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L'Arche de Nova

Utopies poétiques pour futurs désirables. Et si c'était toujours l’heure de tout réinventer ? L’Arche de Nova embarque tout un bestiaire d’artistes pour un déluge de bonnes idées dans un monde déconfiné, via des hypothèses grandioses, des scénarios farfelus, des raisonnements magiques, des logiques insensées, de noirs vertiges... à contre-courant du pessimisme apocalyptique.Musiciens, écrivaines, cinéastes, dessinatrices, humoristes, plasticiennes : chaque jour, en trois minutes, l’un.e des membres de l'équipage monte sur le pont et imagine la société de demain, le temps d’une note vocale très sérieuse ou complètement délirante. Il était un joli navire… en voyage vers l’avenir. Un podcast imaginé et coordonné par Richard Gaitet, réalisé par Benoît Thuault.

Tous les épisodes

  • 22.10.2020
    9 MB
    04:07
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    Jérémie Moreau : « Demain, nous apprendrons la diplomatie inter-espèces »

    À Valence, cet auteur de BD relance un vieux débat philosophique, « la théorie de la graine contre le carré », prélude à un imminent « renversement », qui tissera ensemble les habitats humains et non-humains.« Le lion meurt de la même façon que la fourmi. Composition, décomposition. Je nais, je meurs. Rien de plus, rien de moins. Sans larmes, sans drame. » Ainsi parle Sophia, le félin sage au pelage noir qui donne son titre au Discours de la panthère, la nouvelle bande dessinée de Jérémie Moreau, publiée aujourd’hui aux éditions 2024. Au terme d’une série de bouleversants contes animaliers d’une très grande pureté graphique et morale, conférant au livre une sensation de classique instantané pour lecteurs de 7 à 107 ans, elle est là, la bête : juchée sur sa montagne africaine, écoutée par ses compatriotes de la savane. « Le jour où l’on sortira les corps de la chaîne du vivant, où l’on bâtira des palais aux morts glorieux, où l’on vengera les morts auxquels on s’identifie, où l’on cachera les morts gênants… le monde sera perdu. »« Je voulais me glisser dans la conscience de ces animaux », explique l’auteur, nourri des travaux ethnologiques et philosophiques de Philippe Descola, Nastassja Martin, Vinciane Despret ou Baptiste Morizot. Sacré du fauve d’or du meilleur album en 2018 pour La Saga de Grimr, ce dessinateur précoce (qui envoyait déjà ses planches au festival d’Angoulême dès l’âge de 8 ans) dont Little Nemo demeure « le plus grand choc esthétique », dévoile avec une certaine grâce les tergiversations existentielles d’un bernard-l’hermite, d’un éléphanteau ou d’un dragon du Komodo. Absent notable de ce Discours, dont le trait trahit aussi la lecture de Babar que l’artiste fit à sa fille lors du confinement : l’homme.À bord de notre Arche – qui aura rarement aussi bien porté son nom –, le dessinateur du Singe de Hartlepool relance « un vieux débat philosophique » sur… la définition du carré, qui opposait « ce bon vieux Platon » aux « fringants stoïciens » ; ces derniers, consternés par la définition bêtement géométrique de leur aîné, lui reprochent de négliger « ce qui se trouve à l’intérieur » du quadrilatère. Pour définir une graine, par exemple, ne doit-il pas prendre en compte « sa puissance, son devenir-plante » ? Et Jérémie Moreau, 33 ans, de se faire le prophète de « la théorie de la graine contre le carré », prélude selon lui à un imminent « renversement » qui nous fera passer « du capital à une économie solidaire », d’une humanité qui domine la nature à une « diplomatie inter-espèces ».« La forêt et la ville s’hybrideront, les habitats humains et non-humains seront tissés ensemble. La tique et la panthère nous enseigneront la patience, le chêne la robustesse, le hêtre la croissance, la taupe et la chauve-souris comment éprouver le monde sans le voir. » Conclusion du griot de Valence, splendide : « Au coucher du soleil, à l’heure où la puissance de vie s’étiole, nous irons offrir notre chair au rongeur, au loup, à la fourmi. »Image : Le Discours de la panthère (détail), de Jérémie Moreau (2020, éditions 2024). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 21.10.2020
    9 MB
    04:00
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    Days In Orbit : « Demain, nous développerons nos sens, jusqu’à en inventer de nouveaux »

