièrement froides, durant lesquelles la glace refusait de fondre même en été, maintenant les navires dans un éternel joug de fer.Grâce à l'exhumation des corps de l'île Beechey en 1984, les scientifiques purent découvrir l'origine des nombreuses morts qui pesaient sur l'expédition Franklin. Bien que les analyses révèlent que les trois hommes étaient morts de tuberculose ou de pneumonie, elles indiquèrent également la présence d'un élément inattendu : un taux anormal de plomb fut mesuré chez chacun d'eux. Afin d'affronter leur mission en eaux hostiles, HMS Erebus et HMS Terror transportaient en effet dans leur coque 3 ans de provisions sous la forme d'eau distillée et de boîtes de conserve, une invention récente dont l'Angleterre comptait bien tirer profit. Malheureusement, il semblerait que soit l'eau, soit la soudure au plomb utilisée sur les boîtes, aient participé à l'empoisonnement graduel d'une part importante des hommes de Franklin. Régulièrement affligés de migraines, de douleurs abdominales et musculaires, et d'un déclin progressif de leur système immunitaire, ceux-ci auraient sombré toujours plus profondément dans la folie alors que leur esprit se trouvait assailli de pertes de mémoire, d'hallucinations et d'épisodes paranoïaques. Un autre coupable, bien connu des marins, était le scorbut qui causait des ulcères nécrotiques sur tout le corps, la perte des dents et des hémorragies internes qui menaient inexorablement à la mort de la personne atteinte sans un traitement adéquat. Les conserves de fruits et de légumes à bord avaient bien pour but de pourvoir aux besoins en vitamine C des hommes d'équipage, néanmoins la marine ayant choisi de se fournir au plus bas coût possible, nombre d'entre elles étaient improprement closes. Ce défaut de fabrication pouvait être responsable de la perte d'efficacité de la vitamine, mais également de l'apparition de cas de botulisme. Ainsi, par-dessus les symptômes d'un potentiel empoisonnement au plomb et du scorbut s'ajoutaient la difficulté à avaler, à parler et à respirer, une fatigue intense, des vomissements et une paralysie musculaire.Il est possible que les membres de l'expédition se soient aperçus des problèmes de santé causés par leurs provisions et aient choisi de chasser leur propre nourriture dans la mesure où un phoque ou deux pouvaient être débusqués. Malheureusement, le botulisme E est endémique de la région, et transmissible aux humains via le gibier qu'ils consomment. Aujourd'hui encore, l'Alaska compte un nombre de cas de botulisme particulièrement élevé, à l'origine de véritables dilemmes socio-culturels et sanitaires.En somme, rien que l'expédition Franklin eût pu consommer n'était sûr. Mais là encore, d'autre facteurs pouvaient intervenir dans la disparition des 105 âmes restantes, dévorées par l'enfer glacé.Une fois les navires abandonnés, alors qu'ils poursuivaient le reste du voyage à pied, les hommes durent tirer derrière eux sur d'immenses distances les centaines de kilos de canots, de provisions et de malades qui les accompagnaient. La transpiration générée par ce désagréable exercice gelait contre le corps tandis que les douleurs musculaires provoquées par les différentes maladies rendaient plus pénible encore cette marche sans fin. Le terrain, alternativement formé de glace, de gravier, de pierres coupantes ou de sable s'étendait, impardonnable, à l'infini, portant en lui la menace d'une attaque d'ours polaire ou de barrières infranchissables. À l'époque victorienne, des témoignages d'Inuits et celui d'un explorateur européen furent collectés, ainsi que plusieurs objets ayant appartenu à l'équipage, attestant du fait que leurs routes s'étaient à un moment croisées. Les Inuits décrivirent également un campement dénombrant pas moins de 30 morts, et de sinistres vestiges humains suggérant des actes de cannibalisme ; une hypothèse morbide qui sera plus tard confirmée par les scientifiques.Au final, pas un seul des hommes de l'expédition Franklin n'aura survécu pour raconter sa véritable histoire. Quelques 60 ans plus tard, le célèbre aventurier Roald Amundsen devenait le premier explorateur connu à franchir le passage Nord-Ouest. Puis, un jour, en 2014 et 2016, les vestiges du HMS Erebus et HMS Terror étaient enfin découverts sous les eaux terribles de l'Arctique.Merci d'avoir écouté Chasseurs de science. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux et à vous abonner sur les plateformes de diffusion Spotify, Deezer et Apple podcast pour ne rien manquer. Quant à moi, je vous retrouverai pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 25.09.2020
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    11:56
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    Une plongée dans les ténèbres abyssales avec Challenger Deep

