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L'Arche de Nova

Utopies poétiques pour futurs désirables. Et si c'était toujours l’heure de tout réinventer ? L’Arche de Nova embarque tout un bestiaire d’artistes pour un déluge de bonnes idées dans un monde déconfiné, via des hypothèses grandioses, des scénarios farfelus, des raisonnements magiques, des logiques insensées, de noirs vertiges... à contre-courant du pessimisme apocalyptique.Musiciens, écrivaines, cinéastes, dessinatrices, humoristes, plasticiennes : chaque jour, en trois minutes, l’un.e des membres de l'équipage monte sur le pont et imagine la société de demain, le temps d’une note vocale très sérieuse ou complètement délirante. Il était un joli navire… en voyage vers l’avenir. Un podcast imaginé et coordonné par Richard Gaitet, réalisé par Mathieu Boudon et Benoît Thuault.

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  • 20.01.2021
    9 MB
    03:53
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    Ruby Cicero : « Demain, le secret sera de rire, rire, rire, du ventre et du cerveau »

    Cette cinéaste et scénariste sicilienne, qui œuvre à « percevoir la face cachée des choses », nous conseille de veiller « au Saint-Esprit de la Savane » : un rire de qualité, os à ronger d’un futur qui ressemblera, lui, à « une énorme chienne chaude ».« La fin des pyjamas ? La panique est à son comble. L’état d’urgence est déclaré. » En 2016, dans un drôle de court-métrage en stop-motion intitulé Pyjama suicide, Ruby Cicero et Arsène Chabrier mettaient en scène la funeste révolte des tenues de nuit : le pyjama d’une maman clopeuse à bigoudis coincée dans son fauteuil roulant, tout comme celui de son vieux fils super-branleur, ne songent qu’à mettre fin à leurs jours. Les deux chemises et les deux pantalons essayent de se flinguer, de s’immoler, de se jeter par la fenêtre – ils y parviennent, malgré les efforts burlesques de leurs propriétaires pour empêcher ce massacre pilou-pilou. Aux infos, on parle d’épidémie mondiale. Et ce n’est pas fini, car Pyjama suicide pourrait bien devenir une série d’ici 2022, avec la participation de Marc Caro (Delicatessen, La Cité des Enfants perdus).Cinéaste et scénariste sicilienne d’obédience surréaliste, qui œuvre à « percevoir la face cachée des choses, trouver une réalité invisible » à travers ses vidéos et ses collages, Ruby Cicero vit et travaille entre Montpellier, Toulouse et Paris. En 2019, elle co-signait avec Kelzang Ravach le clip scintillant, aquatique et « björkesque » de The Sea, pour La Chica – qu’elle retrouva en participant à celui, furieux et ensanglanté, de La Loba, réalisé par Marion Castera.Au sein de l’univers excentrique de Ruby Cicero (catch mixte, femmes-ninjas, usine de confettis), il faudra désormais compter avec sa métaphore animale d’un futur désirable : « une énorme chienne chaude, qui murmure : maintenant, maintenant, encore et encore », molosse qu’elle promène sur le pont de notre Arche, en traduisant – avec son accent troublant – ce que la bête « au poil si fort qu’on pourrait fouetter ceux qui se demandent : qu’est-ce qu’on fait demain ? » aimerait nous voir accomplir. Andiamo les diamants.Pour voir le premier épisode de Pyjama suicide, les clips et les courts-métrages de Ruby Cicero, c’est ici : https://vimeo.com/user18077481Image : Piyo-Piyo de Peemaï, clip réalisé par Ruby Cicero (2019). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 19.01.2021
    4 MB
    04:28
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    Jean-Christophe Cros : « Demain, le seul moyen de pleurer sera d’aller manifester »

    Cet étudiant du master de création littéraire du Havre nous ouvre les paupières sur une dystopie où les yeux sont toujours secs. Pour raviver les larmes, une loi rend soudain les manifs « obligatoires » et les CRS… très attractifs.« Il était resté trop longtemps enfermé (…) Tout avait fui. » Dans A4, l’une de ses pièces sonores confectionnées par temps de confinement, Jean-Christophe Cros imagine la trajectoire d’un homme qui décide de « sortir,pour reconstruire l’avenir, une nouvelle ligne, une nouvelle possibilité ; même sur un kilomètre, c’est déjà bien ; envisager la suite, même pour une heure, c’est déjà ça. Mais le temps et l’espace avaient disparu. » Son héros ne se laisse cependant pas abattre : il imprime cinquante attestations gouvernementales et construit « la seule chose qu’il savait faire : un bateau en papier». Il se rend alors jusqu’à l’océan mais, flûte, l’océan s’est fait la malle lui aussi. Pourtant, l’homme « s’enfonce dans l’eau absente, jusqu’à ce que la conscience n’ait plus pied». Or, progressivement, « le bruit des imprimantes se mit à envahir toute la ville. De plus en plus de gens arrivèrent là où il n’y avait plus de sable, plus de bord, plus d’écume, les bras chargés de photocopies. »Cette histoire, qui rappelle les nouvelles de Julio Cortázar, possède quelques points de fuite avec le futur imaginé par cet étudiant du master de création littéraire du Havre, ex-professeur d’arts plastiques qui s’intéresse de près à l’image et au « bruit», à bord de notre Arche (constituée, elle, de papiers, mais pas seulement). Dans Lacryma, texte qui deviendra « peut-être» un roman, Jean-Christophe Cros nous ouvre les paupières sur une dystopie où plus personne ne pleure : les canaux lacrymaux sont bouchés, d’abord ceux des enfants, pour toute la population mondiale. « L’être humain ne sera plus capable de verser la moindre larme, sans un rituel bien précis.» Lequel ? « Les manifestations deviendront obligatoires.La manifestation deviendra principe fondamental de vie.Le gaz lacrymogène sera l’unique moyen de générer une forme d’eau.Le gardien de la paix sera élu plusieurs années d’affilée : gendre idéal. » L’amour, cette façon méconnue de tenir tête aux violences policières.Pour écouter les pièces sonores de Jean-Christophe Cros, c’est ici : https://soundcloud.com/jc-crosImage : Un pays qui se tient sage, de David Dufresne (2020). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 18.01.2021
    8 MB
    04:30
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    Gabriela Trujillo : « Demain, on encouragera le parapente pour enjamber le chagrin »

    Autrice d’un essai raffiné sur le réalisateur de « La Grande bouffe », cette historienne du cinéma, Salvadorienne et Parisienne, nous mitonne une orgie « d’astuces » surréalistes capables, peut-être, de « réparer le temps malade ».« Etant donné un coup de foudre. Ou, ce qui lui ressemble étonnamment, l’apocalypse – révélation, fin du monde, début d’un autre… » Pour Marco Ferreri – le cinéma ne sert à rien, son premier livre publié en janvier aux éditions Capricci, Gabriela Trujillo a enquêté, de Paris à Bologne, de Turin à Barcelone, de la Calabre à Berlin, pour documenter « l’amour de conjurés » que vouent certains spectateurs « ravis ou traumatisés » au metteur en scène italien de Dillinger est mort (1969), La Grande bouffe (1973) ou des Contes de la folie ordinaire (1981).D’après cette rigoureuse et très spirituelle historienne du cinéma, qui collabore depuis de nombreuses années avec la Cinémathèque française, Marco Ferreri « s’évertue à inventer pour chaque film, une dystopie en forme d’utopie. Ses films poussent jusqu’à des conséquences absurdes une idée initiale (…) : un homme pose une unique question à laquelle personne ne veut ou ne peut répondre ; une femme veut constituer son harem ; le dernier couple sur terre réapprend à vivre (…). » Minute, papillon : ne s’agit-il pas, presque au pied de la lettre, du principe fondateur de ce podcast ? D’où l’envie spontanée de proposer à cette Salvadorienne installée à Paris, amatrice éclairée des logiques pataphysiques d’Alfred Jarry, de grimper sur le pont de notre Arche. Et la voici qui mitonne une orgie « d’astuces » surréalistes capables, peut-être, de « réparer le temps malade » ou, plus modestement, de nous « désarçonner », selon l’hypothèse formulée en préambule de son bel essai rose au sujet de la « fonction » du cinéma, si celui-ci « sert » à quelque chose, question que se posa Ferreri un matin de chaude déprime. Avertissement : le film sonore qui va suivre contient un « parapente enjambe-chagrin », un « fantasmodrome » ou encore une « montagne de poche ». En toute logique onirique, le premier roman de Gabriela Trujillo, à paraître en septembre aux éditions Verticales, s’intitule L’Invention de Louvette. Image : Rêve de singe, de Marco Ferreri (1977). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 14.01.2021
    8 MB
    04:14
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    Pilote le Hot : « Demain, on fera fi de l’art zéro risque »

    Tous les jours de l’hiver de 12h à 18h, ce slammeur aguerri de Belleville concocte une soupe populaire ouverte « aux étudiants, aux punks africains, aux mamies en galère », ingrédient d’un avenir solidaire.« On fait notre taf d’artistes : t’as faim, tu manges, tu cherches, tu trouves. » Depuis novembre 2020, la place Fréhel, à l’angle de la rue de Belleville et de la rue Julien-Lacroix, est devenue une sorte d’oasis « d’aide alimentaire et solidaire ». Sept jours sur sept de 12h à 18h, pendant tout l’hiver, des bénévoles distribuent de la soupe gratuite « aux coursiers, aux punks africains, aux intermittents venus d’Italie, aux étudiantes, aux mamies en galère, aux virés d’l’h.p en liberté, au DJ poussé d’l‘hélicoptère, aux flics, putes, truands et trépanés ». Les légumes sont chinés ou offerts, puis épluchés, lavés, découpés, chauffés, touillés, remués, avec du pain, du fromage, des épices et une bonne playlist funk.Derrière cette initiative généreuse, l’un des héros de Belleville : Pilote le Hot, slammeur aguerri et importateur de cette discipline depuis 1995, créateur du « Grand National Slam » (depuis 2002) et de la coupe du monde de slam (depuis 2004), directeur artistique du cabaret populaire Culture Rapide (103 rue Julien-Lacroix, Paris 20e), ayant essaimé ses rimes aux quatre cents coins de la planète, de Nantes au Zimbabwe, de Chicago à Saint-Pétersbourg, de Berlin à Antanarive. « Les soupes c’est un rêve de poète, a écrit Pilote début janvier sur la page Facebook de l’événement quotidien. C’est un ventre qui fait la fête / Un sourire qui nourrit le cœur / et qui distille un peu d’chaleur / Un arc-en-ciel dans l’gris maussade / des rues d’Paris qui sont trop sad. »D’où l’envie de lui demander, dans le fumet de cette exemplaire utopie concrète, de nous cuisiner à bord de L’Arche de Nova un slam inédit sur un futur d’entraide, que voici. Chaud devant !Renseignements : [email protected] revoir Pilote le Hot parler de la coupe du monde de slam dans la Nova Book Box, c’est là : https://www.youtube.com/watch?v=TnsWssEYhV8&ab_channel=RadioNovaImage : De la soupe populaire au caviar, d’Edgar Kennedy, avec Laurel et Hardy (1928). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 13.01.2021
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    03:29
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    Thomas Vinau : « Demain, le posse Alain-Rey va renommer le monde »

    Auteur d’un roman survivaliste façon Take Shelter pour les branques, ce poète du Lubéron orchestre le « recyclage des mots usés » avec l’aide d’un « collège espiègle et barbu d’enfants et d’étymologistes » qui veut « mettre des pichenettes au réel ».« Le monde est parti en sucette (…) tu bailles et bim tu te retrouves dans un Tex Avery écrit par Kafka sous LSD. » Dans Fin de saison, son dernier roman (enfin) sorti cet automne aux éditions Gallimard, Thomas Vinau déplie la réaction improvisée d’un drôle de gus face à l’apocalypse, décrite comme une « dégoulinade » de « merde grise et glacée » tombant du ciel et déracinant les arbres. L’homme s’enferme dans sa cave avec son clebs et son lapin, organise son « catakit », kit de survie par temps de catastrophe, et s’interroge : « Comment c’est là-haut ? Est-ce que la terre se transforme en rouille pendant que les machines apprennent à pleurer pour nous ? Est-ce que l’océan est rose ? Est-ce que deux femmes sont en train de s’entre-dévorer ? Est-ce qu’il reste un vieillard, aveugle, qui erre en demandant pardon ? Est-ce que des enfants se battent nus dans la neige contre des géants ? Est-ce que le vent quelque part caresse les pages d’un livre oublié sur un banc ? »Gars attachant. Mais a-t-il toutes les pièces dans sa caboche ? Celles et ceux qui ont vu Take Shelter, le fabuleux mélo parano de Jeff Nichols, apprécieront. « … Pandémie, ravage, réserve, bombe (…), voilà le champ lexical du bouzin. J’avais faim moi avec ces conneries ! D’abord c’était intriguant. Et rigolo. J’ai commencé par me moquer de tout ce folklore. Et puis je me suis pris au jeu. Mais finalement ça m’a fatigué, énervé, voire dégoûté. Cette espèce de mélange de hippie et de nazi. Cette hybridation bizarre entre le cinéma et le religieux. Les gens trop premier degré, y a pas mieux pour me vacciner de croire. »Son créateur, lui, a encore foi dans le vertige des possibles. En témoigne cette utopie verbale collective, où Thomas Vinau – qui vient également de publier Les Sept mercenaires, hommage en vers libres à « sept chiens magiques, sept moudjahidines de la bibine, de la littérature américaine, avec les dessins de Régis Gonzalez, aux éditions du Réalgar – orchestre depuis son Lubéron le « recyclage des mots usés » pour « mettre des pichenettes au réel ». « Chaque jour de l'an, un collège espiègle et barbu d'enfants et d’étymologistes, le posse Alain-Rey, sélectionnera, assouplira, modulera et colorera une tripotée de mots abusés. Tous les intervenants politiques, experts, éditorialistes et compagnie auront alors pour obligation de changer de registre sous peine d'être transformé.e.s en poules. »Face à cette menace, les premiers mots modifiés seront « force », « idée » et « crise »… qui deviendront « biscotto », « bidouille » et « fadaterie ».Pour écouter Thomas Vinau livre un extrait de Fin de saison à bord de L’Arche de Nova, c’est là : https://www.nova.fr/news/thomas-vinau-demain-empale-les-gourous-36164-23-03-2020/Image : Take Shelter, de Jeff Nichols (2011). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 11.01.2021
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    02:58
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    Sigolène Vinson : « Demain, on se taillera des branchies derrière les oreilles »

    Au bord de l'étang de Berre, cette journaliste et romancière férue de plongée nous immerge dans l’inéluctable futur océan planétaire... où, après force mutations, nous « phosphorerons de nouveau dans les grandes profondeurs »« Il faut bien noyer son chagrin. » Au tout début de La Canine de George, son dernier roman publié ce mois-ci aux éditions de l’Observatoire, Sigolène Vinson confie, sans spécifiquement la nommer, la peine qui l’étreint encore quand elle pense à ceux qui sont « morts sous ses yeux » : ses amis et collègues de Charlie Hebdo, assassinés le 7 janvier 2015. Miraculeusement épargnée par les tueurs, elle se console aujourd’hui en tombant amoureuse de George Harrison, ou plus exactement : de l’une des dents de l’ex-Beatle, une canine pointue, qui chevauche l’incisive. Un « cas d’école », d’après une étude dentaire des années 60, prétexte à un récit transgénérationnel entre Liverpool et l’utopique ex-« ville libre » autogérée de Christiana, à Copenhague. Et comme dans n’importe quel album des Fab Four en groupe ou en solo, toutes les fantaisies sont autorisées.L’un des personnages, Angelo, « gourou repenti et astrologue de pacotille », rêve par exemple qu’il « avale la mer », baignant dans un amas de cellules originelles, « milliers de poches minuscules et translucides (…) dotées d’un cerveau dont l’activité neuronale produit une douce lumière fluorescente, à moins que ce ne soit les rais du soleil qui donnent même au plancton un air d’intelligence, car tout brille. »Un songe proche du futur désirable formulé par Sigolène Vinson, férue de plongée sous-marine et qui, depuis l’étang de Berre (Bouches-du-Rhône), glisse sur son surf pour se rendre près du port où est amarrée notre Arche. « Ce serait bien qu’on se débrouille pour que tout fonde. Les océans recouvriront 100% de la planète. On se taillera des branchies dans le cou ou derrière les oreilles, pour pouvoir respirer et ne plus jamais, mais alors plus jamais remonter à la surface. Les plus doué.e.s d’entre nous seront même parvenus à s’atrophier de tous leurs membres, le cœur et le cerveau en premier. Et tout redeviendra comme avant, mais pas avant quand c’était mieux : au moment de la cellule originelle, du dernier ancêtre commun universel, quand on phosphorait dans les grandes profondeurs et qu’on se laissait bercer par les courants. On se souviendrait qu’on est tout petits dans l’univers et que notre galaxie surfe sur un océan spatial. »Habillage : Juste Bruyat.Pour écouter l’utopie sous-marine de David Wahl, c’est ici : https://www.nova.fr/news/david-wahl-demain-locean-sera-uni-aux-villes-42130-17-11-2020/Image : Waterworld, de Kevin Costner (1995). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 07.01.2021
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    04:40
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    Ariel Kyrou (5/5) : « Demain, l’excès sera l’excrément»