    « Depuis leur studio spatial », ce quatuor franco-japonais de house cosmique nous adresse une capsule musicale, vision d’un futur où nous pourrons tout voir, tout sentir, tout entendre – tels des Jedis aguerris.« Nous sommes extraterrestres », dit-elle d’une voix discrète au filtre robotique, en riant, le temps d’une phrase, la seule en français du second album de Days In Orbit, CorocorobeatZ, sorti début octobre sur le label Spinnup. L’indice est de taille. Trois ans après leur disque homonyme et des dizaines de concerts en apesanteur, ce quatuor ovniesque, formé en région parisienne « un soir de pleine lune en 2014 » après une rencontre « un mardi, chaud, au nord de la mer d’Irlande », fait atterrir son astronef au cœur de notre cerveau de danseurs dont le feu couve en intérieur, en attendant la fin du couvre-teuf. C’est déjà la musique du futur : house planante, techno organique aux accents pop, hip hop ou jungle, mélopées nipponnes ou ballade enchanteresse qui ferait merveille au générique d’un Miyazaki (Shalan), composées avec soin par trois Frenchies et une Japonaise, alias Torek (basse, guitare, claviers, « ne dort jamais »), Clément (basse, guitare, claviers, « dort tout le temps »), Sam (batterie, percussions, « fait l’amour aux machines ») et Yasuyo (chant, mélodies, « apprend le second degré »).Depuis leur « studio spatial », Days In Orbit nous adresse une capsule musicale qui reflète, encore une fois, à quatre voix, leur nature cosmique. Dans leur vision de l’avenir, « les êtres humains auront développé les sens, jusqu’à en inventer des nouveaux ». Ce « phénomène interviendra au réveil, sans pour autant nous réveiller ». Nous ferons confiance « à notre intelligence, plus rapide que la lumière, tout en gardant les yeux d’un enfant ». « Notre ouïe rendra malléable tous les petits bruits qui nous entourent ; les gouttes de pluie sur le zinc de la toiture nous souffleront des mélodies, nos pas dicteront des histoires. » « Le toucher sera vecteur de vibrations, par frottement, caresse, tapotement. » Un mystérieux « nouvel organe » nous permettra de se connecter à l’inconscient, voire « d’écouter les poissons tergiverser sur quelle direction choisir ». Enfin, dans cette galaxie des possibles, « on créera des rassemblements sensoriels », ce qui s’appelle encore, espérons-le… un live.Image : L’Ascension de Skywalker, de J. J. Abrams (2019). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 20.10.2020
    9 MB
    03:45
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    Camille Cornu (3/3) : « Demain, l’urine sera le meilleur des désinfectants »