    Et si vous embarquiez pour un lieu encore plus hostile que la surface de la Lune ? Cet épisode de Chasseurs de Science vous propose de monter dans le Trieste, le premier bathyscaphe à s’être posé à plus de 10.000 mètres de profondeur.Suivez Jacques Piccard et Don Walsh durant leur descente périlleuse jusqu’à Challenger Deep. À chaque mètre, la pression devient écrasante, l’obscurité totale. Mais le voyage en vaut la peine. Là-bas, tout au fond, se cache un trésor inestimable.Pour aller plus loin, à découvrir sur Futura :Fosse des Mariannes : James Cameron seul à 10.898 mètres de profondeurLa fosse des Mariannes, l'endroit le plus profond du mondeVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast :Bienvenue dans Chasseurs de Science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie, votre guide temporelle. Dans cet épisode, nous partirons pour les profondeurs insondables de l'océan, en compagnie d'un duo d'aventuriers mal assortis. Vous écoutez Chasseurs de Science. Si ce voyage vous plaît, n'hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux et à nous laisser un commentaire sur les applications de podcast.Vous êtes prêts ? Alors embarquons pour un lieu hostile, que seuls trois hommes ont vu de leurs propres yeux.En 2012, James Cameron, réalisateur de cinéma, embarque dans Deepsea Challenger, aux larges des Îles Mariannes dans le Pacifique. Le sous-marin pèse 11,8 tonnes pour 7,3 mètres de longueur. Pourtant, l'espace vital de James Cameron n'est qu'une petite sphère de 1,9 m de diamètre. Étroit, pour un homme qui mesure plus d'un mètre quatre-vingt !L'objectif de cette mission est sombre et inconnu. Hostile, même. Sous la surface s'étend un canyon insondable qui pourrait contenir le mont Everest. Le 25 mars vers 19h30 (GMT), le Deepsea Challenger s'enfonce dans les eaux du Pacifique. Après 2 heures 36 de descente, James Cameron aperçoit le fond de l'océan à 10.916 mètres de profondeur. Le cinéaste y restera quelques heures, avant de remonter vers la surface en 70 minutes seulement. Il est le seul à être descendu si profondément en solitaire.Mais, cinquante ans auparavant, deux autres hommes ont découvert pour la première fois les paysages presque extraterrestres des profondeurs extrêmes de la zone hadale. Et les formes de vie qui y prospèrent.Cet épisode de Chasseur de Science va vous plonger dans un lieu plus dangereux et énigmatique que la surface de la Lune : Challenger Deep, la région sous-marine la plus profonde jamais mesurée, plancher de la fosse des Mariannes. Pour le moment, ils sont douze à avoir marché sur la Lune, mais seulement trois à avoir touché le fond de l'océan. Jacques Piccard et Don Walsh sont les premiers. Mais avant de les rencontrer, remontons un peu plus en avant dans le temps.Au XIXe siècle, le HMS Challenger de la Royal Navy sillonne les océans du globe. Le 23 mars 1875, le navire s'arrête à 140 milles nautiques de l'île de Guam dans le Pacifique. Commence alors un rituel que l'équipage a réalisé plus de 500 fois au cours des trois ans et demi qu'a duré l'expédition. Une épaisse corde lestée d'un morceau de fer est lancée à la mer. Le but : mesurer la profondeur de l'océan à cet endroit. La corde coule pendant de longues minutes avant de s'arrêter. Un marin relève alors la mesure : 4,475 fathoms soit 8,184 mètres. Ce n'est pas un record mais les premiers indices sur la topographie d'un canyon sous-marin gigantesque : la fosse des Mariannes.En 1951, le HMS Challenger II vogue dans le sillage de son aîné. La technologie a évolué, et ce n'est plus une corde rustique qui permet de mesurer les profondeurs océaniques, mais un sonar. Plus de 10.900 mètres. Cette fois-ci, c'est un record !Neuf ans plus tard, en 1960, deux hommes désirent voir de leurs propres yeux les profondeurs les plus extrêmes. Jacques Piccard, suisse, se qualifie lui-même de "savanteur" et appartient à une longue lignée d'explorateurs. On lui doit la création du ballon stratosphérique. Son père, Auguste, participe à la fabrication du Trieste, le bathyscaphe qui conduira Jacques dans les profondeurs océaniques. Son partenaire d'exploration est le militaire américain et océanographe, Don Walsh. Le dandy suisse et le jeune militaire, qui effectue là sa première mission pour l'US Navy, sont diamétralement opposés mais ont un objectif commun.Le 23 janvier 1960 à 8 heures, Jacques Piccard et Don Walsh s'installent dans la sphère de métal du bathyscaphe dans une mer démontée. À deux, ils tiennent à peine dans le minuscule espace. La sphère est située sous un énorme flotteur de 15 mètres de long qui comprend plusieurs réservoirs remplis d'essence. Il leur permet de couler à pic mais aussi de remonter en lâchant du leste.À 8h23, les deux hommes commencent leur plongée vers l'inconnu. Ils s'enfoncent sous la surface à une vitesse comprise entre 1 et 2 mètres par seconde. La lumière du soleil diminue progressivement... ainsi que la température. La pression qui augmente peu à peu fait grincer le métal qui résonne dans le vide de l'océan. 