    Auteur d’un essai en forme de réservoir à fictions vitales pour bricoler l’après, ce journaliste parisien milite pour l’éco-anarchisme des romans d’Ursula K. Le Guin, John Brunner et Ernest Callenbach.« Ce livre est peut-être la chose la plus importante qui soit arrivée à la science-fiction hexagonale depuis les fulgurances inoubliables de Serge Lehman. » Alain Damasio ne tarit pas d’éloges, à mi-parcours dudit ouvrage, à propos du dernier essai d’Ariel Kyrou, Dans les imaginaires du futur, qui vient de paraître aux éditions Actu SF. Fidèle à sa fièvre de contestation des impasses politiques et des formatages de toute obédience, l’auteur de La Horde du Contrevent détaille, le temps d’une « volte-face », la noble intention de ce pavé rose et blanc de 600 pages : comprendre, à travers l’examen érudit de romans, films, séries ou bandes dessinées d’anticipation, lesquels ne se contentent pas de nous divertir ou de reconduire en pire les schémas existants, mais offrent « armes de jet et lignes de fuite pour se construire un avenir» ou « décheniller les tanks de ce néolibéralisme inepte» ; ceux qui produisent « un imaginaire du dérangeant, du dégenré, intranquille et secouant, perclus de trous de ver, de percées vers le possible, caffi d’espoirs aussi. » Bref : des futurs désirables, comme ceux qui bourgeonnent au quotidien sur la proue de ce podcast.C’est pourquoi, devant cette généreuse caisse à outils fictionnels pour-bricoler-l’après, la tentation de tendre le micro à Ariel Kyrou fut à peu près irrésistible. Rédac’ chef adjoint du magazine Actuel de 1989 à 1993, cet essayiste parisien, spécialiste de Philip K. Dick et directeur éditorial du Laboratoire des solidarités (solidarum.org), nous fait parvenir aujourd’hui le dernier module d’une série de cinq chroniques consacrées aux « utopies lucides, terrestres et anarchistes ».« N’oublions pas que le texte fondateur du genre, L’Utopie de Thomas More, publié en 1516, décrit une île ayant opéré une sécession radicale vis-à-vis de la société, de façon à abolir l’argent et la propriété. Propriétaires et profiteurs en sont donc chassés, et sommés de ne jamais y remettre les pieds », rappelle Kyrou dans son ouvrage, en précisant que tout ceci ne se fait pas sans violence. À bord de notre Arche, il évoque trois romans éco-anarchistes et solidaires : Les Dépossédés de l’Américaine Ursula K. Le Guin (1974), qui tente de « supprimer la souffrance sociale » ; Sur l’onde de choc de l’Ecossais John Brunner (1975) où « tout le monde semble prêt à tout le monde » ; Ecotopia de l’Américain Ernest Callenbach (1975), où « le chaos financier doit être délibérément organisé ». On reste comme possédé par cet extrait des Dépossédés, cité dans son livre par Ariel : « … Si c’est vers le futur que vous vous tournez, alors je vous dis qu’il faut aller vers lui les mains vides. Vous devez y aller seuls, et nus, comme l’enfant qui vient au monde, qui entre dans son propre futur, sans aucun passé, sans rien posséder, un futur dont la vie dépend entièrement des autres gens. Vous ne pouvez pas prendre ce que vous n’avez pas donné et c’est vous-même que vous devez donner. »Pour écouter la précédente utopie d’Ariel Kyrou, c’est ici : https://www.nova.fr/podcast/larche-de-nova/ariel-kyrou-45-demain-nous-accueillerons-le-migrant-radical-lextraterrestreImage : Arnold Schwarzenegger et Paul Verhoeven sur le tournage de Total Recall, de Paul Verhoeven (1990). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 06.01.2021
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    03:45
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    Camille Brunel : « Demain, la psychanalyse sera enseignée dès l’école primaire »

    Lauréat 2020 du Prix de la Page 111, cet écrivain de Châlons-en-Champagne réclame la démocratisation des explorations de l’inconscient. Et si dénouer nos obsessions, soulager nos traumas, était aussi banal que l’eau courante ?« Quelles chances avais-je de devenir cétacé, grand singe ou éléphant ? (…) Les avions commençaient à tomber. Arches de Noé saturées d’animaux (…) On racontait que le pilote du vol Los Angeles-Sidney s’était mis à hennir au milieu du Pacifique.»Mais où sommes-nous ? Dans le cabinet d’un psy, au chevet d’un patient aux songes assez bestiaux ? Paru en septembre aux éditions Alma, récompensé sur Nova du très convoité Prix de la Page 111, Les Métamorphoses, le second roman de Camille Brunel, 34 ans, se déroule dans un avenir assez proche, où une « pandémie de métamorphoses » transforme soudain en animaux, au hasard, 300 000 de nos compatriotes. En hyène, en écrevisse, en brebis, en taon. Ou en cheval, coincé dans un cockpit.Pour son second futur désirable – le temps d’une carte blanche d’une durée de 11 mois et 1 semaine sur notre antenne, suite à l’obtention de son prix –, cet admirateur de Lautréamont, qui vient de terminer un «Eloge de la baleine » à paraître aux éditions Rivages, réclame aujourd’hui l’indispensable démocratisation de la psychanalyse. « C’est une découverte plutôt récente, n’est-ce-pas ? 150 ans, maximum ? Qu’est-ce qu’on connaissait des Amériques, 150 ans après Christophe Colomb ? (…) L’inconscient, les rêves, les névroses, on regarde ça avec la circonspection des Européens à qui on parlait de Californie sous Louis XIII. » Que se passerait-il si dénouer nos obsessions, éclairer et soulager nos traumatismes, était aussi ordinaire qu’avoir accès à l’eau courante ? Si les théories de Freud et de Lacan figuraient au programme de CM1 ? « Les enfants et les ados seront bien conscients de ce qui les bloque. Ils en parleront entre eux, considérant leur esprit comme une énigme à débloquer. Les traumatismes seront traités avec le même sang-froid que les plaies ouvertes : on ne passera plus des années à prétendre qu’on n’a pas le bras cassé avant d’aller aux urgences » ,ni « des décennies à s’interroger sur la meilleure façon d’agir vis-à-vis de nos parents. » Le tout, avec l’aide des intelligences artificielles, qui « repéreront les schémas qui se répètent, les tics de langages, les lapsus »… plutôt que de « flatter notre ego comme on félicite un bon cheval » En selle, Sigmund !Habillage : Juste Bruyat.Pour écouter la précédente utopie de Camille Brunel, c’est là : https://www.nova.fr/podcast/larche-de-nova/camille-brunel-demain-des-animaux-siegeront-lassembleeImage : Annie Hall, de Woody Allen (1977) See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 04.01.2021
    10 MB
    04:31
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    Elise Goldberg : « Demain, nouveau vaccin : le B. C. G., pour une Baise Complètement Généralisée »

    Une piqûre et hop : la jalousie a disparu ? C’est l’idée follement désirable de cette correctrice et secrétaire d’édition, diplômée du master de création littéraire de Paris-VIII. Tous au labo, et que ça saute !« Un fantôme demande à sa petite-fille de cuisiner pour lui, ce qui oblige cette dernière à sortir des limites de son existence étriquée. » Dans le roman qu’elle est en train d’écrire, Elise Goldberg entend « mêler le culinaire à la question des origines », en concoctant notamment de la carpe farcie. Mais cette correctrice et secrétaire d’édition, qui suivit pendant deux ans les cours du master de création littéraire de Paris-VIII, tout en animant elle-même des ateliers d’écriture, vient d’avoir une autre idée pour nous sortir des limites d’une existence étriquée. La fin de la jalousie, tout simplement. Pour contrer « ce fléau, qui fait exploser la consommation d’antidépresseurs et de consultations psy », le gouvernement français commandera bientôt un nouveau vaccin : le B. C. G., « pour une Baise Complètement Généralisée ». Etrangement, la quasi-totalité de nos compatriotes se soumettra sans se plaindre à la piqûre en un temps record, découvrant en masse le mot « compersion », « cette joie qu’on éprouve quand on apprend que l’être cher est comblé, même si ce bonheur passe par un cinq à sept ailleurs que dans vos bras. On sera bientôt capable d’aimer plusieurs personnes à la fois sans chagriner sa moitié, qui ne sera d’ailleurs parfois plus que son tiers, son quart ou même son huitième. La vie de trouple, voire de troupe, ne tardera pas à devenir la norme ».Conséquences jouissives : « La polygamie sera autorisée et le délit d’adultère, cet archaïsme juridique, aura enfin été supprimé du code civil. Naîtra la famille mosaïque, avec la mère, le père et d’autres personnes qui auront autant de légitimité dans le foyer. L’éducation des enfants ne pourra que gagner à cette fréquentation quotidienne d’autres adultes qui les dégagera du carcan papa-maman. » Tous au labo – et que ça saute !Image : Brigitte Lahaie et Stéphane Audran dans Les Prédateurs de la nuit, de Jésus Franco (1987). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 17.12.2020
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    05:06
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    Ariel Kyrou (4/5) : « Demain, nous accueillerons le migrant radical : l’extraterrestre »

    Auteur d’un essai en forme de réservoir à fictions vitales pour bricoler l’après, ce journaliste parisien grimpe à bord des vaisseaux intersidéraux de la romancière Becky Chambers, peuplés d’utopies multiraciales.«Ce livre est peut-être la chose la plus importante qui soit arrivée à la science-fiction hexagonale depuis les fulgurances inoubliables de Serge Lehman. » Alain Damasio ne tarit par d’éloges, à mi-parcours dudit ouvrage, à propos du dernier essai d’Ariel Kyrou, Dans les imaginaires du futur, qui vient de paraître aux éditions Actu SF. Fidèle à sa fièvre de contestation des impasses politiques et des formatages de toute obédience, l’auteur de La Horde du Contrevent détaille, le temps d’une « volte-face », la noble intention de ce pavé rose et blanc de 600 pages : comprendre, à travers l’examen érudit de romans, films, séries ou bandes dessinées d’anticipation, lesquels ne se contentent pas de nous divertir ou de reconduire en pire les schémas existants, mais offrent « armes de jet et lignes de fuite pour se construire un avenir» ou « décheniller les tanks de ce néolibéralisme inepte» ; ceux qui produisent « un imaginaire du dérangeant, du dégenré, intranquille et secouant, perclus de trous de ver, de percées vers le possible, caffi d’espoirs aussi. » Bref : des futurs désirables, comme ceux qui bourgeonnent au quotidien sur la proue de ce podcast.C’est pourquoi, devant cette généreuse caisse à outils fictionnels pour-bricoler-l’après, la tentation de tendre le micro à Ariel Kyrou fut à peu près irrésistible. Rédac’ chef adjoint du magazine Actuel de 1989 à 1993, cet essayiste parisien, spécialiste de Philip K. Dick et directeur éditorial du Laboratoire des solidarités (solidarum.org), nous fait alors parvenir aujourd’hui le quatrième module d’une série de cinq chroniques consacrées aux « utopies lucides, terrestres et anarchistes ».Et si ces utopies terrestres s’inspiraient, cette fois, d’un ailleurs absolu ? Dans son livre, Kyrou rappelle que « Star Wars et Star Trek », par leur « myriade cocasse d’extraterrestres », proposent « un joli zeste d’utopie cosmopolite et multiraciale, une graine qui ne demanderait qu’un peu de jardinage pour s’épanouir sous mille formes plus ou moins transgressives ». tout comme la société coopérative de la « trilogie de Mars » de l’écrivain californien Kim Stanley Robinson (1992-1996). « Cette quête nous ouvre sur d’autres vies, d’autres possibilités, explique Ariel sur Nova. L’extraterrestre, c’est la figure de l’altérité radicale. De l’étranger. Du migrant. Dans les romans de l’Américaine Becky Chambers, débutés en 2016 avec L’Espace d’un an, la vie commune au sein du vaisseau Voyageur, qui creuse des tunnels dans l’espace, fabrique l’utopie lucide d’un art de vivre entre espèces intelligentes à l’opposé les unes des autres (...) Comme l’amibe télépathe de Ganymèden dans Les Clans de la lune alphane de Philip K. Dick (1964), incarnation de l’empathie qui sauve un humain qui voulait se suicider ». « Si loin des mirages de l’économie dominante », ces hypothèses spatiales nous aideront peut-être à rendre notre planète « plus accueillante vis-à-vis de l’autre, à l’écoute de solutions alternatives ».Pour écouter la précédente utopie d’Ariel, c’est ici : https://www.nova.fr/podcast/larche-de-nova/ariel-kyrou-35-demain-la-nature-prendra-la-paroleLe dernier épisode sera diffusé le 7 janvier, à 7h10.Image : Paul, de Greg Mottola (2011). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 16.12.2020
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    04:17
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    Mattia Filice : « Demain, tous les mots seront payants »

    Ce conducteur de train, étudiant du master de création littéraire de Paris-VIII, déraille le temps d’une dystopie où chaque parole prononcée est facturée par des multinationales. Mais qui s’offrira le mot « révolte » ?« Je vole des mots au détour de conversations sur les quais, je les attrape avec plus ou moins de brio selon la vitesse de la locomotive, en les regroupant ensuite dans un petit carnet pour qu'ils ne se sentent pas trop seuls. » D'origines « calabraise, dauphinoise, bretonne et lyonnaise », Mattia Filice vit à Paris et conduit des trains depuis plus de quinze ans, en poste de départ(s) à Saint-Lazare. Mais depuis plus longtemps encore, ce cheminot crée des correspondances entre la parole, le son et les images, via des petits objets filmiques inachevés. Inscrit au master de création littéraire de Paris-VIII, il envisage désormais de publier un livre inspiré de son expérience ferroviaire, à plus d’un titre d’ailleurs, avec « des accélérations et des freinages, des arrêts et des enrayages ».Le seul déraillement qu’on lui souhaite est celui qu’il nous confie. Sur le quai où L’Arche de Nova est amarrée, Mattia imagine une dystopie où chaque parole est facturée par des multinationales. « Les mots seront PROPRIÉTÉ PRIVÉE et nous les louerons le temps d’une prononciation. On prétendra qu’il s’agit de lutter contre la pollution, car parler dégage du Co2. » Le prix variera selon le nombre de lettres, le poids syllabique, « la mode » et le cours de la bourse. Telle compagnie s’appropriera tout le vocabulaire du sentiment, une autre fera des promos « sur la famille des lépidoptères pour pouvoir nommer les noms des papillons à vos enfants pendant une randonnée ! » Les opérateurs téléphoniques incluront dans leur forfait un nombre de termes à ne pas dépasser. De même pour les salariés pour qui les entreprises auront des abonnements sur un lexique précis.Au quotidien, des micros seront disposés « tous les quatre mètres carrés » pour nous faire raquer. « Une caste de nouveaux riches se pavanera, dépensera sans compter ; la logorrhée sera un luxe. Pour les autres, il faudra être concis, bien peser ses mots ». Et cela, jusqu’au « Grand Silence ». Mais… (L’enregistrement de cette vision futuriste a coûté 515 euros à son auteur. Merci de l’écouter jusqu’au terminus.)Image : Brazil, de Terry Gilliam (1985). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 15.12.2020
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    04:30
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    Arthur-Louis Cingualte : « Demain, des spectres prendront d’assaut les cieux »

    À Bordeaux, cet historien de l’art, auteur d’une « Évangile selon Nick Cave », craint pour les oiseaux menacés par l’installation d’antennes « 7G » qui pourraient aussi... ressusciter « des voix anciennes ».« À bord du grand carnaval électrique, Nick Cave est le preacher, celui qui invoque la diégèse biblique et débite des merveilles à faire peur. Tout dans son allure va dans ce sens : costumes satinés et cheveux noirs, défroque qui transpire par tous les pores, chevalières et chaînes dorées. Soumis à la possession de légions d’esprits supérieurs, le doigt accusateur et le corps écartelé par tous les anges qui voisinent dans le coin de la voix, les genoux au sol et les mains au ciel, il lutte au centre du ring des divinités psychopathes. » Amen. Ainsi démarre, quasiment, le sermon d’Arthur-Louis Cingualte consacré à l’archevêque des Mauvaises Graines : son premier livre, L’Évangile selon Nick Cave, présenté comme un « gospel de l’Âge du Fer Rouillé » et publié cet automne aux éditions de L'Éclisse. Un essai rock précis, habité, gorgé de références littéraires et liturgiques, à réserver pour Noël aux fans transis du crooner mystique australien.Mais l’interprète et compositeur de l’endeuillé Ghosteen (2019, que Nick écrivit en mémoire de son fils Arthur mort à 15 ans en tombant d’une falaise anglaise), n’est plus le seul à « débiter des merveilles à faire peur » . À Bordeaux, Arthur-Louis Cingualte, 34 ans, historien de l’art, collaborateur régulier de la revue cinéphile La Septième Obsession et auteur d’une thèse sur « l’esthétique du voyeurisme », regarde en l’air et prédit qu’un futur « quadrillage 7G » aura raison « du chant des oiseaux ». Alors, telle une planche ouija d’envergure mondiale, « ce sera le moment pour que d’autre voix, de vieilles voix » reviennent nous visiter. L’assaut des spectres, baby ! Et le premier de ces fantômes électromagnétiques sera celui d’Armand Robin, « fils de paysans bretons né en 1912, poète et folkloriste anarchiste que la police a tabassé à mort en 1961, qui écoutait toutes les radios et parlait toutes les langues. L’homme des ondes par excellence ». Soumis à son tour « à la possession de légions d’esprits supérieurs », Cingualte ressuscite un enregistrement médiumnique : le pessimiste Programme en quelques siècles, signé Robin en 1946 au sein d’une plaquette de poèmes indésirables, lu par… Jean-Luc Godard, qu’Arthur-Louis accompagne au piano. Conclusion riche en interprétations apocalyptiques : « Au nom de rien on supprimera l’homme ; On supprimera le nom de l’homme ; Il n’y aura plus de nom ; Nous y sommes. »Habillage : Juste Bruyat.Image : Fantômes contre fantômes, de Robert Zemeckis (1996). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 14.12.2020
    10 MB
    04:12
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    Poundo : « Demain, nous allons vaincre le virus de la connerie »