    Cet.te auteur.ice et performeur.se français.e, posé.e en Ecosse, membre du collectif de poésie queer RER Q, accouche d’une utopie en trois épisodes sur le recyclage de nos « déchets » corporels, en résistance aux diktats du libéralisme.« RER Q est un réseau d’autriX allié.e.s autour de textes / manifestes queer / crus / cul. RER Q écrit lit performe ce qui n’est que trop rarement visible. RER Q explose le genre triste et la syntaxe molle, la police des corps identifiés identifiables et la littérature officielle. RER Q serpente entre les mots d’individues qui racontent leurs perturbations non linéaires dans le genre et la sexualité. RER Q est substance désir chattes suspectes flemme tantrique trous béantes nuques moites expérimentations sales paysages gouines images clandestines tunnels d’amour fantasmes profonds comme des arbres. »Fin septembre, soir de pluie, studio de danse du Point FMR, Paris. Les six pilotes du RER Q, Rébecca Chaillon, Camille Cornu, Wendy Delorme, Claire Finch, Élodie Petit et Etaïnn Zwer, partagent avec force et humour leurs textes et vidéos sur le thème de la « (re)production ». S’y succèdent le récit d’un coming-out à 20 ans, à la recherche d’un « peuple qui n’aurait pas de pères, et pas d’heure à laquelle se coucher » ; une tentative pour avoir un enfant « comme on retape une maison », manuellement, près de son amoureuse et d’un festin de dinde, dans un hôtel de banlieue ; une réécriture transgenre des comédies d’Aristophane ; des œufs, éjectés ou réintroduits dans les corps de manières assez troublantes. Ou encore… le recyclage de nos « déchets » corporels, en résistance aux diktats du libéralisme.C’est l’idée de Camille Cornu, 33 ans, auteur.ice français.e (L’intime n’a jamais été aussi politique ici-bas, 2014, Habiletés sociales, 2017) et performeur.se, posé.e entre Paris et Glasgow, qui la restitue ici en trois épisodes. Dans la troisième et dernière partie d’un texte intitulé On ne mange pas les bébés, iel évoque la possibilité de réutiliser ce qu’elle « jette chaque jour », ce compte en banque caché dans sa vessie « bien au chaud et sans frais ajoutés ». Son urine, brillant désinfectant qui sauve des piqûres de méduses ou chasse les mycoses, capable d’assainir une plaie et d’en accélérer la cicatrisation, chéri autant par Madonna que par l’ex-président bolivien Evo Morales qui, en 2014, déclara que c’était « sa médecine ». Camille rappelle également que le pipi, qualifié de « pétrole du XXIe siècle » par le physiologiste français André Giordan, peut même faire office de carburant, le plein d’une voiture standard correspondant à l’urine quotidienne moyenne de 400 personnes ! « Vos corps sont des usines, vous possédez déjà tout, alors : faites la moisson. »Pour écouter le précédent épisode de l’utopie de Camille Cornu, c’est ici : https://www.nova.fr/podcast/larche-de-nova/camille-cornu-23-demain-mangera-du-placentaPlus d'infos : camillecornu.comImage : Les femmes de ses rêves, de Peter & Bobby Farrelly (2007). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 19.10.2020
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    04:05
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    Victor Pouchet : « Demain, nous vivrons nos vies comme des romans de chevalerie »

    Cet écrivain parisien, auteur d’une relecture du mythe de Lancelot du Lac pour écoliers timides, conseille d’user de nos « armures intérieures et épées imaginaires » afin de remporter toutes les épreuves.« Connaître les divisions à trois chiffres ne permet pas de dépasser ses peurs ; ce n’est pas en accordant comme il faut les participes passés qu’on réussit à vivre un grand amour. » Ainsi s’exprime en secret le jeune Lancelot Dulac, « trente-et-un kilos virgule cinq » (il s’est pesé sur la balance de la pharmacie de sa mère), armé d’un prénom de chevalier, qui lui pèse un peu, mais qu’il entend honorer depuis qu’il se sent prêt à « prendre des risques préhistoriques » pour conquérir le cœur de Jennifer, sa Guenièvre qui porte une robe couleur citron « subtilement assortie à sa chevelure ». Lancelot n’a jamais défendu de château (« faute de château dans le secteur »), mais pour se montrer digne de son illustre prédécesseur patronymique, il part en quête de bravoure. Car, ciel : Jennifer a disparu.C’est le noble objectif de Lancelot Dulac, ce conte pour écoliers timides que l’écrivain parisien Victor Pouchet, également professeur de français et juré facétieux du Prix de la Page 111, vient de publier à L’Ecole des Loisirs, avec de très belles illustrations de Killoffer. Il en livre ici la morale pour adultes souhaitant réussir à « traverser le chaos du monde ». Pour aujourd’hui comme pour demain, l’auteur d’Autoportrait en chevreuil (éditions Finitude, 2020) conseille d’user de nos « armures intérieures, lances transparentes, épées imaginaires » afin de remporter toutes les épreuves : choisir son shampoing, aider un.e inconnu.e dans la rue, articuler l’amour courtois après trois gin-tonics. Et « bientôt, très logiquement, des troubadours chanteront en octosyllabes nos histoires d’amour par textos. » Un futur hautement désirable.Pour écouter la précédente utopie de Victor Pouchet, c’est ici : https://www.nova.fr/podcast/larche-de-nova/victor-pouchet-demain-disparaitra-quand-voudraImage : Monty Python Sacré Graal !, de Terry Gilliam & Terry Jones (1975). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 16.10.2020
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    03:27
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    Voyou : « Demain, on va nous imposer le retour à la vie sauvage »