100 mètres, 300 mètres, 1000 mètres, 3000 mètres... À 11h44, le Trieste est à 8.880 mètres de profondeur. La lumière a disparu depuis longtemps. Les eaux sont limpides et des flashs lumineux brillent dans l'obscurité. Des espèces bioluminescentes passent par dizaines devant le hublot du bathyscaphe. Les deux explorateurs essayent de se réchauffer comme ils peuvent. Il ne fait pas plus de 5 °C dans l'habitacle humide. Don Walsh raconte qu'ils étaient comme dans un frigo de cuisine : il faisait froid et il n'y avait pas beaucoup d'espace.Le fond se rapproche.Mais un bruit assourdissant surprend Jacques et Don. La coque en métal s'est déformée. Le cœur battant, les deux hommes craignent de voir l'eau les emporter. Si le bathyscaphe cède, ils seront écrasés en un rien de temps par la pression. Mais rien. Tous les instruments fonctionnent et ils sont toujours vivants. Ils décident alors, dans un moment teinté d'inconscience, de poursuivre leur descente dans les ténèbres.À 13 heures, le bathyscaphe touche le fond et soulève un épais nuage de sédiments. Au dessus de Jacques Piccard et Don Walsh, se dresse une colonne d'eau de plusieurs kilomètres. Les appareils de bord indiquent -10.916 mètres. Seuls douze centimètres de métal les protègent d'une pression écrasante de 1100 atmosphères soit 1000 fois plus qu'à la surface.Mais quel spectacle extraordinaire ! Des crevettes d'un rouge vif passent devant le hublot, éclairées par les projecteurs du Trieste. Quelques instants plus tard, c'est une espèce de poisson plat totalement inconnue qui émerge du fond sablonneux. L'animal mesure près de 30 centimètres de long. Les deux hommes exultent. Là, dans cet environnement sans lumière, où le froid engourdit leurs membres et où la pression est hallucinante, il y a de la vie ! Des formes de vie inconnues et exotiques qui font pâlir les extraterrestres de la littérature de science-fiction. Les hommes communiquent leurs observations avec la surface. La mission est un succès total.Jacques Piccard et Don Walsh sont les premiers témoins oculaires de cette faune abyssale. Ils passent vingt minutes sur la plancher océanique, à Challenger Deep, avant de remonter. Les ballastes sont vidées et le Trieste repart doucement vers la surface, qu'il atteint dix heures après son départ. Les deux hommes sont transis de froids mais extatiques. Ils savent que ce qu'ils viennent de voir va changer les regards sur la vie et son apparition. Lors de son propre voyage, James Cameron a filmé grâce à une caméra 3D les espèces abyssales qui vivent dans la région de Challenger Deep. Le réalisateur du film Abyss passa plusieurs heures là-bas, récoltant de précieux échantillons d'eau et de sol. Depuis, leur record de Piccard et Walsh n'a jamais été battu, aucun humain n'a remis les pieds sur le sol de la fosse des Mariannes. Des sous-marins autonomes ont continué d'explorer les abysses aux quatre coins du globe et démontré que la vie s'y épanouit, prenant des formes belles, mystérieuses et parfois inquiétantes. Pour l'espèce humaine, les fonds marins semblent encore moins hospitaliers que l'espace. Et plus énigmatiques.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. Dans le prochain épisode, vous voyagerez en compagnie d'un nouveau guide temporel qui vous emmènera dans des terres reculées et glacées. En attendant, n'oubliez pas de vous abonner sur les plateformes de diffusion Spotify, Deezer et Apple Podcast. À bientôt ! Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 25.09.2020
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    09:26
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    De la quinine à la chloroquine, l'histoire incroyable d'une simple écorce

    Au XVIIè siècle, des jésuites ramènent en Europe une poudre mystérieuse découverte au Pérou. Celle-ci sauvera deux monarques de la fièvre qui sévit dans toute l'Europe. Aujourd'hui encore, cette poudre fait parler d'elle. Voyagez avec Chasseurs de science sur les traces de l'ancêtre de la chloroquine.Pour aller plus loin :Chloroquine et Covid-19 : que faut-il en penser ?Le quinquina, cet arbre précieux pour la médecine, est en danger d’extinctionVoir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out. Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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  • 25.09.2020
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    00:54
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    Chasseurs de science, le teaser

    Découvrez bientôt le nouveau podcast de Futura. Embarquez dans les couloirs du temps pour revivre avec nous les petits et grands événements qui ont forgé la science. Chasseurs de science, c'est une immersion sonore de dix minutes dans la foisonnante histoire des sciences. Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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