    Entre Paris et New York, cette danseuse, chanteuse et mannequin franco-sénégalaise révèle que plusieurs chefs d’Etat auraient accepté d’être vaccinés, en avant-première, contre le covid. Les résultats sont surprenants.« Née pour crâner », dit-elle à tout bout de champ. Poundo peut. D’abord, le parcours. Danse classique et contemporaine, dès 8 ans, au conservatoire de Boulogne-Billancourt, complétée par des cours de piano, de solfège et chant. Elle dansera vite pour Marie-Claude Pietragalla, Jérôme Savary, le Cirque du Soleil, puis Alicia Keys, Sting, Orelsan ou Aya Nakamura, quand elle n’interprète pas l’une des compagnes de Fela Kuti dans une comédie musicale acclamée à Broadway.Mais ce n’est pas fini pour le « couteau suisse », selon le surnom que lui donnent ses amis : Poundo est aussi mannequin, ponctuellement cheffe de rubrique mode pour un webzine américain financé par Questlove des Roots, et aujourd’hui chanteuse. Un premier mini-album de six titres, We are more, vient de paraître : afro R’n’B féministe sous l’influence de M. I. A., appelant à l’émancipation, renouant avec ses racines sénégalaises et guinéennes, notamment par l’usage de la langue mandjak. Dans le clip d’O Wasso Wara, on découvre également quelques pièces de la ligne de vêtements qu’elle a elle-même dessinés et qu’elle lancera en 2021.Mais la vraie raison de sa frime pourrait bien être, en réalité, le scoop hallucinant que Poundo Gomis révèle au service épidémiologique de L’Arche de Nova : « Pour faire les malins », plusieurs chefs d’Etat auraient accepté d’être vaccinés, en avant-première, contre le covid. Les effets secondaires sont surprenants. Redistribution des richesses ! Abolition des frontières ! Travail et papiers pour tous les migrants ! Démission des hommes de pouvoir, en faveur de femmes ! Eradication du racisme, de l’ultra-libéralisme ou de l’égocentrisme à échelle mondiale ! Vérité des bulletins de santé, fin du « serment d’hypocrites ». Un vaccin pour un monde sain.Pour voir la vidéo d’O Wasso Wara, c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=f2FaQCoyKzs&ab_channel=Poundo Image : Alerte !, de Wolfgang Petersen (1995). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 11.12.2020
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    04:03
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    Marthe Pequignot : « Demain, nous fêterons perpétuellement nos non-anniversaires »

    Make bamboche great again : autrice d’un ravissant calendrier « biblio-météorologique », cette illustratrice parisienne esquisse à voix haute l’accès au pouvoir du lapin blanc d’Alice aux pays des merveilles.Au début de cette histoire, il y a ce cliché tenace : « Les éditeurs se plaignent de ne recevoir que des autofictions dont la première phrase évoque immanquablement le climat. » Née en 1990, l’illustratrice parisienne Marthe Pequignot, formée aux Arts Décoratifs de Strasbourg, a pris cette affaire très au sérieux. Pendant trois ans, elle s’est livrée à une « chasse aux livres » pour trouver des romans qui, ah oui tiens, démarrent tous par une allusion au temps qu’il fait. Cela donne aujourd’hui Bibliométéo, son premier ouvrage publié aux éditions Intervalles sous la forme d’un « calendrier perpétuel ». Soit 48 incipit(s), printaniers ou hivernaux, gelés ou caniculaires, illustrés par ses soins via de belles aquarelles, au crayon à papier et à l’encre de Chine, lettrées à la main.Exemples ? « Je connais bien le ciel. Je m’y suis habitué. Toutes ses nuances terre d’ombre, tilleul, chair ou safran. Je connais. » (Jean Echenoz, Nous trois.) « La route du bord de mer, à Santa Monica, près d’Hollywood, s’allongeait droite, implacable sous la ronronnante Jaguar de Paul. Il faisait chaud, tiède, l’air sentait l’essence et la nuit. Paul roulait à 150. » (Françoise Sagan, Le Garde du cœur.) Et que dire de la « mystérieuse pluie de pierres » dont les dégâts sont estimés « à environ 25 dollars » et qui ouvre Carrie de Stephen King ? De la « douceur de l’air » dont il faut « se méfier » car on pourrait « se laisser aller à la nostalgie de l’amour et des caresses » dans le délirant Jérôme de Jean-Pierre Martinet ? Ou de Jonathan Franzen, dans ses Corrections : « La folie d’un front froid balayant la prairie en automne. On le sentait : quelque chose de terrible allait se produire. »Pas si terrible. Grimpant (avec son échelle télescopique) sur le pont de L’Arche de Nova, Marthe Pequignot repasse de l’autre côté du miroir pour s’engouffrer dans les premières lignes d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. « « Alice commençait à se sentir très lasse de rester assise à côté de sa sœur, sur le talus, et de n’avoir rien à faire ; une fois ou deux, elle avait jeté un coup d’œil sur le livre que sa sœur lisait, mais il ne contenait ni images ni conversations et, se disait Alice, à quoi peut bien servir un livre où il n’y a ni images ni conversations ? »Flash : Marthe revoit le lapin blanc, si pressé, perpétuellement en retard, comme nous avec nos smartphones, assailli.e.s « d’injonctions contradictoires ». Mais sa montre à gousset se casse et le voici au pouvoir, à l’heure sur les réformes : distribution de carottes et interdiction de la méthode de la carotte et du bâton, célébration perpétuelle de nos non-anniversaires, livraison mensuelle d’une « dose de bonheur » avec « des ampoules », pour avoir de bonnes idées ; un mégaphone, pour crier sa colère « jusqu’à ce que les voisins applaudissent » ; et bien sûr une échelle, pour retrouver les livres perdus au fond des bibliothèques.Image : Alice au pays des merveilles, de Clyde Geronimi, Wilfred Jackson & Hamilton Luske (1951). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 10.12.2020
    9 MB
    03:55
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    Ariel Kyrou (3/5) : « Demain, la nature prendra la parole »

    Auteur d’un essai en forme de réservoir à fictions vitales pour bricoler l’après, ce journaliste parisien cherche sa place au sein du parlement « biocratique » de Camille de Toledo, qui fait voter les rivières.« Ce livre est peut-être la chose la plus importante qui soit arrivée à la science-fiction hexagonale depuis les fulgurances inoubliables de Serge Lehman. » Alain Damasio ne tarit par d’éloges, à mi-parcours dudit ouvrage, à propos du dernier essai d’Ariel Kyrou, Dans les imaginaires du futur, qui vient de paraître aux éditions Actu SF. Fidèle à sa fièvre de contestation des impasses politiques et des formatages de toute obédience, l’auteur de La Horde du Contrevent détaille, le temps d’une « volte-face », la noble intention de ce pavé rose et blanc de 600 pages : comprendre, à travers l’examen érudit de romans, films, séries ou bandes dessinées d’anticipation, lesquels ne se contentent pas de nous divertir ou de reconduire en pire les schémas existants, mais offrent « armes de jet et lignes de fuite pour se construire un avenir » ou « décheniller les tanks de ce néolibéralisme inepte » ; ceux qui produisent « un imaginaire du dérangeant, du dégenré, intranquille et secouant, perclus de trous de ver, de percées vers le possible, caffi d’espoirs aussi. » Bref : des futurs désirables, comme ceux qui bourgeonnent au quotidien sur la proue de ce podcast.C’est pourquoi, devant cette généreuse caisse à outils fictionnels pour-bricoler-l’après, la tentation de tendre le micro à Ariel Kyrou fut à peu près irrésistible. Rédac’ chef adjoint du magazine Actuel de 1989 à 1993, cet essayiste parisien, spécialiste de Philip K. Dick et directeur éditorial du Laboratoire des solidarités (solidarum.org), nous fait alors parvenir aujourd’hui le premier module d’une série de cinq chroniques consacrées aux « utopies lucides, terrestres et anarchistes ».Et si on demandait son avis à… une belette ? Un palétuvier ? Un marécage ? Comment sera l’Europe en 2050 quand les forêts, les lacs, les rivières auront le droit de voter ?, se demande l’écrivain français Camille de Toledo le temps d’une pièce de théâtre, Les Témoins du futur, non publiée mais présentée en avril 2019 à la Maison de la Poésie de Paris. Enjeu dramatique, ainsi résumé par Kyrou dans son propre ouvrage : « Prêter voix aux êtres et aux éléments, aux organismes et entités écosystémiques privés de moyens d’action et même et surtout de simple parole ».Toledo imagine, au préalable, la victoire en 2030 « d’une puissante vague écologiste et féministe qui renverse les vieux pouvoir de l’Union européenne ». Les hommes sont alors exclus des fonctions dirigeantes, tandis que s’émancipent « lacs, rivières, forêts, montagnes », qui siègent au sein d’un parlement « biocratique ». Cette assemblée se partage en deux : 300 femmes d’un côté, 432 vivants non humains de l’autre, par tirage au sort. Les lois s’enchaînent. La lagune de Venise intente un procès au syndicat du tourisme italien, de même que « les nuages » à l’agence internationale de l’énergie atomique. Des régions sanctuaires sont soudainement « vidées de toute activité humaine et reboisées », pour que la biosphère se régénère. Ce qui ne va pas sans heurts. En pleine forêt primaire, la maison d’une grand-mère d’Ukraine est démontée… comme au temps de l’invasion russe en Crimée. Paysans, patrons et commerçants et retraités se rebiffent, créant « des gouffres d’incertitudes ». Dans notre réalité, notons que Camille de Toledo milite en ce moment pour donner des droits à un fleuve, la Loire, afin de le « représenter juridiquement » ainsi que la faune et la flore environnantes.Pour écouter la précédente utopie d’Ariel, c’est ici :... See for privacy and opt-out information.

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  • 09.12.2020
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    04:57
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    Galia Ackerman : « Demain, nous aurons peur de rêver d’un monde meilleur »

    Spécialiste des désastres de Tchernobyl, cette historienne russe considère que « rien n’est pire que des utopies réalisées : le rêve communiste a produit non pas des géants, mais le Goulag et l’asservissement ». « Cette réhabilitation de la période soviétique – qui n’apparaît plus comme une parenthèse tragique et malsaine, mais comme une époque globalement positive dans le cours de l’histoire millénaire de la Russie – satisfait une grande partie de la population qui a du mal à accepter que quatre générations de Soviétiques aient pu vivre “dans le mensonge”, comme disait Soljenitsyne. » Dans son dernier ouvrage, Le Régiment immortel (éditions Premier Parallèle, 2019), l’historienne, journaliste, écrivaine et traductrice russe Galia Ackerman, 72 ans, décrit de manière assez captivante et fort accessible les origines et l’essor du colossal regain de patriotisme russe sous l’autorité de Vladimir Poutine, qui s’active à « militariser les consciences ».Enseignante à la Sorbonne et chercheuse à l’université de Caen, elle s’interroge : « Qui aurait le courage de faire siennes ces lignes amères du grand réalisateur soviétique Eldar Riazanov : “J’aurais aimé vivre dans un pays dont j’aurais été fier. Mais le sort a voulu que je naisse dans un grand merdier.” ? N’oublions pas que si cette population compte les familles des millions de victimes du Goulag (exécutées et emprisonnées), elle compte également celles, très nombreuses, des collaborateurs de la police secrète et de l’appareil carcéral, ainsi que des millions de délateurs. »Pour cette spécialiste des désastres de Tchernobyl ou du rôle de la Russie dans la Seconde Guerre Mondiale, la notion « d’utopie », sujet de ce podcast, résonne donc de manière assez singulière. Dans son pays qui s’envisage comme « messianique » et appelée à porter « le flambeau de l’humanité », « l’expérience montre que rien n’est pire que des utopies réalisées. Le rêve communiste a produit non pas des géants, mais le Goulag et l’asservissement. Le rêve soviétique des grandes récoltes, la destruction de la steppe russe et kazakhe. D’autres rêves réalisés furent également ravageurs, comme celui d’une énergie bon marché qui a donné Tchernobyl et Fukushima. »Prudente et pragmatique, celle qui fut longtemps journaliste à RFI confie alors, depuis Paris où elle vit depuis plus de trois décennies, qu’elle a « peur de rêver d’un monde meilleur » et « n’aspire qu’à la paix » pour elle et les siens. « L’humanité aussi se portera sûrement mieux si elle est guidée non par des utopies, mais par le désir de chaque gouvernement et de chaque individu de vivre en paix avec soi et les autres. » Mais comment parvenir à cette paix, Galina ? « Il y a deux recettes très anciennes. La première est du Sage Hillel, qui vivait à Jérusalem à l’époque du roi Hérode : “Ce que tu hais, ne le fais pas à ton prochain.” La deuxième est du rabbi Nahman, qui vivait en Europe de l’Est à la fin du XVIIIe siècle : “Le désespoir n’existe pas.” Essayez de les suivre et vous verrez ! »Image : Chernobyl, de Craig Mazin (2018). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.12.2020
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    04:08
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    Peter Triangle : « Demain, nous serons munis d’une petite lampe qui s’allume quand ça ne va pas trop »

    À Brest, ce musicien à géométrie variable entrevoit la réalité quotidienne d’une dystopie transhumaniste « à la perfection glaçante », dictée par les algorithmes.Il est assis sur un très vieux vélo d’appartement, en plein air, dans un jardin au soleil. Et pédale avec énergie, en fredonnant l’une de ses dernières chansons, composée lors du premier confinement pour accompagner les vacances d’été et baptisée, en toute logique, Holidays. Mais quelque chose cloche, dans ce surplace. La guitare cold wave, mélancolique et gelée. Les paroles qui demandent, en anglais : « Où iras-tu perdre ton temps ? » Le regard inquiétant, les sourcils froncés, l’absence de sourire. Et le faux décor de banlieue pavillonnaire ajouté au montage, qui défile à toute vitesse derrière Peter Triangle. Houston, on a un problème.Bienvenue dans la dystopie du nouveau projet rock « un peu con-con, un peu flippant » de ce musicien brestois à géométrie variable, que nous avions connu, jadis, sous le nom chatoyant de Bertrand Brésil, en live le temps d’une Nova Book Box enregistrée au festival Longueur d’Ondes. Il faut immédiatement s’enquiller l’excellent Sugar, son entêtant hit de poche sur la distanciation sociale, pour découvrir que nous avons, en Bretagne, un disciple énervé des brutalités frustrées de Jay Reatard. Et l’écouter nous détailler, sur le pont de L’Arche de Nova, son meilleur des mondes à lui, avec le détachement flegmatique d’un citoyen sous « soma » la drogue du roman-cauchemar d’Aldous Huxley (1931), qui plonge la population dans un sommeil paradisiaque, conditionnée au bonheur, inapte à la moindre contestation.Dans son effrayant futur désirable, Peter entrevoit « l’avènement d’une technologie au service de l’humain : le transhumanisme aura triomphé ». « Nous serons munis d’une petite lampe qui s’allume quand ça ne va pas trop ou quand on est un peu chafouin. Un système de diode avec un code couleur, dont l’objet serait de faciliter notre rapport aux autres et d’éviter les altercations. » La géolocalisation sera permanente : « Les satellites indiqueront précisément à quel moment on va où – et surtout, pour quoi. » Et Black Mirror aura totalement contaminé la start-up nation. « Il sera possible pour chacun de connaître son projet de vie optimale, établi selon ses aptitudes, compétences, affinités, origines, aspiration, sa sensibilité, sa situation, son physique, son adresse et son genre... » Donc, « plus besoin d’aller voter ! On consacrera enfin notre temps au développement personnel et à la verbalisation. »On parle aussi de courses de chaises de bureau.« … Toute la famille se régalera du spectacle de l’existence. Nous vivrons telles des fleurs de coton bercées dans la crème d’un latte macchiato de prestige. » Hâte.Pour voir le clip home made de Sugar, c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=sT_2zrR1VP4&ab_channel=PeterTriangleImage : Her, de Spike Jonze (2013). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 07.12.2020
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    04:27
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    Titi Zaro : « Demain, nous aurons perdu nos habitudes de sprinteurs »

    Ces deux musiciennes du Maine-et-Loire, « sourcières » d’un maloya irrigué de folk-jazz-blues, nous éclaboussent d’un poème sur la patience, inspiré de Paul Valéry, pour « nous aventurer à l’intérieur ».« Gorgones à tresses rouillées dévalant la falaise, défricheuses de rêves, déchiffreuses sans trêve, les tentacules mêlés, à demi sœurs siamoises. » Qui sont ces créatures, ces « sorcières sourcilleuses à dentelles sonores », ces « Amazones qui sortent de leur souricière » de Rochefort-sur-Loire (2355 habitants, près d’Angers) pour chanter à la lune L’Hymne des louves, album paru fin novembre sur le label No Mad ? C’est Titi Zaro, ti male. Soit, depuis 2006, le sororal tandem formé par Oriane lacaille (chant, ukulélé, percussions, flûte pygmée) et Coline Linder (chant, ukulélé, violon, scie musicale), qui s’entourent pour l’occas’ de Vincent Segal, Alexis HK ou Lo’Jo, venus « gratter, frapper, souffler ».L’album, qui navigue du créole au français, est une source de maloya parfumé de folk-jazz-blues, dont le fruit Gawé reçut les faveurs de nos programmateurs. En mai dernier, séparées par le confinement, Oriane et Coline composaient à distance le joli Patience, inspiré du poème Palme de Paul Valéry (1920) : « Ces jours qui te semblent vides / et perdus pour l’univers / ont des racines avides / qui travaillent les déserts (…) Patience, patience, patience dans l’azur ! Chaque atome de silence / est la chance d’un fruit mûr ! »Face à cette « faille temporelle » qu’aura été l’année 2020, Titi Zaro nous encourage alors à « retrouver ce vieux chemin à la lenteur joyeuse » dévêtus « de nos habitudes de sprinteurs », à nous « dénuder devant nos peurs » et à « s’aventurer à l’intérieur », pour « requestionner nos liens, nos essentiels indicibles, nos révoltes politiques, nos engagements face aux vivants ».Pour voir le très beau clip de Gorgones ainsi que les louves en live, c’est ici : https://titizaro.wordpress.com/accueil/Image : Effacer l’historique, de Gustave Kervern et Benoît Delépine (2020). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 04.12.2020
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    04:22
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    Diadié Dembélé : « Demain, de l’herbe VIP pour des vaches VIP ? »