    De passage dans la Chambre noire de Nova, ce musicien parisien nous encourage, le plus vite possible, à « laisser tomber tous nos jouets » pour « regarder les fleurs, les fourmis, les oiseaux ».« Quand est-ce que tu te barres ? Que tu changes de tableau ? T'as besoin de bouger de cadre. Le confort a bien des défauts. » D’une justesse assez déchirante pour qui a déjà connu cette situation, Le confort, requiem urbain pour couples en bout de course présent sur le dernier mini-album de Voyou (Confettis en désordre, sorti cet automne sur le label Entreprise), peut s’entendre aussi, sans trop exagérer, comme une métaphore de fin d’un cycle pour l’humanité. Face aux crises (économiques, sociales, sanitaires) qui s’accumulent autant que les orages dans le ciel des amoureux défaits, il faut bouger. Modifier nos comportements, rapido. Quitte à ce que l’Etat nous force, par exemple, à quitter les villes pour retourner à l’état sauvage ? Une utopie pourrait-elle naître d’une telle décision dystopique ?C’est l’intuition de Thibaud Vanhooland, 30 ans, one-man band (trompette, guitare, machines) planqué derrière le pseudo de Voyou, juste avant son live de mercredi dernier dans la Chambre noire de Radio Nova. Architecte d’une pop sensible et soignée, ce grand blond moustachu aux cheveux mi-longs, ex-Lillois exilé à Paris après des années d’apprentissage à Nantes, écrivait déjà, sur son premier disque solo et la chanson On a marché sur la lune, en 2019 : « Si on nous regarde d'en haut, on va finir par se dire qu'on est qu'une bande de fous. » Le bateau coule et nous restons à bord ?Fan de science-fiction, Voyou, qui reprend joliment ces temps-ci le Jardin d’hiver d’Henri Salvador (et son vers secrètement apocalyptique : « Je voudrais du soleil vert »), rêve d’agriculture locale et d’apprendre « à se contenter de peu ». Faut-il tout revoir, à la base ? Il l’a chanté, ça aussi. « La cour d'école n'est qu'un miroir du monde de demain. » Et demain(s), ce bandit de grand chemin sera en concert – à 18h30 – le 23 octobre à Biarritz, le 24 à Bordeaux à Lille et le 25 à Lille.Propos recueillis par Mathieu Fontaine.Pour écouter Voyou dans notre Chambre noire, c’est ici : https://www.nova.fr/podcast/chambre-noire/voyou-en-live-dans-chambre-noireImage : Seul au monde, de Robert Zemeckis (2000). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 15.10.2020
    9 MB
    03:55
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    Lisa Mandel : « Demain, des fessées pour tous les nantis, en public »