    Cet écrivain et poète malien, diplômé du master de création littéraire de Paris-VIII, tourne en dérision la pseudo amélioration des conditions de vie de certains élevages industriels, en prônant le retour aux transhumances traditionnelles.« Les champions sont une poignée. La paume qui les tiendra sera tannée. La main qui les tiendra sera fétiche. Le bras qui les montrera sera tranché. »Arrivé en France en 2015, Diadié Dembélé est un écrivain malien de 24 ans, diplômé du master de création littéraire de Paris-VIII et auteur d’un recueil de poèmes épiques et mystiques, Les tresses royales (éditions L’Harmattan, 2019), « à la gloire de ses ancêtres », soit la noblesse guerrière Soninké, dans la première moitié du XIXe siècle. Mais parmi les « champions », y a-t-il des éleveurs, des pasteurs, des bergers ?Interprète médico-social au sein d’une association d’aide aux migrants,celui qui travaille actuellement à son premier roman (La Danse des grands-mères, « histoire d’un adolescent de Bamako tiraillé entre son éducation occidentale et les valeurs traditionnelles de ses parents », qui paraîtra chez JC Lattès) grimpe sur le pont de notre Arche et tourne en dérision les tentatives d’amélioration des conditions de vie de certains élevages industriels – poussant la farce jusqu’à imaginer des « hôtels cinq étoiles » pour vaches, avec buffet à volonté d’« herbe VIP », « chambre avec vue sur la prairie » et des éleveurs... notés par leur propre troupeau. Une ironie bienvenue, pour nous encourager à prendre exemple, peut-être, sur les transhumances traditionnelles de bergers peuls, très attachés à leurs bêtes – au point, parfois, de renoncer à les manger.Image : La ferme se rebelle, de Will Finn & John Sanford (2004). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 03.12.2020
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    04:06
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    Ariel Kyrou (2/5) : « Demain, des connaissances hallucinantes sortiront de ce tunnel mortel »

    Spécialiste de Philip K. Dick, auteur d’un essai en forme de réservoir à fictions vitales pour bricoler l’après, ce journaliste parisien réexplore pour nous, à pas de loup, la « Zone » mutante de « Stalker ».« Ce livre est peut-être la chose la plus importante qui soit arrivée à la science-fiction hexagonale depuis les fulgurances inoubliables de Serge Lehman. » Alain Damasio ne tarit par d’éloges, à mi-parcours dudit ouvrage, à propos du dernier essai d’Ariel Kyrou, Dans les imaginaires du futur, qui vient de paraître aux éditions Actu SF. Fidèle à sa fièvre de contestation des impasses politiques et des formatages de toute obédience, l’auteur de La Horde du Contrevent détaille, le temps d’une « volte-face », la noble intention de ce pavé rose et blanc de 600 pages : comprendre, à travers l’examen érudit de romans, films, séries ou bandes dessinées d’anticipation, lesquels ne se contentent pas de nous divertir ou de reconduire en pire les schémas existants, mais offrent « armes de jet et lignes de fuite pour se construire un avenir » ou « décheniller les tanks de ce néolibéralisme inepte » ; ceux qui produisent « un imaginaire du dérangeant, du dégenré, intranquille et secouant, perclus de trous de ver, de percées vers le possible, caffi d’espoirs aussi. » Bref : des futurs désirables, comme ceux qui bourgeonnent au quotidien sur la proue de ce podcast.C’est pourquoi, devant cette généreuse caisse à outils fictionnels pour-bricoler-l’après, la tentation de tendre le micro à Ariel Kyrou fut à peu près irrésistible. Rédac’ chef adjoint du magazine Actuel de 1989 à 1993, cet essayiste parisien, spécialiste de Philip K. Dick et directeur éditorial du Laboratoire des solidarités (solidarum.org), nous fait alors parvenir aujourd’hui le premier module d’une série de cinq chroniques consacrées aux « utopies lucides, terrestres et anarchistes ».Et si celles-ci nous venaient des étoiles ? De visiteurs extraterrestres qui seraient contenté d’un très bref passage sur Terre, d’un pique-nique au bord du chemin, titre original du roman Stalker, des frères russes Arcadi et Boris Strougatski (1972), adapté au cinéma sept ans plus tard par leur compatriote Andreï Tarkovski. Le stalker (du verbe anglais to stalk, traquer, rôder, « s’approcher furtivement », « marcher à pas de loup »), écrit Kyrou, est un « voyageur, un chercheur incroyablement attentif au nouveau et dangereux terrain qu’il découvre (…) aux aguets des ombres, des signes venant des pierres et des arbres, en éveil face aux frémissements des limaces ». Ce guide explore la « Zone », apparue à la suite d’une chute de météorite ou probablement de touristes venus « du fin fond du cosmos » et qui ont laissé leur « marque violente, un témoignage de sorcellerie », tels les Grands Anciens de Lovecraft. De la taille d’un canton, on peut aussi la voir comme « un trou vers l’avenir ».Ariel poursuit : « Je perçois la Zone comme un drôle d’espace d’expérimentation, en accéléré, des changements que nous vivons alors que Gaïa tousse et que notre écosystème se transforme à coups de virus, de tempêtes, d’effet de serre (…) Une métaphore (…) Un laboratoire des mutations contemporaines, subies ou voulues, immaîtrisables (…) Un lieu de passage plein de promesses ambiguës (…) », qui regorge « d’objets et de dispositifs incompréhensibles, d’une magie toujours incertaine (…) Un tunnel mortel, d’où pourraient sortir des connaissances hallucinantes » et des mutants surdoués, comme cette fillette télékinésique surnommée Ouistiti.Au diapason de « L'Écrivain » du film qui note, assis sur son bidon, que « le futur se confond maintenant avec le présent », Kyrou conseille de vivre non pas après les effondrements, mais « en leur cœur permanent ».Pour écouter la précédente utopie d’Ariel, c’est ici :

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  • 02.12.2020
    11 MB
    04:50
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    Clara Ysé : « Demain, nous pourrions être des héros, juste pour un jour »

    Romantique et lyrique, cette musicienne parisienne nous murmure une liste de « talismans » pour le futur, suivie d’une reprise solaire et dédoublée de David Bowie, enregistrée rien que pour nous.« Ce matin il est arrivé une chose bien étrange. Le monde s'est dédoublé. Je ne percevais plus les choses comme des choses réelles. J'ai pris peur, j'ai crié que quelqu'un me vienne en aide. J'ai accueilli un ami qui m'a pris dans ses bras et m'a murmuré tout bas : regarde derrière les nuages, il y a toujours le ciel bleu azur qui, lui, vient toujours en ami te rappeler tout bas que la joie est toujours à deux pas. Il m'a dit : prends patience, mon amie prends patience, vers un nouveau rivage ton cœur est emporté, l'ancien territoire t'éclaire de ses phares. »Est-ce sa voix grave, formée au chant lyrique, familière de l’opéra dès son plus jeune âge ? Ce vibrato d’autorité ? Cette mélodie qui cavale comme un appaloosa fougueux dans les plaines du chagrin ? Portée par la batterie qui martèle et la peine lumineuse d’une clarinette yiddish ? Le tout, pour projeter ce texte-baume censé apaiser notre besoin de consolation qui, comme chacun sait, est « impossible à rassasier » ? Est-ce la promesse d’une amitié, d’un lendemain qui viendra toujours, l’imminence de nouveaux rivages, la joie du ciel azur ? Mais pourquoi pleurons-nous encore et encore à chaque réécoute de la chanson-titre du premier mini-album de Clara Ysé, Le monde s’est dédoublé, publiée au printemps 2019, entonnée plus tard par nos chéris de Catastrophe ?Sans doute parce que le deuil affleure, avec les pulsions de survie qu’il impose, sur chacun des six morceaux écrits et composés (en français, en anglais, en espagnol) dans les mois qui suivirent, en 2017, la noyade de sa mère, la philosophe Anne Dufourmantelle (auteure d'Éloge du risque ou de Puissance de la douceur), au large de Ramatuelle, en sauvant le fils d'une amie. L’acte de résilience impressionne : naissance publique d’une musicienne lettrée dont l’univers semble capable de lier les mélancolies de Lhasa, Anna Calvi et Barbara, entourée de complices albanais ou iraniens, quand elle ne s’abandonne pas aux ritournelles latino-américaines.Lors du premier confinement, Clara Ysé partagea une ébauche de chanson, Notre océan, qui dit : « Voudrais-tu accélérer le temps ? Que fais-tu face à l’idée du néant qui lentement s’immisce dans nos rangs ? Entends-tu comme il est effrayant ce silence qui nous déchire en dedans ? Crois-tu que tu es seul ? La vague qui t’accueille nous soulèvera. » En attendant ses deux concerts au Café de la Danse (Paris, les 19 et 20 avril), son premier véritable album qu’elle s’apprête à enregistrer et un premier roman bientôt terminé à paraître chez Grasset, la Parisienne murmure, à bord de notre Arche battue par le ressac, sa liste de « talismans » pour le futur, parmi lesquels : « Écouter le live de Queen à Wembley en 1986, apprendre à faire hospitalité, prendre soin des secrets, redéfinir la sécurité comme tout ce qui nous permet d’être plus vivant et plus vaste, veiller à ne pas trahir les mots, en inventer de nouveaux. » Et la voici qui s’avance au centre du navire pour une reprise solaire et dédoublée de Heroes de David Bowie, enregistrée rien que pour nous. Terre !Image : Masayoshi Sukita, version colorisée de sa photo de pochette pour l’album Heroes de David Bowie (1977). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 01.12.2020
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    02:10
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    David Neerman : « Demain, nous téléphonerons à Dieu »

    Co-auteur d’un album de magnifique mystique, ce pianiste et vibraphoniste anglais, posé en Bourgogne, passe un coup de fil au Très-Haut – qui s’avère être une femme – et demande, clope au bec, une « mise à jour ».« On avait une abbaye pour nous tout seuls, la nuit. Si on excepte quelques familles de chauves-souris. » Bienvenue dans le Cher, à Bruère-Allichamps, commune de 564 habitants entre Bourges et Montluçon. Au printemps 2013, le pianiste, vibraphoniste et percussionniste anglais David Neerman retrouve, « lors de célébrations nocturnes » perpétrées dans une abbaye cistercienne vieille de sept siècles, le maître balafoniste malien Lansiné Kouyaté, avec lequel il a déjà signé deux albums (Kangaba, 2009, Skyscrapers & Deities, en 2011). « Les murs de la bâtisse renvoyaient les fréquences du vibraphone et du balafon comme l’écho lointain d’un chœur de spectres. »De retour à Paris, David partage cette expérience avec la chanteuse soul Krystle Warren, from Kansas City, qui rappelle parfois la ferveur romantique de Jeff Buckley, ainsi qu’avec Sequenza 9.3., ensemble vocal de musique dite savante créé en 1998 en Seine-Saint-Denis par Catherine Simonpietri. Ainsi naît l’album Noir Lac, paru chez Klarthe et dont les profondeurs renferment compositions originales envoûtées ou reprise étonnante de Led Zeppelin (Friends). La chorale et la chanteuse y prennent d’amples hauteurs célestes, portée par des notes délicates de musique mandingue. « Le challenge a été de trouver le plus petit dénominateur commun entre nous… qui se trouve toujours dans la mystique de chacun. »Dès lors, il ne fut pas si surprenant de recevoir, sur le pont de L’Arche de Nova, un enregistrement exceptionnel : l’intégralité du coup de fil passé cette semaine par David Neerman à… Dieu en personne. Complice de Seun Kuti ou de Babx, compositeur de la musique originale du podcast Crackopolis de Jeanne Robet ou du film Merveilles à Montfermeil de Jeanne Balibar, le musicien s’est plaint du désastre mondial et a demandé, depuis la Bourgogne, une « mise à jour » au Très-Haut, qui s’avère être une femme. Sa réponse fut sans filtre.Signalons que Dieu prend ici la voix de Laure Blatter, et son secrétaire, celle de Romain Gy.Image : Hotline to God Store, tous droits réservés (2014). Ce téléphone, que vous pouvez commander via des plateformes qui vous conduiront tout droit en enfer, délivre 25 versets bibliques d’une voix robotique, comme le prouve cette vidéo improbable : https://www.youtube.com/watch?v=c5m1eEZW0kQ&ab_channel=HotlineToGodStore See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 30.11.2020
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    05:55
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    Marie-Eve Nadeau : « Demain, la danse sublimera nos colères »

    À Montréal, cette documentariste québécoise prône la non-violence à travers la fable authentique du coati tenu en laisse, héros griffu d’une historiette de l’écrivaine Clarice Lispector.De tempérament chapardeur et effronté, pour ne pas dire agressif, le coati est un mammifère arboricole pas très éloigné du raton-laveur, au pelage marron-gris. Cette bestiole des forêts d’Amérique du Sud, qui se déplace en bandes à majorité féminine, possède une petite trompe mobile ainsi qu’une longue queue zébrée d’anneaux. C’est avec un coati que Jamel Debbouze doit négocier sa sortie de prison sur la piste du Marsupilami. Manu Larcenet et Gaudelette firent d’un coati jaune-poussin baptisé Pedro, coincé dans un zoo, le héros-titre de trois albums de BD chez Fluide Glacial. Et c’est encore un coati qui interpella, le 11 septembre 1971, l’écrivaine brésilienne Clarice Lispector, dans sa chronique hebdomadaire au Jornal do Brasil – reproduite au sein du recueil La découverte du monde (éditions Des Femmes).« Je suis pour l’animal et je prends le parti des victimes du méchant amour. » Ce jour-là, Clarice aperçoit dans la rue un chien tenu en laisse par un homme « hautain ». Or, il ne s’agit pas d’un toutou, mais d’un coati « qui se prend pour un chien », au flair comme à la démarche, qui ne sait plus « qui il est » et se demande franchement pourquoi de vrais chiens aboient avec rage après lui – schizophrénique attitude qui n’est effectuée, précise-t-elle, que « par amour et gratitude pour l’homme ».Mais que ferait le coati s’il tombait trompe-à-trompe avec l’un de ses congénères, réalisant soudain sa méprise ? « Je sais bien qu’il aurait le droit de massacrer l’homme », coupable d’avoir « adultérer son essence », écrit Lispector, qui l’encourage pourtant à « pardonner » puis « abandonner » son bête maître.Cette fable authentique doit nous servir de leçon. C’est le vœu, formulé sous les premières neiges de Montréal, par la Québécoise Marie-Eve Nadeau, 38 ans. Formée en danse classique, ex-mannequin, cette monteuse de cinéma (La Peur, de Damien Odoul) et autrice de documentaires (sujets : les trappeurs, les enfants de sourds), prolonge aujourd’hui le récit de l’animal déboussolé. Et imagine Clarice Lispector au chef-lieu des coatis, pour les convaincre de désensorceler leur camarade… en dansant, « leurs longs museaux pointés vers le ciel, oscillant de droite à gauche, comme autant de pendules d’hypnotiseur ». Peaufinant actuellement son second roman situé en Haïti, Marie-Eve Nadeau conclut d’une pirouette : « Dans un monde idéal, la danse serait la seule et unique voie de médiation, qui sublimerait les excès en créant des formes nouvelles. »Pour voir son documentaire Enfants de sourds (2013), c’est ici : https://vimeo.com/116243280Image : Sur la piste du Marsupilami, d’Alain Chabat (2012). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 27.11.2020
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    05:09
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    Delphine Arnould : « Demain, nous serons tous hermaphrodites »

    Dans le sillage des « Garçons sauvages » de Bertrand Mandico, cette psychanalyste parisienne prophétise une mutation fertile : les hommes auront leurs règles et les femmes « des glands robustes ». Prêt.e.s ?« – Tanguy. – Oui ? – J’ai des seins qui poussent. » L’Île-aux-Robes ne figure sur aucune carte. Luxuriante et nimbée d’arbres à lait phalliques, elle encourage les métamorphoses et ouvre de nouveaux possibles. La seule façon de s’y rendre – à moins de regarder de trop près l’anatomie d’un rugueux capitaine hollandais – reste d’aborder, plus de deux ans après sa sortie en salles, le premier long-métrage du Français Bertrand Mandico, Les Garçons sauvages. Au début du XXe siècle, cinq adolescents de bonne famille, cravatés, railleurs, indisciplinés, ayant tué par sadisme leur professeure de français, sont envoyés sur le pont d’une « croisière sans équipage » censée les remettre dans le droit chemin. Mais rien ne se passe comme prévu, au fil d’une odyssée dépravée tournée sur les plages de sable noir de la Réunion.Enchantement diamanté, terriblement sexy, transporté par l’interprétation troublante de cinq actrices androgynes, le film est un voyage érotique et psychédélique que l’auteur présente comme une « bouture impossible » entre Jules Verne et William Burroughs. Sur cette terre ensorcelante, les garçons sauvages deviendront non pas filles, mais autres : leurs pénis tombent comme un fruit pourri, tandis que leurs désirs gagnent en épaisseur.On retrouve cette idée dans l’utopie hermaphrodite formulée par la psychanalyste parisienne Delphine Arnould. Première surprise, née de nos pollutions : dans son futur, « la nature aura digéré tous nos déchets pharmaceutiques. L’humus sera chargé d’antibiotiques, les plantes suinteront de pommades apaisantes, les océans et les mers seront des concentrés d’antidépresseurs, d’anxiolytiques et de neuroleptiques, les vents diffuseront agréablement des antalgiques. La douleur disparaitra du vivant. ». Oh ? « À force d’avoir lavé nos mains dix fois par jour, les antiseptiques et désinfectants auront tout imbibé. Même les recoins les plus crasseux des toilettes d’autoroutes, des étables et ou décharges sauvages seront aseptisés. Aux oubliettes les microbes, les infections, les maladies ! »Et ce n’est pas fini. Car « on aura tellement abusé de contraceptifs que les nappes phréatiques seront gorgées d’hormones mâles et femelles. » Conséquence : les humains vont muter. « Les hommes auront tous de vrais nibards. Barbe et moustache lâcheront prise au fond du lavabo. Les verges seront vagins, les testicules ovaires, les menstrues affaire d’hommes. Les clitoris reprendront leur pousse et les fameux boutons de roses laisseront place à des glands robustes. Les grandes lèvres formeront de véritables bourses. Les épaules s’élargiront et les pectoraux triompheront des soutiens-gorges (…) Les fluides trouveront là où se nicher dans des utérus nouvelle génération. L’hermaphrodisme fondera notre nouvelle identité. » Tu vois le genre ? Ben non, y en a plus !Pour écouter Bertrand Mandico déshabiller ses Garçons sauvages, c’est là : https://www.nova.fr/podcast/nova-book-box/bertrand-mandico-sulfureux-interdit-toxiqueImage : Les Garçons sauvages, de Bertrand Mandico (2018). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 26.11.2020
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    04:07
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    Ariel Kyrou (1/5) : « Demain, nous serons furtifs »

    Spécialiste de Philip K. Dick, auteur d’un essai en forme de réservoir à fictions vitales pour bricoler l’après, ce journaliste parisien se penche sur les créatures indétectables d’Alain Damasio.« Ce livre est peut-être la chose la plus importante qui soit arrivée à la science-fiction hexagonale depuis les fulgurances inoubliables de Serge Lehman. » Alain Damasio ne tarit par d’éloges, à mi-parcours dudit ouvrage, à propos du dernier essai d’Ariel Kyrou, Dans les imaginaires du futur, qui vient de paraître aux éditions Actu SF. Fidèle à sa fièvre de contestation des impasses politiques et des formatages de toute obédience, l’auteur de La Horde du Contrevent détaille, le temps d’une « volte-face », la noble intention de ce pavé rose et blanc de 600 pages : comprendre, à travers l’examen érudit de romans, films, séries ou bandes dessinées d’anticipation, lesquels ne se contentent pas de nous divertir ou de reconduire en pire les schémas existants, mais offrent « armes de jet et lignes de fuite pour se construire un avenir » ou « décheniller les tanks de ce néolibéralisme inepte » ; ceux qui produisent « un imaginaire du dérangeant, du dégenré, intranquille et secouant, perclus de trous de ver, de percées vers le possible, caffi d’espoirs aussi. » Bref : des futurs désirables, comme ceux qui bourgeonnent au quotidien sur la proue de ce podcast.C’est pourquoi, devant cette généreuse caisse à outils fictionnels pour-bricoler-l’après, la tentation de tendre le micro à Ariel Kyrou fut à peu près irrésistible. Rédac’ chef adjoint du magazine Actuel de 1989 à 1993, cet essayiste parisien, spécialiste de Philip K. Dick et directeur éditorial du Laboratoire des solidarités (solidarum.org), nous fait alors parvenir aujourd’hui le premier module d’une série de cinq chroniques consacrées aux « utopies lucides, terrestres et anarchistes ». Et l’ascenseur est renvoyé à Damasio, en se penchant sur les créatures indétectables, aux allures de chauve-souris, de son grandiose roman Les Furtifs (2017) vendu à plus de 65 000 exemplaires. « Dans cette dystopie technologique où les individus subissent la dictature cool de l’hyper capitalisme (…) le furtif, cet animal irréel d’une vivacité inconcevable, qui meure et se fige en une sculpture dès qu’il est vu, y incarne l’utopie d’un monde échappant aux forces du contrôle et de la surveillance généralisée. Le futur imaginé par Alain Damasio ne s’effondre pas. Il se délite. Son utopie libertaire et écologiste, partielle et imparfaite, se construit au travers des arts de vivre d’une pluralité de communautés. Elles sont parfois révoltées, tels des zadistes de demain, d’autres sont juste loin de l’économie dominante à la façon de ce groupe de Balinais sur une île du Rhône – dont, écrit-il, les liens humains semblaient se prolonger hors du social, en rhizome à nos pieds ou à la façon des branches qui auraient poussé au bout de nos doigts. » Nous voici rebranchés à demain.Les prochaines utopies d’Ariel Kyrou seront diffusées les 3, 10 et 17 décembre, ainsi que le 7 janvier, à 7h10.Pour écouter Alain Damasio en interview sur ses Furtifs, en deux parties, c’est ici :https://www.nova.fr/podcast/nova-book-box/alain-damasio-quels-degres-de-liberte-avons-nous-perdus-12https://www.nova.fr/podcast/nova-book-box/alain-damasio-macron-na-aucune-empathie-pour-le-peuple-22Image : Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve (2017). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 25.11.2020
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    03:27
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    Lettres Libres : « Demain, un nouveau monde naîtra du chaos »

    Pour réinventer notre rapport à la nature, nous faudrait-il… un séisme, comme dans l’ultime album inachevé du maître manga Jirô Taniguchi ? C’est l’hypothèse de Sophie Wilhelm, libraire à Bonneville (Haute-Savoie).« Un jour… une autre forêt apparut. D’un vert profond. La région fut ébranlée par un séisme de magnitude 6 qui entraîna tant de mouvements de terrain… qu’une faille s’ouvrit. » C’est l’histoire d’un môme japonais de 10 ans, Wataru, contraint de s’installer à la campagne car son père l’a quitté et que sa mère n’en peut plus. Son grand-père lui dit de ne pas s’inquiéter : « La montagne te consolera. » Et le petit bonhomme en larmes… entend des murmures. Ceux des arbres, des insectes, des oiseaux, des rivières, qui s’adressent à lui comme à un membre de la famille.La lecture de La Forêt millénaire, sur lequel travaillait le maître mangaka Jirô Taniguchi juste avant sa mort, en 2017, à 69 ans, est un bonheur et un regret. Bonheur mélancolique d’arpenter les collines et les sous-bois de ce conte écolo publié aux éditions Rue de Sèvres dans un somptueux format à l’italienne, dans lequel le dessinateur shintoïste raffiné de L’Orme du Caucase, de Quartier Lointain et du Sommet des Dieux s’affranchit des codes du manga pour embrasser pleinement la liberté graphique et narrative de ses homologues européens. Regret éternel de n’avoir, pour toujours, que ce seul premier tome inachevé (cinq étaient prévus) riche de tant de promesses, certes accompagné d’entretiens sur la genèse de cette œuvre posthume et de très beaux extraits de ses carnets de croquis.Jusqu’à la réouverture complète de leur boutique, L’Arche de Nova donne la parole à des libraires qui cueillent dans leurs rayons leur vision d’un futur désirable. Cette semaine, c’est au tour de Lettres Libres, librairie généraliste située au 25 place de l’Hôtel de Ville à Bonneville (Haute-Savoie), représentée par sa gérante Sophie Wilhelm. Elle a choisi cet album de bande dessinée, une « respiration » qui lui inspire « quelque chose de très encourageant pour la suite, après le chaos de ces moments étranges et anxiogènes que nous vivons ». En 2015, Taniguchi déclarait : « Je veux représenter le vivant dans ce qu’il a de beau, de fragile et de précieux. Depuis le tsunami et l’accident nucléaire de Fukushima, en 2011, nous sommes davantage préoccupés par l’environnement. Mais l’être humain oublie si vite, si facilement… C’est pourquoi je désire continuer à créer des histoires qui donnent une place fondamentale à la nature. Pour éviter que cette prise de conscience ne disparaisse des mémoires. »Pour cueillir les ouvrages de Lettres Libres : https://www.chez-mon-libraire.fr/Image : La Forêt millénaire, de Jirô Taniguchi (éditions Rue de Sèvres, 2017). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 24.11.2020
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    04:22
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    Camille Brunel : « Demain, des animaux siégeront à l’Assemblée »

    Lauréat 2020 du Prix de la Page 111, cet écrivain de Châlons-en-Champagne prédit l’avènement d’une génération de député.e.s qui travailleront comme (et avec) des bêtes pour des républiques « aussi fiables qu’un avion de ligne ». « Le chef de l’Etat apparut avec un air contrit cachant à peine sa suffisance. Depuis des mois, son gouvernement niait violences policières et exécutions de moins en moins accidentelles. La France devenait un pays du tiers-monde, où la moindre manifestation faisait des morts. » Paru en septembre aux éditions Alma, récompensé sur Nova du très convoité Prix de la Page 111, Les Métamorphoses, le second roman de Camille Brunel, 34 ans, se déroule dans un avenir assez proche ; entre hier et après-demain, disons. « À l'Éducation, on avait falsifié les notes du bac. À l’écologie, on se gavait de fruits de mer, et à l’Agriculture, on laissait les cochons crever de chaud dans les élevages (…) Le pouvoir était devenu impalpable, et planait au-dessus du peuple comme la tyrannie humaine ignore le sang des bêtes, avec une antipathie de bon aloi, un air désolé de bourreau endetté. »Dans cette atmosphère déliquescente quelque peu familière, l’inédit survient. Une « pandémie de métamorphoses » change soudain, au hasard, 300 000 de nos chers compatriotes en animaux. En hyène, en écrevisse, en brebis, en taon. Mais « le gouvernement niait l’ampleur du désastre ».« L’incendie, pourtant, éclairait le monde », écrivit l’auteur d’autres Métamorphoses, Ovide, au premier siècle. Placée en ouverture du roman de Camille Brunel, la citation du poète latin peut traduire un immense besoin de nouvel espoir, en cette année poly-catastrophique. « Notre maison brûle… », mais saurons-nous, dans la lueur des flammes, y voir mieux ?Pour son premier futur désirable – inaugurant sur notre antenne une carte blanche d’une durée de 11 mois et 1 semaine, suite à l’obtention de son prix –, cet admirateur de Lautréamont entrevoit la survivance de la démocratie, si, si, notamment grâce à des député.e.s. « humbles » et « mesurant chaque prise de parole ». Surprise : « Ça ressemblera au sénat de Star Wars pour la diversité des costumes, à ceci près qu’il n’y aura qu’une seule espèce à en porter (les jours de délibération sur les animaux, les premiers concernés venaient à poil, ou à plumes). »Par ailleurs, joie intergalactique : « Les Républiques deviendront aussi fiables que des avions de ligne. Les vandales passeront pour des ringards, les escrocs pour des bouffons. Mais on ne jouera plus avec le feu. (…) La fameuse génération Z, qui a grandi avec Greta Thunberg, finira nous sortir de la crise climatique » en s’emparant « de la démocratie comme du dernier iPhone, en faisant le tour de ses fonctionnalités, en la rechargeant régulièrement et à fond, élection après élection. Si quelque chose sent le pourri, le vieil homme rance, l’héritière à perles, ça dégagera. On aura hâte d’être au XXIIe siècle, de voir les forêts repousser et les baleines grandir. »Image : Fan-art de l’Amiral Ackbar dans Star Wars : Rogue One, de Gareth Edwards (2016). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 23.11.2020
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    04:31
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    Luc-Michel Fouassier : « Demain, les feignasses s’imposeront mollement »

    Auteur d’une apologie de la pantoufle, cet instituteur et écrivain de Seine-et-Marne milite pour le droit à la paresse, la semaine de cinq heures et des statues à la gloire d’Albert Cossery.« Moi, je clame haut et fort le droit de ne pas s’investir dans son boulot. Je préfère rester dans mon lit à glandouiller, rêvasser, lire. » Cette déclaration fort peu productive de Luc-Michel Fouassier est à prendre au pied de la lettre – pied qui sera bien chaussé, comme on va le voir. Instituteur de Seine-et-Marne capable d’enseigner à ses CM1-CM2 « le calcul de la masse de matière fécale annuelle d’un adulte » ou de « faire tirer des pénaltys en classe sur le tableau », cet écrivain vient de publier Les Pantoufles, aux éditions de L’Arbre Vengeur, très bref roman bartlebyen qui suit pas-à-pas la trajectoire d’un quinqua « en marge, à côté de ses pompes », ayant envisagé de « s’auto-étrangler » dans le remous d’un chagrin d’amour et qui, un matin, sort triomphalement de chez lui… en charentaises.« Pointure 42, tissu 100 % laine, fabriqué en France. » L’homme ira à la Poste, au travail, en club échangiste, constatant – comme dans La Moustache d’Emmanuel Carrère – qu’un détail peut modifier l’organisation d’une vie. Ce pantouflard de l’extrême rencontrera en outre une « Confrérie des Farfelus », maîtres-adeptes de l’absinthe à redingote, qui n’est pas sans rappeler les jurés de notre Prix de la Page 111, pour lequel la sienne figura parmi la sélection finale – sans l’emporter néanmoins, alors qu’il s’agit de l’antépénultième du roman et le prélude houblonné d’une fin heureuse.Cela méritait prolongation. Chose faite avec l’utopie formulée sur le pont de notre Arche (non, depuis sa cabine, qu’il n’a pas voulu quitter) par l’auteur myope des Hommes à lunettes n’aiment pas se battre (nouvelle, 2010) et du Zilien (roman, 2014, préfacé par Jean-Philippe Toussaint qui nota que l’humour, pour Fouassier, est un « instrument de résistance aux casse-pieds »).Selon Luc-Mimi, d’ici cinquante ans, la fainéantise sera devenue vertu. « Les flemmards, cossards, branleurs… » se seront imposés. « N’est-il pas usant, désespérant de voir portés aux nues toujours les mêmes conquérants en costume-cravate (…) qui fonctionnent à l’adrénaline et à la performance mais pas nécessairement à l’intelligence ? » Ecoutons-le militer pour le droit à la paresse, la semaine de cinq heures et l’élévation de statues à la gloire d’Albert Cossery, l’auteur égyptien francophone des Fainéants dans la vallée fertile (1948), exilé à Paris, qui n’écrivait qu’une ligne par jour.Image : True Romance, de Tony Scott (1993). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 20.11.2020
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    04:35
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    Franck Balandier : « Demain, tous les dieux auront disparu... »

    … et les lieux de culte seront reconvertis en clubs, en théâtres ou en cinémas, selon les vœux de cet écrivain parisien, qui prie pour « des espaces de communion et de divertissement gratuits, ouverts à tous ».« Dieu est un concept qui nous permet de mesurer notre souffrance. Je ne crois pas à la magie, à la Bible, en Jésus, en Bouddha... » Décembre 1970 : fraîchement séparé des Beatles, John Lennon clame haut et fort son athéisme via God, tiré de son premier album solo flanqué du Plastic Ono Band, sur lequel figure également la chanson I found out, où il annone sans desserrer les dents qu’« aucun Jésus ne descendra du ciel » et qu’« aucun gourou ne verra jamais à travers tes yeux ». Sans oublier les vers immortels d’Imagine : « Imagine s’il n’y avait pas de paradis. C’est facile, tu devrais essayer. Pas d’enfer à nos pieds. Que du ciel au-dessus de nous. Pas de pays, pas de religions non plus. Tous les peuples vivraient en paix. »C’est à peu près la prière confessée en notre paroisse utopique par l’écrivain parisien Franck Balandier, 68 ans. Ex-éducateur pénitentiaire, organisateur d’un live un peu mémorable de Trust à Fleury-Mérogis où fut également créée à son initiative la première émission de radio animée par des détenus, ce fin connaisseur d’Apollinaire publiera en février Sing Sing –musiques rebelles sous les verrous(éditions Le Castor Astral), recueil de portraits de musiciens ayant passé quelques heures ou plusieurs années derrière les barreaux, de Johnny Cash à Joeystarr, de Chuck Berry à Booba en passant par Daniel Darc.Au commencement voici son Verbe, sur le pont de notre Arche, à conjuguer au futur : « Les hommes ont fini de croire. Au rencart, les Brahma, les Vishnu, les Zeus, les Yahvé, les Jéhovah, les Allah. Au rebut, les prophètes, les Mahomet, les Dalaï-Lama, les Osiris, les Diane chasseresses ou non, les Aphrodite bonnet D, les Apollon en slip kangourou... » Et tandis que des grenouilles de bénitiers militent pour le retour des messes, Franck Balandier prêche pour des lieux de culte reconvertis en clubs, en théâtres ou en cinémas, transfigurés en « espaces de communion et de divertissement gratuits, ouverts à tous ». Un seul mantra : « Vivre. Partager. Rire. » Alléluia-ah !Image : Marcel Gotlib, God’s club, publié dans L’Echo des Savanes en 1974 puis dans Rhââ Lovely tome 2 (éditions Fluide Glacial). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 19.11.2020
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    02:40
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    Eva Bester : « Demain, nous serons gouvernés par des chiens »

    Autrice d’un essai réjouissant sur le peintre belge Léon Spilliaert, l’animatrice de « Remède à la mélancolique » nous dévoile la composition d’un imminent gouvernement d’éminents toutous.« Ses paysages sont des asiles, ses portraits, les effigies de nos âmes sombres. Avec ses natures mortes, il transcende le réel et rend le banal fantastique. C’est un alchimiste ; de la boue et de la sombreur, il fait du sublime. Spilliaert donne du panache au spleen. » Ainsi s’enclenche (ou presque) le bref et réjouissant (oui) essai qu’Eva Bester consacre au peintre belge Léon Spilliaert (1881-1946), publié cet automne aux éditions Autrement. Dans Léon Spilliaert, œuvre au noir, l’animatrice-productrice de l’émission Remède à la mélancolie sur France Inter examine et détaille, depuis son propre « abîme », en tant que porte-parole de celles et ceux « qui ressentent le monde comme un hangar froid sans plafond et sujet à une pluie continue », son amour fasciné pour les « envoûtants clairs-obscurs » à l’encre de Chine de l’artiste d’Ostende.Malade du cœur, confiné un siècle avant l’heure, Léon le prolifique – près de 4500 œuvres ! – « représente des personnages esseulés, prostrés, ahuris, dans un climat de pesanteur, de vide, de morbidité, d’angoisse existentielle », mais – tiens – confie parfois aux gazettes que son principal défaut serait « la blague ». Oh ?Et tandis qu’on remarque que Spilliaert a parfois peint d’étranges canins (errant, famélique et noir, sur terre enneigée, bizarrement souple comme un chat ; la tête cachée dans la robe d’une femme-alien, sur fond rouge enfer ; lévrier bleu pétrole aux pieds de nonne pensive), Eva Bester – qui révèle ici pour la première fois son statut fort enviable « d’inventeuse du post-it en emmental » – nous décrit depuis Tbilissi, Géorgie, la composition d’un imminent gouvernement d’éminents toutous.« Au ministère de l’Intérieur, il y aura Alfred Saxophone, teckel grave mais confiant, qui signera des armistices dans chacune de nos âmes. Au ministère de la Culture, Facétie Bémol, labrador violet bilingue, aimant Verlaine et les bretzels. » Et ? C’est tout-tout. Car « il n’y aura plus que deux ministères ». Mais l’avenir se déroule encore dans ce récit truffé de « grands jardins », de « petits boutons sous les arcades sourcilières des hommes de loi », d’une « religion sur le culte de l’altérité » ou de « démarches administratives exécutées par la pensée ». Et la mélancolie ? « Ringarde ! »Pour écouter la précédente utopie d’Eva Bester, c’est là : https://www.nova.fr/podcast/le-monde-dapres/eva-bester-demain-nos-cotes-seront-devenus-nos-prioritesImage : Léon Spilliaert, Autoportrait au miroir (1908). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 18.11.2020
    10 MB
    04:24
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    Catherine Dufour : « Demain, nous ferons d’une décharge une mine d’or »