    À Marseille, cette autrice de BD aimerait faire un gros pan-pan cul-cul à « ceux qui exploitent et ruinent le monde », en commençant par déculotter les patrons de Monsanto, de Total ou les apprentis-sorciers de la 5G.« Moi c’est Marc. Je suis cadre sup’ et je suis confiné dans ma résidence secondaire à Oléron. Ah ouais dès qu’on a su, on a quitté Paris ; à quatre dans un 80m2, non mais allô quoi. De toute façon, après tous mes déplacements en Chine, en Corée ou en Italie pour le boulot, j’avais besoin d’un break. » Jour 276 de l’Année exemplaire de la dessinatrice Lisa Mandel qui, pendant un an, pour tenter de couper court à ses addictions (clopes, alcool, junk food, jeux vidéo, « séries débiles »), s’est engagée à publier une planche de BD par jour sur son compte Insta. On y suit ses joies, sa discipline, ses crises d’angoisse, son expérience de l’épilepsie, la montée de la révolte populaire libanaise ou encore les états d’âme des bourgeois du confinement. Marc : « Du coup c’est télétravail. Je bosse dans une grosse compagnie de vente en ligne, c’est le buzz en ce moment. Pas toujours simple, mais on s’adapte. En tous cas chapeau le personnel soignant, c’est beau d’avoir une vocation (…) Un truc qui m’inquiète, c’est qu’on a laissé le duplexe vide, j’espère qu’on sera pas cambriolés (…) Quelle sombre période que la nôtre, mais qui nous ramène à une valeur essentielle… ne penser qu’à sa gueule. » En voilà un qui mérite la fessée.Et tandis que ce marathon dessiné est devenu un album auto-produit en édition limitée ainsi qu’une expo des 365 planches visibles à la médiathèque Françoise-Sagan (Paris) jusqu’au 31 octobre, la Marseillaise Lisa Mandel, 43 ans, par ailleurs héroïne à temps partiel pour les services secrets francophones sous le nom de Super Rainbow (Casterman, 2015), aimerait faire pan-pan cul-cul à « ceux qui exploitent et ruinent le monde », en commençant par déculotter les patrons de Monsanto, de Total ou les apprentis-sorciers de la 5G. « Alors on les prend tous et toutes, on leur enlève leur pantalon, on leur enlève leur slip, et on leur met une bonne grosse fessée des familles. Et ces belles fesses, là, qui ont été massées par des professionnelles, qui ont connues la chirurgie esthétique, qui ont été tonifiées par des coachs sportifs et nourries par des cuisiniers, à chaque fois qu’elles rougissent un peu plus, on leur explique pourquoi on fait ça. » Certes, en termes d’utopie, c’est un peu expéditif, mais ça claque.Pour lire et se procurer l’album Une année exemplaire, c’est ici : https://lisamandel.fr/Image : Mademoiselle ma femme, de Vincente Minelli (1943). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 14.10.2020
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    03:48
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    Christine Armanger : « Demain, le mot désir remplacera le mot travail »

    Ras-le-bol des bullshit jobs ? Cette actrice et autrice parisienne imagine une capsule ovoïde, de taille humaine, capable d’identifier le métier le plus adapté à notre âme. Comme un rendez-vous Pôle Emploi… en position fœtale.« Savez-vous que dans l’Histoire de l’humanité, on dénombre 14 fois plus de morts que de vivants ? Que l’entièreté d’un squelette tient dans une boîte à chaussures ? Que l’espérance de vie d’un bombyx mori est de moins de 24 heures et celle d’un baobab de 1800 ans ? Savez-vous que vous allez mourir ? Moi je le sais, mais je n’y crois pas. » Ce soir-là, nous n’avions pas rendez-vous avec la Mort à Samarcande. C’était au Théâtre de Vanves, en février. Enceinte de neuf mois, l’actrice, autrice, danseuse et chorégraphe parisienne Christine Armanger, 36 ans, présentait MMDCD, sa « tentative de conjuration » de notre inévitable passage de vie à trépas. Un spectacle d’une durée de 2900 secondes (MMDCD, en chiffres romains) où, souvent nue, elle observe un train électrique tourner en rond sur son circuit, embrasse un crâne vaniteux ou subit la visite d’un squelette en baskets (Arthur Navellou, l’une des voix de Catastrophe), flirtant volontairement avec « les limites du supportable », armée de son envie de jouer « avec les lignes qui séparent la contemplation de l’ennui, l’aimantation de la scène… du désir de quitter la salle ». Désir : le mot est lâché.Formée auprès de Jan Fabre ou Gisèle Vienne, collaboratrice de Laurent Bazin ou d’Yves-Noël Genod, Christine Armanger imagine pour Nova une capsule en forme d’œuf, de taille humaine, capable d’identifier (« en une heure ou en une semaine ») le métier le plus adapté à notre âme. « L’intérieur sera ouaté, il émettra une luminosité chaude. On s’y installera en position fœtale, genre trip intra-utérin. On aura les yeux fermés et des oreillettes (…) On entrera dans une sorte de méditation guidée, une transe désirante, dont la base sera conçue par des neuroscientifiques à partir de sons binauraux (…) On sera amené à contempler notre intériorité. Comme une plongée dans un océan opaque. On deviendra des veilleurs : on laissera remonter à la surface des sensations encore souterraines, encore imprécises. » Pour toute question au sujet de ce méta-Pôle Emploi, merci de contacter l’artiste lors de la prochaine représentation de MMDCD, le 20 octobre à l’Étoile du Nord, 16 rue Georgette Agutte à Paris, dans le cadre du festival ZOA/Avis de Turbulences. Image : Black Mirror, S2E4, Blanc comme neige, de Charlie Brooker (2014). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 13.10.2020
    14 MB
    06:05
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    Camille Cornu (2/3) : « Demain, on mangera du placenta »

    Cet.te auteur.ice et performeur.se français.e, posé.e en Ecosse, membre du collectif de poésie queer RER Q, accouche d’une utopie en trois épisodes sur le recyclage de nos « déchets » corporels, en résistance aux diktats du libéralisme.« RER Q est un réseau d’autriX allié.e.s autour de textes / manifestes queer / crus / cul. RER Q écrit lit performe ce qui n’est que trop rarement visible. RER Q explose le genre triste et la syntaxe molle, la police des corps identifiés identifiables et la littérature officielle. RER Q serpente entre les mots d’individues qui racontent leurs perturbations non linéaires dans le genre et la sexualité. RER Q est substance désir chattes suspectes flemme tantrique trous béantes nuques moites expérimentations sales paysages gouines images clandestines tunnels d’amour fantasmes profonds comme des arbres. »Fin septembre, soir de pluie, studio de danse du Point FMR, Paris. Les six pilotes du RER Q, Rébecca Chaillon, Camille Cornu, Wendy Delorme, Claire Finch, Élodie Petit et Etaïnn Zwer, partagent avec force et humour leurs textes et vidéos sur le thème de la « (re)production ». S’y succèdent le récit d’un coming-out à 20 ans, à la recherche d’un « peuple qui n’aurait pas de pères, et pas d’heure à laquelle se coucher » ; une tentative pour avoir un enfant « comme on retape une maison », manuellement, près de son amoureuse et d’un festin de dinde, dans un hôtel de banlieue ; une réécriture transgenre des comédies d’Aristophane ; des œufs, éjectés ou réintroduits dans les corps de manières assez troublantes. Ou encore… le recyclage de nos « déchets » corporels, en résistance aux diktats du libéralisme.C’est l’idée de Camille Cornu, 33 ans, auteur.ice français.e (L’intime n’a jamais été aussi politique ici-bas, 2014, Habiletés sociales, 2017) et performeur.se, posé.e entre Paris et Glasgow, qui la restitue ici en trois épisodes. Dans la deuxième partie d’un texte intitulé On ne mange pas les bébés, iel évoque son désir de pouvoir un jour « manger son placenta », naturellement capable de « réduire les saignements et les douleurs post-accouchement ». En France, étrangement, « nous ne sommes pas propriétaires » de cet organe « d’environ un kilo », qui connecte l’embryon à la paroi utérine pour le nourrir, l’immuniser ou l’aider à respirer, est soit collecté à des fins thérapeutiques, soit détruit car considéré comme un déchet à risques infectieux. Pourtant, nous dit Camille : « En latin, placenta veut dire gâteau, galette. En grec ancien, ça signifie plat, assiette. Voilà ce qu'il se passe dans ton utérus, tu prépares ton dîner, tu cuisines sans y penser, ton corps connaît la recette. » Et certaines auraient déjà réussi à en faire « des lasagnes, du ragoût, du pâté, du chocolat, des smoothies ». À table, les enfants.Pour écouter le premier épisode de l’utopie de Camille Cornu, c’est ici : https://www.nova.fr/podcast/larche-de-nova/camille-cornu-13-demain-fera-du-fromage-avec-notre-lait-maternelLa dernière partie sera diffusée le 20 octobre, à 7h10.Plus d'infos : camillecornu.comImage : Nouvelle cuisine, de Fruit Chan (2004), dans lequel une restauratrice de Hong-Kong concocte des raviolis fourrés aux fœtus humains. See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 12.10.2020
    10 MB
    04:25
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    Jacky Schwartzmann : « Demain, tous les dirigeants seront tirés au sort »