    À Paris, cette autrice de science-fiction invente deux machines extraordinaires, une « Grande Trieuse » et une « Grande Imprimante », qui pourraient dépolluer la planète voire, waou, « retisser la peau des grandes brûlures ».« Et si, après plus d’un siècle de vie, vous vous retrouviez dans un corps tout juste sorti de l’adolescence ? Et si, en guise de petit boulot, le huitième cumulé depuis le début du mois, on vous proposait enfin un vrai job : mourir ? Et si votre meilleur ami était ce machin bizarre aux allures de R2-D2 laissé par votre coloc’ dans l’appartement ? Et si vous n’étiez pas vous, mais le clone de vous ? » Ce sont quelques-unes des hypothèses qui ponctuent L’arithmétique terrible de la misère, recueil de dix-sept nouvelles signées Catherine Dufour aux éditions Bélial, préfacé par son vieux complice Alain Damasio, qui voit dans ces histoires « un contre-poison à l’infobésité ». En parallèle, cette autrice parisienne, lauréate en 2007 du prestigieux Grand Prix de l’Imaginaire pour Le Goût de l’immortalité, vient également de publier Au bal des absents, au Seuil, chasse aux fantômes dans un manoir hanté en pleine cambrousse, comme un épisode de Scooby-Doo filmé par Kervern & Delépine, dans lequel Claude, 40 ans, se défend parfois à coups de binette.« L’utopie, c’est très difficile, les gens heureux n’ont pas d’histoire ! » En 2018, cette ingénieure en informatique a pourtant tenté de transmettre sa science du futur le temps d’ateliers d'écriture intitulés Bright Mirror, en contrepoint des cauchemars de la série Black Mirror, pour accoucher de projections positives. Ce à quoi Catherine Dufour s’emploie de nouveau aujourd’hui, sur le pont de notre Arche. Fatiguée de ne « plus pouvoir faire un pas » ni même manger sans polluer la planète, la romancière invente deux machines extraordinaires : une « Grande Trieuse de déchets » et une « Grande Imprimante ».« L’Imprimante puiserait dans les toners [encre en poudre constituée de particules ultrafines de plastique ou de métal] récoltés par la Trieuse et imprimerait des immeubles, de maisons, des ports, des campus » en Chine ou au Ghana, en « assainissant d’anciennes décharges » ; mais aussi… avec des toners alimentaires, on imprimerait « des kilomètres de blanc d’œuf, de la viande, des légumes, des épices, même un bœuf Strogonoff déjà chaud ». Mais aussi… avec des toners microbiologiques, « des organes », capables de « renouer les fils brisés des corps souffrants, reconstituer des colonnes vertébrales sectionnées, rétablir la vue, restaurer l’ouïe, retisser la peau des grandes brûlures ». Note aux jurés du concours Lépine : Catherine Dufour possède aussi les plans d’un « Aspirateur-Recycleur », susceptible de nettoyer la ceinture orbitale et le continent de plastique du Pacifique.Image : Wall-E, d’Andrew Stanton (2008). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 17.11.2020
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    03:52
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    David Wahl : « Demain, l’océan sera uni aux villes »

    « Ce qui est sale, c’est bien connu, n’est pas très net. À la lecture de ces pages, il n’est donc pas impossible que tu sois pris de dégoût, voire de nausée. Digère au mieux ces lignes. Et quand la composition générale te soulèverait encore le cœur, accorde au moins aux simples faits dont elle est tissée une petite considération. Tous sont vrais. » Nous voici à l’orée du Sale discoursde David Wahl, publié en 2018 aux éditions Premier Parallèle. Sous-titre : « Géographie des déchets pour tenter de distinguer au mieux ce qui est propre de ce qui ne l’est pas. » Brève et stimulante leçon de choses sur l’environnement, parsemée d’anecdotes historiques pas dégueulasses, rythmant la quatrième « causerie » de cet exubérant comédien, dramaturge et écrivain né en 1978, dont le théâtre – après son Traité de la boule de cristal(2014) ou son Histoire spirituelle de la danse (2015) – se pique de philosophie, de sourires et de rencontres scientifiques auprès d’experts des sujets traités, comme quand il évoque les liens qui unissent les hommes et les manchots.Sautant du pont de L’Arche de Nova, ce savant causeur s’immerge dans un futur aquatique, où les métropoles découleront de formes de vie sous-marines. « Nos murs seront des briques d'eau fourmillant de micro-algues se régénérant au soleil, nous fournissant une chaleur et une isolation organique, sans pollution ni déchets. Bientôt on éclairera la ville par de la lumière vivante issue de micro-organismes faisant resplendir les métropoles de bioluminescence verte et bleue turquoise. » Et nous finirons par « errer dans les récifs les yeux saturés par la couleur des coraux, les doigts palmés, les cheveux algués, inspirer à pleine branchies la grande bleue. » On plonge ?Sauf confinement submergeant, David Wahl prononcera son Sale discoursle 20 janvier à Blois, le 28 mai à Châtillon, le 2 juin à Guingamp, le 21 juillet à Avignon.Image : Star Wars – la menace fantôme, de George Lucas (1999). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 16.11.2020
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    02:55
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    Arnaud Dudek : « Demain, nous n’écrirons plus de notes stratégiques »

    « Vent debout », cet écrivain parisien déclame un hymne au bricolage tout en alexandrins, pour nous encourager à « tricoter des pulls » et « cuire des melons » dans de solides cabanes à Bali ou à Blois.« Réponds, baisse la musique, avance, plus vite, enlève tes écouteurs, tu finiras par devenir un petit gros, comme ton grand-père maternel, tu séduiras aucune fille, aucune fille, moi je n'en peux plus, il me pousse à bout, basta, la coupe est pleine, alors ça monte dans ma gorge… D'abord, t'es pas vraiment mon père. » Dans son dernier roman publié aux éditions Anne Carrière intitulé On fait parfois des vagues, Arnaud Dudek se glisse dans la peau d’un jeune garçon élevé « dans un village de cinq cent cinquante-trois habitants avec des cabanes dans les arbres, des marronniers, des chèvres à poil ras, un bout de terre situé à quinze kilomètres au sud de la capitale régionale », qui apprend à 10 ans que son père, avec lequel il n’entretient pas une formidable complicité, n’est pas son géniteur, en réalité. Il vivra ensuite avec l’écho de cette « tempête » jusqu’à l’âge adulte, quête des origines contée avec une grande économie de moyens via de brefs chapitres, qui cependant ne lésinent pas sur l’émotion – signe caractéristique des romans de l’auteur parisien du bouleversant Tant bien que mal (2018, Alma), qui narrait déjà les conséquences d’une enfance déboussolée.Optimiste, Arnaud Dudek voit loin. Pour L’Arche de Nova, il s’est retroussé les manches pour écrire – tout en alexandrins ! – sa vision d’avenir en forme d’hymne au bricolage. « Mon futur se construit dans de solides cabanes / pour abriter nos rêves et nos poissons-bananes / Oubliés pavillons aux balançoires factices / Ecartées tours gratuites, fournies sans la notice, vernies de vanité et pochées dans le vain / Des cabanes cousues main : rien de plus, rien de moins / Dedans nous n’écrirons plus de notes stratégiques, mais nous retrouverons le goût pour le pratique. » Tout se fera mieux dehors. Et… « Le si mauvais bruit des si mauvais jours qui crawlent ne méritera qu’un bref haussement d’épaules. »Pour écouter la chanson née du roman d’Arnaud et composée par Olivier Hazemann, c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=bsXB2fa_DnY&ab_channel=ArnaudDUDEKImage : détail de l’affiche du documentaire Les Grands Voisins, la cité rêvée, de Bastien Simon (2020). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 13.11.2020
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    03:07
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    Rest In Gale : « Demain, tu ne procréeras point »

    Deux Nick Cave dans une cave du 9-3 ? Les Cramps de Romainville ? Merci d’applaudir cette freak parade de rockeurs galeux qui, à l’heure de leur premier véritable album, nous offre une ballade post-apocalyptique inédite.« Rappelle-toi. Il ne restait rien. De la poussière et des cendres. » Où sommes-nous ? Peut-être dans la cave d’un club parisien, quelques heures après le concert que donnera Rest In Gale à la sortie du confinement, pour célébrer Tombola, leur véritable premier album, à paraître fin janvier sur le label Kliss / Jarane. On peut s’en convaincre en regardant le clip de Bateau ivre, dans lequel les deux fondateurs du groupe, Julien Howler et William Rains, aux voix d’outre-tombe proches du lyrisme lugubre de Nick Cave, nous content une histoire de tatouage carcéral (vu le titre, on aurait pu parier sur des « Peaux-Rouges criards qui les auraient pris pour cibles et cloués nus aux poteaux » : ça marche aussi), en variant leurs effets, grandiloquents et inquiétants, impeccables. Tout Tombola est de ce tonneau (de whisky). Une fête foraine avec fichtre fantômes (Clash, Cramps), mélancolique ou furieuse, bombée de rock anglais ou parfois chantée en arabe (comme sur Amari, second single, mis en ligne le 18 novembre), avec un grand talent pour les lignes mélodiques.Formé en 2014, ce duo devenu quintet doit son nom à la gale authentique que Julien et Will attrapèrent au cours d’une « tournée UK un peu casse-gueule ». La maladie semble avoir proliféré dans le futur post-apocalyptique de cette chanson spécialement écrite et composée pour L’Arche de Nova. La fertilité s’est tarie. « Demain, nous ne ferons plus naître de la chair à être dirigée. Des nations entières ont disparu. » Sauf que les survivants étaient en fait « cachés sous les eaux froides » et, « quatre-vingt-deux étés plus tard », on dirait l’arrière-petit-fils du Johnny S.-F. de Poème sur la 7e (1970) qui ressuscite soudain derrière le micro (!) pour peindre en hurlant des hommes « en costumes cravatés » qui se sont « entretués », sur une plage. Entêtant court-métrage musical.Pour voir le clip de Bateau ivre, c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=4Bmv9pUnsjM&ab_channel=R.I.GImage : Fan-art de La Planète des Singes, de Franklin Schaffner (1968). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 12.11.2020
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    02:33
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    Benoît Peeters : « Demain, nous accepterons la fièvre »

    Cofondateur des mythiques « Cités obscures », cet écrivain et scénariste de bande dessinée conseille de « ne pas rêver d’un retour au calme » et à « s’habituer à vivre dans un état de crise permanente ».« Nous ne pouvons rien faire d’autre que laisser les choses se dérouler normalement. Toute intervention extérieure aggraverait la situation… Croyez-moi, nos problèmes finiront par se résoudre. Le temps veille à tout. Il apportera la solution. » En période de pandémie galopante, souvenons-nous des paroles de « l’urbatecte » Eugen Robick, héros malgré lui de La Fièvre d’Urbicande, sidérante bande dessinée des Belges Benoît Peeters et François Schuiten, sacrée meilleur album à Angoulême en 1985 et pièce maîtresse de leur monumentale saga Les Cités obscures, démarrée en 1982 et forte à ce jour de quinze albums traduits en quinze langues. Tandis que Casterman réédita fin octobre La Fièvre… dans une version colorisée (selon les vœux initiaux des auteurs) de toute beauté par Jack Durieux, difficile de ne pas voir dans la métamorphose de la ville une allégorie de la crise sanitaire mondiale.Reprenons. Un jour un cube vide, « trouvé sur un chantier » et particulièrement solide, est déposé sur le bureau de Robick. Mais il se met à grandir de manière exponentielle, devenant un « réseau » totalement autonome, hors de contrôle, jusqu’à bouleverser l’organisation de la cité, en reliant des quartiers et des populations jadis séparés. Alors que Peeters et Schuiten avaient déjà pu constater, au début des années 90, que leur intrigue digne de Borges ou de Kafka fonctionnait comme une métaphore d’Internet avant l’heure, les deux complices ont relu leur fable comme le miroir de la pandémie. « La Commission des hautes instances d’Urbicande, ne cessant de prendre des décisions à contretemps, fait furieusement penser à nos responsables politiques. »À bord de L’Arche de Nova, Benoît Peeters a donc fait monter la température. Ecrivain, biographe (auteur d’ouvrages sur Hergé, Taniguchi, Chris Ware, Jacques Derrida), ce Franco-Belge constate d’abord qu’il est « sain d’avoir de la fièvre : cela permet au corps de se révolter, de lutter » en nous encourageant à « accepter l’idée de la fièvre », « ne pas s’en débarrasser », qu’elle soit sanitaire, climatique ou politique. « Il faut s’habituer à vivre dans un état de crise permanente. Ne pas rêver d’un retour au calme. »Pour réécouter l’interview de l’autre créateur de Cités obscures, François Schuiten, à propos de sa version de Blake & Mortimer, c’est ici : https://www.nova.fr/podcast/nova-book-box/francois-schuiten-la-bd-cest-latlantique-la-rame-tous-les-joursImage : La Fièvre d’Urbicande, de Benoît Peeters & François Schuiten (2020). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 12.11.2020
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    04:30
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    La Géosphère : « Demain, nos imaginaires seront dé-racialisés »

    Les poussées nationalistes vous rendent vert ? Virée déboulonnante dans l’utopie d’« Afropea » de Léonora Miano, sur les conseils d’Anne-Bénédicte Lebeau, libraire à Montpellier.« Un continent fictionnel permettant d’explorer, à travers la musique, l’influence des cultures africaines sur la sensibilité européenne. » Dans son essai publié en septembre aux éditions Grasset, l’écrivaine franco-camerounaise Léonora Miano, 47 ans, rappelle que le terme Afropea, qui donne son titre à l’ouvrage, est une idée du cofondateur des Talking Heads, David Byrne, au début des années 90. En témoigneront trois albums intitulés Adventures in Afropea, sur son label Luaka Bop, avec la complicité du groupe belge Zap Mama, dont Marie Daulne et sa sœur Anita. Puis « l’idée échappe à son concepteur » et des « Européens d’ascendance subsaharienne se l’approprient pour nommer (…) le mouvement de leur identité », car « la rencontre entre les peuples n’a laissé intacte aucune des parties ». Jusqu’à la réouverture complète de leur boutique, L’Arche de Nova donne la parole une fois par semaine à des libraires – qui cueillent dans leurs rayons leur vision d’un futur désirable. On commence avec La Géosphère, librairie de voyage et de littérature étrangère située au 20 rue Jacques-Cœur à Montpellier, aujourd’hui représentée par Anne-Bénédicte Lebeau, qui s’est immergée dans l’utopie post-raciale, post-occidentale et post-capitaliste de Léonora Miano. « Demain, dit-elle, on se choisira une Marianne amérindienne née en Guyane qui trônera dans toutes les mairies de France. Tout le monde connaîtra le nom de Severiano de Heredia, métis cubain élu maire de Paris en 1879 avant de devenir ministre des travaux publics. Et les statues déboulonnées de Colbert seront remplacées par celles de la Martiniquaise Aïcha Goblet, actrice et chanteuse très populaire des années folles, muse de Matisse ou de Man Ray. » Contre les affreux pénibles, vive les Afropéens !Pour cueillir les livres de La Géosphère : https://librairiegeosphere.com/Image : Zap Mama, photographiée par Vincent Soyez. See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 09.11.2020
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    03:50
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    Sidi Bench : « Demain, tu pourras t’payer 50 ou 1000 ans de vie »

    Fan hardcore du manga « Berserk », ce rappeur parisien nous lâche un morceau inédit situé en 2717, où « tous les 200 ans, on change de galaxie, les cellules se régénèrent à l’infini », où « y a plus de frontières, pas d’chef, les drogues sont bonnes pour la santé ». Sérieux ?« J’veux pas de l’immortalité de Sméagol. » Début octobre, on l’a vu se multiplier par quatre. Dans le clip de Ti Amo, second single de son premier maxi intitulé L’Avent, Sidi Bench, alter ego du journaliste parisien Rémi Benchebra, « essaye de faire la part des choses, comme l’Equateur » en dansant autour d’une noble piscine intérieure entouré de quatre clones de lui-même, « se fait du souci la nuit et puis c’est pire à l’aube », constatant que petit, il voulait « être maintenant », mais que maintenant, il préférerait redevenir petit. Logique, quand on dévore depuis des années le manga Berserk, saga monumentale de dark fantasy médiévale en quarante volumes entamée en 1989 par le Japonais Kentaro Miura, narrant les errances d’un jeune mercenaire dans un univers ultra-violent. L’Avent, ainsi que les deux prochains EP de Sibi Bench à paraître en décembre puis au printemps, abonde en clins d’œil au manga tout comme à sa série d’animation dérivée, noire charogne, le temps d’une longue quête solitaire – démentie dans la réalité par le compagnonnage efficace de son ami producteur Yabu.Plume régulière du webzine Pan African Music, ex-assistant rédac’ de Radio Nova, Rémi publiera ce mercredi la vidéo de Sidi Bendô, sa « voie du ninja » à lui. Caché dans son bunker, il s’interroge : « Qu’est-ce que tu veux que je te dise de pire que ce qui existe ? » Pour fêter ça, le rappeur de 26 ans s’est fendu d’une face B inédite, spécialement écrite pour L’Arche de Nova, où le futur paraît déjà plus désirable. « Y a plus de frontières, pas d’chef, les drogues sont bonnes pour la santé », mais nous ne sommes plus sur Terre, car « elle a péri ». Bienvenue à Teslaterri, en 2717. « Tous les 200 ans, on change de galaxie, les cellules se régénèrent à l’infini, selon le salaire tu peux t’payer 50 ou 1000 ans de vie. » Mais peut-être que tout ceci est une illusion générée par des lunettes pareilles « à un trip sous L ». Bilan, carbonisé : « T’as l'choix d'vivre un cauchemar ou d'mourir en rêvant / Askip c'est toujours mieux qu'avant. »Pour suivre et écouter Sidi Bench, c’est ici : https://www.instagram.com/sidi_bench/Image : Berserk, de Kentaro Miura (éditions Glénat). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 06.11.2020
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    05:04
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    Alexandre Labruffe : « Demain, nous effacerons tout ce qui est vert »

    Attaché culturel en Chine (à Wuhan !), cet écrivain français cauchemarde une société qui bannirait la couleur de l’espoir, des arbres aux yeux, accompagné en musique par son ami Lady Boy.« Admirer la gueule cassée de l’avenir. » Dans son récit Un hiver à Wuhan paru en septembre dernier aux éditions Verticales, l’écrivain français Alexandre Labruffe, 46 ans, partage ses inquiétudes à vivre dans « le Gotham City chinois » devenu « zone interdite » suite à la propagation d’un certain virus – le tout, alors qu’il écrit sur place « un conte paranoïaque » et « sniffe de la SF », avec l’impression flippante d’habiter dans L’Armée des douze singes. Mais que fait-il dans cette ville, où le hasard l’a nommé attaché culturel après divers postes en Chine et en Corée du Sud ? « Mon rôle est de contrôler les tire-bouchons (…). En ouvrant les bouteilles, nous nous retrouvons vite, avec Chen Huang, devant la nécessité de les vider, donc de les boire. (On aime le travail bien fait.) »À bord de notre Arche, ce « spécialiste des cotons-tiges » qui « réenchante la fin du monde à coups de haïkus caustiques » nous peint donc, en toute logique insensée, un futur où il sera possible (un temps seulement) de « changer de sexe comme de chemise », d’être « chien le midi, androgyne à l’apéro, androïde à l’aube, eunuque au crépuscule », avant qu’un « yogiste intégriste » aux cheveux roses, « tata-yaya-tollah » à grosse Rolex, ne prenne malheureusement les manettes de la planète et interdise TOUT. Et surtout… le vert. Dans ce futur indésirable, Alexandre aura pour métier « d’effacer toute trace de vert sur la Terre » : les arbres seront tronçonnés, les herbes déracinées, les murs, les yeux et les voitures repeints, le mot lui-même (et ses dérivés : ver, verticale, vertèbre, verrouiller) finira désossé, amputé. Cette complainte d’un avenir « éther », Labruffe la chante accompagné par le « mosaïcologue » Olivier Hazemann, alias Lady Boy, qui « écrit et compose des miniatures aux allures de pharmakon, un peu remède, un peu poison ». Vert-igineux. Image : Green Lantern (DC Comics). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 05.11.2020
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    03:39
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    Jeanne Beltane : « Demain, tous à poil ! »

    Survivante des attentats du Bataclan, cette autrice lyonnaise rêve d’une « mise à nu » collective, seule conséquence heureuse du réchauffement climatique, qui signerait la fin des agressions sexuelles et des pollutions de l’industrie de la mode.« J’ai rampé sous le parquet amovible à un mètre du sol, sous le bar. Je me suis faufilée dans les bouts de verre, jusqu’à un petit coin avec un angle en béton, en me disant qu’en cas d’écroulement cela tiendrait mieux. Là, je me suis sentie en sécurité, j’ai retrouvé petit à petit mon sang-froid. Les tireurs étaient dans la salle. Il y avait moins de tirs, il y avait très peu de bruit, à part les téléphones qui sonnaient sans cesse. » Le 13 novembre 2015, Jeanne Beltane se rend au Bataclan avec une amie pour pogoter sans vergogne sur les Eagles of Death Metal ; hélas, l’horreur du terrorisme fait irruption dans sa vie. « En racontant pour la vingtième fois les faits, je me suis effondrée. Le cinquième jour, mon corps me lâche, il n’est que douleur. Je marche courbée comme une vieille. (…) Culpabilité, toujours. Culpabilité de ne pas être forte, de ne pas aller de l’avant. (…) Quelqu’un a fait péter un ballon. Je n’arrivais plus à me calmer. J’ai pleuré, pleuré. Je crois qu’il faut que je boive moins. (…) Pourquoi ai-je donné la vie dans un monde si sale ? »Cinq ans plus tard, cette autrice lyonnaise vient de consigner son expérience dans un premier livre bref et poignant, Une forêt, accompagné des photographies de Manon Bornaz. Auto-édité, doté d’une maquette élégante, l’ouvrage dévoile le trauma lié à l’attentat, mais également l’introspection consécutive à deux décès (sa grand-mère, son père) et une naissance (sa fille) qui encadrent le drame. L’écriture est clinique, bouleversée, semblable à celle d’un journal intime, marquée par des lectures de Philippe Lançon, Tristan Garcia ou Valérie Manteau. Les images, superbes, montrent souvent Jeanne débarrassée de ses oripeaux sociaux, sans vêtements, par fragments, en pleine forêt, loin de la violence des villes. Une mise à nue très courageuse, à double titre.Et c’est ce qu’elle espère pour l’ensemble de la société. En 2060, « merci le réchauffement climatique », nous vivrons toutes et tous le cul à l’air. Cette transparence collective signerait selon elle la fin progressive de nos intimités déballées en ligne, des agressions sexuelles et des pollutions de l’industrie de la mode, en retrouvant « le plaisir des corps imparfaits, non photoshopés, sans filtres Instagram » et un pied d’égalité avec les animaux. De quoi retourner en forêt, fissa-fessa.Pour se procurer Une forêt, c’est ici : https://uneforet.fr/Image : Toni Erdmann, de Maren Ade (2016). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 03.11.2020
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    03:55
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    Olivier Mak-Bouchard : « Demain, on clonera les espèces en voie d’extinction »

    À San Francisco, cet écrivain provençal aimerait dupliquer en urgence le dauphin du Yangtsé, le rhinocéros noir ou le bouquetin des Alpes, ainsi que toutes les plantes menacées, à l’échelle de la planète.« Oui, si le lecteur veut vraiment comprendre, il doit remonter jusqu’à la création du monde. Pas celle que tout le monde connaît, mais bien celle des légendes du coin, celle que l’on raconte aux enfants d’ici pour qu’ils s’endorment », prévient d’emblée (le narrateur d’) Olivier Mak-Bouchard, 37 ans, originaire d’Apt, Vaucluse, au début de son premier roman, Le Dit du Mistral, publié en septembre aux éditions Le Tripode. Dans le Luberon, à la suite d'un orage, un homme et son voisin, un paysan bourru, découvrent dans le champ mitoyen des éclats de poterie près d’un mur de pierres sèches. Démarre alors une enquête archéologique en amateur, sous l’œil d’un matou surnommé le Hussard, en hommage à Giono. « Un gros chat tout blanc, à l’exception de ses pattes qui sont noires, des coussinets jusqu’aux genoux. On aurait dit un chasseur alpin pourvu de grandes bottes de cuir noir, et longeant le mur de la Peste. »Si la race de ce félin venait à s’éteindre, pourrait-on le cloner, afin de poursuivre l’enquête ? Si l’on se fie à l’utopie d’Olivier Mak-Bouchard, miaou que oui. Installé à San Francisco (où, dit-il, « les feux sont éteints, le ciel n’est plus orange »), ce lecteur de London, Verne, Pagnol ou Stevenson, qui écrit surtout après le dîner et « sous la douche », envisage un clonage écologique pour sauver les espèces en voie d’extinction. En démarrant, gonflé, par « un partenariat avec les chasseurs » pour obtenir leur endormissement par fléchettes, afin de récolter « un petit morceau d’ADN » de dauphin du Yangtsé, de rhinocéros noir, d’un bouquetin des Alpes ou d’un phoque moine de Méditerranée (voire d’un « mistouflon du Lubéron », animal bleu ciel à six pattes), dont les clones nouvellement créés seraient aussitôt relâchés dans leur milieu naturel. La méthode Jurassic Park sans clôtures, appliquée en simultané aux plantes menacées, le tout à l’échelle de la planète. En passant ensuite aux espèces disparues, pour retrouver le dodo mauricien, le diable de Tasmanie ou ce pachyderme qui donna son nom, jadis, à une émission sur Nova : l’éléphant effervescent. L’auteur, lui, vient encore de se dédoubler. Il a fini son second roman. « Une uchronie : un (infime) détail qui change il y a vingt ans et qui aurait pas mal de répercussions aujourd'hui. L'écriture est terminée, j'en suis à relire et améliorer le texte. Ça se passera aussi en Provence. »Image : Jurassic Park, de Steven Spielberg (1993). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 02.11.2020
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    03:11
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    Cola Boyy : « Demain, l’engagement politique fera partie du quotidien »

    Signé chez Records Makers, ce musicien californien, partisan d’un disco-funk aux positions farouchement marxistes, entend réveiller notre conscience du prolétariat. « D’ici cinquante ans, ce sera une question de vie ou de mort. »« Je ne dirais pas que je communiste : je soutiens les classes ouvrières et prolétariennes qui souhaitent un changement radical. » Novembre 2019, on découvre la vidéo d’All power to the people, le dernier single en date de Cola Boyy, 29 ans, étonnant partisan d’un disco-funk politisé originaire d’Oxnard (Californie) signé par les Frenchies de Record Makers (Air, Sébastien Tellier). Dans une classe de CE2 où tous les élèves sont vêtus de rouge, le musicien tient le rôle du prof’ prompt à enseigner les façons « d’écraser les fascistes » et distribue les écrits de Lénine, Mao, Frantz Fanon ou Che Guevara, sous des portraits de Karl Marx ou de Fidel Castro, en incitant les mômes à contester « les loyers trop élevés », à « filmer la police » et, euh, à prendre les armes pour « se défendre eux-mêmes ». Et le chanteur à la voix nasillarde de lever le poing, entouré de kids auxquels il est promis de bientôt « marcher sur le pouvoir porcin ».Un drôle de coco, donc, qui fut à la sortie de son premier EP, Black Boogie Neon (2018), l’un des invités de nos Nuits Zébrées. Mais qui se cache sous la capsule de Cola Boyy, dont le pseudo provient de son goût, enfant, pour la boisson gazeuse la plus capitaliste de la planète ? Un certain Matthew Urango, qui eut la malchance de naître handicapé, plombé par une malformation de la colonne vertébrale. À 2 ans, il se fait amputer d'une jambe et, depuis, porte une prothèse, tout en souffrant d’une capacité pulmonaire réduite de 25%. Triste ironie, l’homme a un frère jumeau tout à fait valide. Et ce jumeau est Blanc, alors que Matthew est métis, ce qui n’a souvent rien d’un avantage aux yeux de la société.« Un handicapé est constamment stigmatisé. Mon seul rêve de gamin était de devenir comme les autres. Mon look me permet de me sentir fier dans ma différence. » Assez stylé, vêtu de pattes d'eph', de polos chics et de chemises seventies, Cola Boyy milite aujourd’hui au sein de l’asso Todo Poder Al Pueblo, qui soutient les droits des immigrés surexploités dans les champs de fraises d’Oxnard. « Je crois dans le travail coopératif, dans la prise de possession des moyens de production par les travailleurs et dans le rôle de l'État. J'ai des critiques envers l'URSS, mais je trouve que ce fut une expérience inspirante, avec plus de bon que de mal. »Proche de Myd, de Nicolas Godin ou de Devendra Banhart, avec lesquels il signa ces derniers mois de beaux duos, Cola Boyy entend réveiller nos convictions. « Dans cinquante ans, l’activisme sera partie prenante de ton quotidien. Tu n’auras plus le choix, question de vie ou de mort. Les conditions générales seront devenues si tendues entre les travailleurs et les patrons que le combat sera inévitable. Ce sera la révolution, vous voyez ? Pas une balade au parc. Ou un barbecue le week-end. Ou un post Instagram. Ce sera la peur, la vraie. Continuez à occuper les rues. C’est ça qui va transformer la société. Pas le dernier pantin de la bourgeoisie. Et si un jour je deviens moi-même un pantin de la bourgeoisie, dit-il en riant, fichez-moi dehors. »Pour écouter Cola Boyy, c’est là : https://colaboyy.bandcamp.com/track/all-power-to-the-peopleRéalisation : Juste Bruyat.Image : Have you seen her (détail), de Cola Boyy (2018). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 30.10.2020
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    02:22
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    Quand la K-pop trolle Donald Trump

    Ce qui m’a donné assez envie de venir vous réveiller de si bon matin...Honnêtement, c’est de savoir que vous nous écouter et qu’à un moment on fera des blagues au téléphone... Mais il y a cette histoire des fans de Kpop, qui aux USA, s’impliquent de plus en plus politiquement. lI y a quelque mois déjà, des fans de pop coréenne avaient trollé un meeting de Trump en réservant toutes les places pour ne surtout pas y aller.Et ça, ça m’a presque donné envie d’en écouter... mais bon faut pas déconner non plus. See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 30.10.2020
    10 MB
    04:33
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    Brian Evenson (2/2) : « Demain,vers une sécurité sociale universelle »

    En Californie, cet écrivain américain, mormon excommunié en raison de la puissante ambiguïté de sa littérature, mise sur « l’espoir » né de la contestation anti-Trump pour réformer la société en profondeur.« J’écris de plus en plus sur le changement climatique, l’effondrement et les désastres causés par l’homme. Dans mon roman Immobility(2012), déjà, des personnages essayaient de survivre dans un monde en ruines. Et je vais continuer, en passant de paysages typiquement post-apocalyptiques… à la séquence que nous sommes en train de vivre. Mon prochain recueil de nouvelles, The Glassy, Burning Floor of Hell, prévu pour août 2021, ne parlera que de ça. Nous détruisons la planète en ne faisant quasiment rien pour empêcher cette catastrophe. Cela me hante. Pour le dire vite, le monde et les autres espèces s’en sortiraient mieux si les humains n’existaient pas. Mais nous ne pouvons pas souhaiter notre propre disparition. Nous sommes piégés. »Né dans une famille mormone depuis six générations, Brian Evenson enseigna l'écriture à l’université religieuse de Brigham Young, Utah, jusqu’à la parution, en 1994, de son premier recueil de nouvelles, La langue d’Altmann. (Un étudiant envoya une lettre anonyme laquelle il prétendait que l’écrivain était « en faveur de l’existentialisme, de la violence et du cannibalisme » et que son travail faisait « l’apologie du mal ». Pressions, menaces d’excommunication : Evenson fut contraint de rompre avec l'Église, la faculté et sa famille.) Miracle, les critiques furent vite élogieuses – parmi lesquelles, en France, le philosophe Gilles Deleuze – au sujet de sa littérature remplie de faux prophètes, de sectaires pédophiles et d’esprits manipulés, priant parfois les démons de l’épouvante pure.Professeur de littérature à l'Institut Californien des Arts de Valencia, traducteur vers l’anglais d’œuvres de Flaubert, Volodine, Claro ou Chevillard, Brian Evenson, 54 ans, mise sur « l’espoir » né de la contestation anti-Trump pour réformer en profondeur la société.« Ça commence tout juste. La manière dont la police a été défiée sur le terrain de sa propre brutalité, comment les gens ont réagi face aux meurtres des personnes noires et racisées… la façon dont ilsse lient pour les choses changent... Nous pouvons rêver d’une société plus inclusive. Sauf peut-être pour les riches ! Même si ça serait bien qu’ils abandonnent une petite part de leurs millions pour améliorer un peu le sort de quelques-uns.Si Biden est élu, ce sera un soulagement, mais il ne faudra pas oublier où nous en étions juste avant l’élection, dans ce combat pour d’authentiques changements en termes d’assurance santé ou de reconnaissance basique des droits humains sur lesquels nous aurions dû veiller depuis longtemps. J’espère que toutes ces choses continueront. »Réalisation : Juste Bruyat.Pour écouter la précédente utopie de Brian Evenson, c’est là : https://www.nova.fr/podcast/larche-de-nova/brian-evenson-12-demain-le-confinement-nous-fera-vivre-de-micro-utopies?fbclid=IwAR3FjsCubO9MXzga-fPwsPlz80ZpD8MmS6EunIiVqAKVaMXodTj6ig_NO6kImage : Joe Biden & Kamala Harris, caricaturés par Jim Carrey et Maya Rudolph dans le Saturday Night Live (2020). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.10.2020
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    05:13
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    Brian Evenson (1/2) : « Demain, le confinement nous fera vivre de micro-utopies »

    En Californie, cet écrivain américain, ex-prêtre mormon excommunié en raison de la puissante ambiguïté de sa littérature, propose de répondre aux réclusions préventives par la tendre observation de nos refuges intimes.« J’écris de plus en plus sur le changement climatique, l’effondrement et les désastres causés par l’homme. Dans mon roman Immobility (2012), déjà, des personnages essayaient de survivre dans un monde en ruines. Et je vais continuer, en passant de paysages typiquement post-apocalyptiques… à la séquence que nous sommes en train de vivre. Mon prochain recueil de nouvelles, The Glassy, Burning Floor of Hell, prévu pour août 2021, ne parlera que de ça. Nous détruisons la planète en ne faisant quasiment rien pour empêcher cette catastrophe. Cela me hante. Pour le dire vite, le monde et les autres espèces s’en sortiraient mieux si les humains n’existaient pas. Mais nous ne pouvons pas souhaiter notre propre disparition. Nous sommes piégés. »Né dans une famille mormone depuis six générations, Brian Evenson fut prêtre et enseigna à l’université religieuse de Brigham Young, Utah, jusqu’à la parution, en 1996, de son premier recueil de nouvelles, La langue d’Altmann. (Un étudiant envoya une lettre anonyme laquelle il prétendait que l’écrivain était « en faveur de l’existentialisme,de la violence et du cannibalisme » et que son travail faisait « l’apologie du mal ». Pressions, menaces d’excommunication : Evenson est contraint de rompre avec l'Église, la faculté et sa famille.) Miracle : les critiques sont vite élogieuses – parmi lesquelles compta, en France, le philosophe Gilles Deleuze – au sujet de sa littérature remplie de faux prophètes, de sectaires pédophiles et d’esprits manipulés, priant parfois les démons de l’épouvante pure.Francophone, traducteur vers l’anglais d’œuvres de Flaubert, Claro, Volodine ou Chevillard, Brian Evenson, 54 ans, nous propose de répondre aux réclusions préventives imposées par la pandémie mondiale par la tendre observation de nos refuges intimes. « L’oiseau-mouche de notre jardin vient vérifier si tout va bien pour nous. Il y a aussi deux lézards qui nous regardent et accomplissent d’étranges petites tractions, avant de s’en aller… Et tout ceci finit par composer une sorte de micro-utopie, de petits monticules de repos, de plaisir, de paix… qui permettent de tenir le coup. »Image : Captain Fantastic, de Matt Ross (2016). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 28.10.2020
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    05:13
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    Oliver Stone : « Demain, je voterai pour Edward Snowden… ah non, zut ! »

    « Ce à quoi s’attache mon livre, c’est au fait de chercher à réaliser un rêve à tout prix, même sans argent. Rogner sur tout, improviser, baratiner, bricoler avec les moyens du bord, pour faire des films jusqu’au bout et les projeter dans des salles sans savoir quand tombera le prochain jour de paye, quand arrivera la prochaine mousson, quand piquera le prochain scorpion. » Ce mantra pour débrouillards, encore plus pertinent en période de crise à durée indéterminée, est signé Oliver Stone,tiré du premier tome de ses mémoires parus cet automne aux éditions de l’Observatoire sous le titre À la recherche de la lumière, beau récit d’apprentissage qui court de son enfance jusqu’à l’Oscar du meilleur film reçu pour Platoon(1986). Mais Hollywood a changé.Interrogé en juillet par le New York Times, le réalisateur de Tueurs nés ou de Doors rappelle que son dernier film de studio remonte à 2016 : il s’agissait de Snowden, biopic du lanceur d’alerte de la NSA. « C’était difficile. Nous avons lutté pour le financer, en raison, je pense, du sujet. J’ai passé l’âge de demanderde l’autorisation des patrons. Je n’aurais aucun problème à tourner un nouveau film hollywoodien, j’en ai fait vingt, mais franchement, je suis usé. » À 74 ans, le cinéaste prépare deux documentaires. Le premier, J.F.K.:Destiny Betrayed, est basé sur « de nouvelles informations » à propos de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Le second, A Bright Future, est adapté du best-seller homonyme de l’ingénieur suédois Staffan Qvist et de l’universitaire américain Joshua Goldstein (2019) sur des transitions écologiques réussies et les avantages de l’énergie verte, renouvelable, « dont le nucléaire ». « Ce ne sont pas nécessairement des sujets populaires, mais c’est important pour moi. »D’où l’intérêt d’attraper au vol le metteur en scène américain lors de sa tournée française, pour tenter de le questionner sur sa vision de l’avenir – lui qui n’a, sauf erreur de notre part, jamais filmé le futur. Fustigeant l’électoralisme « dégueulasse » de Trump, Oliver Stone se demande « d’où viendra l’étincelle du changement » et nous régale d’un lapsus déjà légendaire.Propos recueillis et traduits par Nicolas Schaller, à Lyon, lors du festival Lumière.Habillage sonore : Juste Bruyat.Pour écouter Oliver Stone en longue interview sur Nova, invité de L’Heure de pointe de Xavier de la Porte, c’est là : https://www.youtube.com/watch?v=QKe6m37Nfso&ab_channel=RadioNovaImage : Oliver Stone à Nova, photographié par Eva Sanchez (2018). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 27.10.2020
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    03:00
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    Cécile Geindre : « Demain, la médecine traditionnelle s’ouvrira à l’invisible »

    À Paris, cette comédienne aimerait nous aider à « prendre conscience de nos pouvoirs de guérison », histoire d’apprendre « où toucher, quoi dire ou simplement quoi penser » afin d’aller mieux.Elle part bientôt en Lituanie pour jouer un agent de la DGSE dans Kompromat, le nouveau thriller de Jérôme Salle (L’Odyssée, Zulu), avec Gilles Lellouche et Joanna Kulig, sur un scénario de Caryl Férey, à propos de « l'évasion spectaculaire d'un diplomate français de Sibérie ». Le doute n’est plus permis : Cécile Geindre, comédienne parisienne également massothérapeute, photographe et interprète russe-français, connaît nos identités multiples, à plus d’un titre. Dans le spectacle – prévu pour 2021 – qu’elle écrit en ce moment avec l’actrice espagnole Alba Guilera, il est question de « deux femmes qui se retrouvent entre rêve et réalité, la vie et la mort, dans une sorte de Champs-Elysées de la disgrâce sociale. "Atrophiées", "anormales", elles partagent leurs doutes et leurs réflexions, entrent en solidarité, avant d’accepter d’être responsables de leur conscience. Dans ce cirque, échapperont-elles aux rouages du monde moderne ? »Sur le pont de notre Arche, cette trentenaire dynamique, adepte de l’escalade dans des recoins perdus des Cyclades grecques, aimerait nous aider à « prendre conscience de nos pouvoirs de guérison » histoire d’apprendre à savoir « où toucher, quoi dire ou simplement quoi penser » afin d’aller mieux quand ça va mal. Elle imagine alors qu’à l’avenir, on saura « souder en or invisible les plaies », mais aussi « visiter nos failles », au point qu’un son précis, murmuré à un organe, « lui rendra sa vitalité », tandis que « les grandes industries pharmaceutiques fermeront boutique ». Ces talents de guérison nous permettront en outre de soigner la terre, les plantes, l’eau, les animaux, tels une armée de Gandalf. Tous toubibs : la solution idéale pour palier au triste manque de moyens de l’hôpital public ?Image : Le Seigneur des Anneaux : les deux tours, de Peter Jackson (2002). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 26.10.2020
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    09:59
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    Slowfest Orchestra : « Demain, nous vivrons des concerts par télépathie »

    À Bordeaux, ce collectif de musiciens décroissants prédit l’effondrement quasi total d’internet à cause de la 5G, ainsi qu’un blocus global des transports. Alors comment diffuser la musique ? Via les ondes cérébrales !Tous nos compatriotes devraient voir ça sur scène. L’afro-pop baleinière du Bal Chaloupé, la country sans frontières de Whiskey Paradis, les chœurs caressants (les fesses) de Toto et les sauvages, la soul enchanteresse de Dawa… tous rassemblés sur Slowfest sounds, la première compil’ de Slowfest Orchestra, conçue comme un « voyage psychédélique qui résume cinq ans d’expérimentations avec la fine fleur de la scène indé aquitaine », à paraître 31 octobre sur le label Milk Music. Mais comment faire, dans la France couvre-fous de Covid & Castex ? C’est là, une fois encore, que ce généreux collectif de musiciens, techniciens et militants en faveur de la décroissance redéboule en piste.Après avoir sillonné l’an passé les routes de Gironde pour une palanquée de « bals » folk-rock-jazz-techno-musette à moitié improvisés, entrecoupés de conférences et de débats riches en convictions écolos, via leur Caravane des Possibles qui ne se déplace qu’à vélo, en traînant amplis et instruments dans des carrioles à roulettes équipées de panneaux solaires, ces savants allumés, qui recherchent la transe vêtus de peaux de bêtes, de cornes diaboliques ou de plumes vénitiennes, tenteront ce samedi un livestream en direct à suivre sur la page internet de la salle Krakatoa de Mérignac. Pile le soir d’Halloween et de la pleine lune, avec quelques surprises, dont un animateur de Nova maquillé comme jamais.Formidable. Mais il est possible, bien sûr, d’aller plus loin, en poussant les potards de l’imagination. Porté par les voix de David Carroll et d’Amandine Steiblin, l’Orchestre Festif et Lent, dans son élan, prédit l’effondrement quasi-total d’internet d’ici 2058, causé par « le déploiement de la 5G » et « le scandale de la pandémie des cancers du cerveau ». Conséquence : « Le streaming, devenu l'unique mode de diffusion pour la musique et le cinéma, a disparu. Plus de flux, plus de cloud... silence radio. » La zizique se remet un temps à circuler via K7, CD, vinyles et MP3. Mais « l'explosion du prix du pétrole rend vite tout transport prohibitif ».La solution apparaît à Memphis (Tennessee) en la personne de Mick Strauss, chanteur (ou chanteuse ?) jadis visité.e par les extraterrestres, qui lui ont enseigné « les secrets du streaming télépathique » ; l’enregistrement ci-joint traduit l’effervescence de cette première mondiale, via quatre milliards d’esprits connectés en simultané.Pour voir en direct le concert de l’Orchestra & friends au Krakatoa, c’est ici : http://www.krakatoa.org/Pour écouter la précédente utopie de David Carroll, membre du Slowfest, c’est là : https://www.nova.fr/podcast/larche-de-nova/david-carroll-demain-les-musiciens-feront-leurs-tournees-pied-velo-chevalImage : Le Cinquième élément, de Luc Besson (1997). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 23.10.2020
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    03:23
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    Mathilde Rougier : « Demain, on téléchargera tous nos vêtements »

    Invitée de la revue « Pièce Détachée », cette designeuse parisienne éco-responsable, diplômée de la Central Saint Martins de Londres, rêve de « vestiaires digitaux » remplis de « chemises en abeilles » et de « robes en métal liquide ».« L’avantage de la mode digitale, c’est qu’on peut actualiser les pièces sans créer aucun déchet. » C’est l’une des excellentes surprises du troisième numéro de Pièce Détachée, cette revue de mode annuelle qui se propose, fort aimablement, de « déshabiller le vêtement ». Dans son édition 2020, parmi des articles élégants sur la chemise hawaïenne portée par Ellroy ou Elvis, le style butch (« poignets mousquetaires que ferment des boutons de manchettes en touches de machine à écrire »), la chemiseétrange pendue à un arbre dans Mud de Jeff Nichols ou la « charge érotique des chemises masculines portées par des femmes » dans les photos de Peter Lindbergh (sauras-tu deviner quel est le thème de ce nouveau numéro ?), un témoignage interpelle. Celui de Mathilde Rougier, licenciée « mode femme » de la prestigieuse Central Saint Martins de Londres. « Je pense qu’à l’avenir, on disposera de deux vestiaires. Un physique, qui s’adapte à la vie quotidienne, et un digital, avec des pièces flottantes, énormes, qui n’ont pas besoin de répondre aux lois de la physique. On voit déjà toutes les possibilités qu’on a avec les filtres Instagram. Est-ce que je me fais des idées en me disant qu’on est à l’aube d’un nouveau monde ? »Via sa collection Modular Augmented Capsule, cette jeune designeuse parisienne laisse entrevoir une mode qui s’approprierait pleinement les codes de la réalité augmentée, en commençant par créer des fringues d’apparence « pixellisée », composées de dizaines depetits carrés, eux-mêmes recyclés à partir de chutes de cuir irrégulières ou de books d’échantillons de grands créateurs, type Louis Vuitton. Sur le pont de notre Arche, Mathilde Rougier, qui vient de démarrer le Master accessoires de l’Institut Français de la Mode à Paris, pousse encore plus loin son concept de fashion virtuelle. Chaque matin, face à notre « miroir augmenté », nous pourrons nous glisser dans des « chemises en abeilles » et de « robes en métal liquide » à télécharger. « On deviendra des serpents, muant au gré de nos envies.On s’échangera nos garde-robes par bluetooth. » Et le soir, en club, « on se transformera en loup anthropomorphe ou en boule à facettes ». Tandis que le vêtement physique, lui, « reviendra à sa fonction première : protéger le corps du froid et des agressions extérieures », « sans se soucier du poids de l’ornement », le tout de façon durable, écologique, en se rappelant « d’où il vient ». Chapeau haut !Pour découvrir le travail de l’artiste : https://www.mullenlowenova.com/artist/mathilde-rougier/Pour se procurer Pièce Détachée, c’est là : https://www.piecedetacheemagazine.comImage : Mathilde Rougier, Modular Augmented Capsule(2020). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 22.10.2020
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    04:07
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    Jérémie Moreau : « Demain, nous apprendrons la diplomatie inter-espèces »

    À Valence, cet auteur de BD relance un vieux débat philosophique, « la théorie de la graine contre le carré », prélude à un imminent « renversement », qui tissera ensemble les habitats humains et non-humains.« Le lion meurt de la même façon que la fourmi. Composition, décomposition. Je nais, je meurs. Rien de plus, rien de moins. Sans larmes, sans drame. » Ainsi parle Sophia, le félin sage au pelage noir qui donne son titre au Discours de la panthère, la nouvelle bande dessinée de Jérémie Moreau, publiée aujourd’hui aux éditions 2024. Au terme d’une série de bouleversants contes animaliers d’une très grande pureté graphique et morale, conférant au livre une sensation de classique instantané pour lecteurs de 7 à 107 ans, elle est là, la bête : juchée sur sa montagne africaine, écoutée par ses compatriotes de la savane. « Le jour où l’on sortira les corps de la chaîne du vivant, où l’on bâtira des palais aux morts glorieux, où l’on vengera les morts auxquels on s’identifie, où l’on cachera les morts gênants… le monde sera perdu. »« Je voulais me glisser dans la conscience de ces animaux », explique l’auteur, nourri des travaux ethnologiques et philosophiques de Philippe Descola, Nastassja Martin, Vinciane Despret ou Baptiste Morizot. Sacré du fauve d’or du meilleur album en 2018 pour La Saga de Grimr, ce dessinateur précoce (qui envoyait déjà ses planches au festival d’Angoulême dès l’âge de 8 ans) dont Little Nemo demeure « le plus grand choc esthétique », dévoile avec une certaine grâce les tergiversations existentielles d’un bernard-l’hermite, d’un éléphanteau ou d’un dragon du Komodo. Absent notable de ce Discours, dont le trait trahit aussi la lecture de Babar que l’artiste fit à sa fille lors du confinement : l’homme.À bord de notre Arche – qui aura rarement aussi bien porté son nom –, le dessinateur du Singe de Hartlepool relance « un vieux débat philosophique » sur… la définition du carré, qui opposait « ce bon vieux Platon » aux « fringants stoïciens » ; ces derniers, consternés par la définition bêtement géométrique de leur aîné, lui reprochent de négliger « ce qui se trouve à l’intérieur » du quadrilatère. Pour définir une graine, par exemple, ne doit-il pas prendre en compte « sa puissance, son devenir-plante » ? Et Jérémie Moreau, 33 ans, de se faire le prophète de « la théorie de la graine contre le carré », prélude selon lui à un imminent « renversement » qui nous fera passer « du capital à une économie solidaire », d’une humanité qui domine la nature à une « diplomatie inter-espèces ».« La forêt et la ville s’hybrideront, les habitats humains et non-humains seront tissés ensemble. La tique et la panthère nous enseigneront la patience, le chêne la robustesse, le hêtre la croissance, la taupe et la chauve-souris comment éprouver le monde sans le voir. » Conclusion du griot de Valence, splendide : « Au coucher du soleil, à l’heure où la puissance de vie s’étiole, nous irons offrir notre chair au rongeur, au loup, à la fourmi. »Image : Le Discours de la panthère (détail), de Jérémie Moreau (2020, éditions 2024). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 21.10.2020
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    04:00
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    Days In Orbit : « Demain, nous développerons nos sens, jusqu’à en inventer de nouveaux »

    « Depuis leur studio spatial », ce quatuor franco-japonais de house cosmique nous adresse une capsule musicale, vision d’un futur où nous pourrons tout voir, tout sentir, tout entendre – tels des Jedis aguerris.« Nous sommes extraterrestres », dit-elle d’une voix discrète au filtre robotique, en riant, le temps d’une phrase, la seule en français du second album de Days In Orbit, CorocorobeatZ, sorti début octobre sur le label Spinnup. L’indice est de taille. Trois ans après leur disque homonyme et des dizaines de concerts en apesanteur, ce quatuor ovniesque, formé en région parisienne « un soir de pleine lune en 2014 » après une rencontre « un mardi, chaud, au nord de la mer d’Irlande », fait atterrir son astronef au cœur de notre cerveau de danseurs dont le feu couve en intérieur, en attendant la fin du couvre-teuf. C’est déjà la musique du futur : house planante, techno organique aux accents pop, hip hop ou jungle, mélopées nipponnes ou ballade enchanteresse qui ferait merveille au générique d’un Miyazaki (Shalan), composées avec soin par trois Frenchies et une Japonaise, alias Torek (basse, guitare, claviers, « ne dort jamais »), Clément (basse, guitare, claviers, « dort tout le temps »), Sam (batterie, percussions, « fait l’amour aux machines ») et Yasuyo (chant, mélodies, « apprend le second degré »).Depuis leur « studio spatial », Days In Orbit nous adresse une capsule musicale qui reflète, encore une fois, à quatre voix, leur nature cosmique. Dans leur vision de l’avenir, « les êtres humains auront développé les sens, jusqu’à en inventer des nouveaux ». Ce « phénomène interviendra au réveil, sans pour autant nous réveiller ». Nous ferons confiance « à notre intelligence, plus rapide que la lumière, tout en gardant les yeux d’un enfant ». « Notre ouïe rendra malléable tous les petits bruits qui nous entourent ; les gouttes de pluie sur le zinc de la toiture nous souffleront des mélodies, nos pas dicteront des histoires. » « Le toucher sera vecteur de vibrations, par frottement, caresse, tapotement. » Un mystérieux « nouvel organe » nous permettra de se connecter à l’inconscient, voire « d’écouter les poissons tergiverser sur quelle direction choisir ». Enfin, dans cette galaxie des possibles, « on créera des rassemblements sensoriels », ce qui s’appelle encore, espérons-le… un live.Image : L’Ascension de Skywalker, de J. J. Abrams (2019). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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