    À Besançon, ce romancier-scénariste à la gouaille futée milite pour la formation de citoyens lambda « ultra-spécialisés en politique », afin de contrer « les luttes de pouvoir et de couloirs ». Dans Kasso, son prochain roman à paraître en février aux éditions du Seuil, Jacky Schwartzmann, 48 ans, imagine la vie d’un sosie de Mathieu Kassovitz qui « monte de fausses productions pour détourner des millions d’euros » et réaliser son rêve : glander aux Marquises. Mais à un moment, le petit escroc de Besançon se branche sur France Cul. « La journaliste commente le système de retraite des sénateurs, carrément la Rolls-Royce des régimes (…) Ces gens ont besoin de six fois plus que les citoyens normaux parce que leurs costumes sont hors de prix, parce qu’ils ont des chauffeurs, parce que ce sont des cochons. (...) Les cochons font la queue chez BFM TV pour mettre leurs choses au point en parlant une langue aussi morte que le latin et le grec. Des communicants se sont amusés à vider les phrases de sens, ils les ont proposées aux cochons qui les ont apprises comme des récitations et les répètent en boucle. Communiquer n’est pas parler. Pendant ce temps, la démocratie directe, que beaucoup de types bien intentionnés plébiscitent, existe déjà, c’est Twitter, Facebook, la haine exacerbée. »Quand la langue de bois atteint la taille d’un baobab, Jacky sort la tronçonneuse. Sur le pont de notre Arche, ce natif et habitant de Besançon, qui fut éducateur, libraire, barman, chef de rang au restaurant, pion au collège, conseiller qualité EDF ou encore assistant logistique chez Alstom (expérience qui lui inspira son premier roman, Mauvais coûts, lauréat sur Nova en 2016 du prestigieux Prix de la Page 111), milite pour la formation de citoyens « ultra-spécialisés en politique ». Les volontaires suivraient des cours de droit, d’économie ou d’Histoire, « comparables à ceux de l’ENA », offerts par l’Etat. Ce qui permettrait de procéder, parmi eux, au tirage au sort de tous les représentants de la nation, à l’échelle communale, régionale ou nationale – et cela le temps d’un unique mandat. Pour Besançon 2026, votez Schwartzmann. Image : Idiocracy, de Mike Judge (2006). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 09.10.2020
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    03:45
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    Nazheli Perrot : « Demain, on va kiffer se lâcher la touffe »

    Ennemie déclarée de l’épilation, cette dessinatrice franco-mexicaine nous brosse le tableau d’une humanité lassée de « s’exterminer la moquette » et qui, encouragée par la crise, laisserait refleurir son système pileux. Au poil !« Tout le monde se doutait que Pépé, notre chien, qui faisait la sieste au fond du jardin, pouvait parler. "Dis quelque chose, Pépé ! Parle-nous ! " "Jamais de la vie", répondit Pépé. » Que savons-nous réellement des bêtes à poils longs ? C’est l’une des questions métaphysiques qui surgissent à la lecture des Mini-histoires pour tout le monde, écrites et dessinées par Nazheli Perrot, 40 ans, plasticienne franco-mexicaine diplômée des Beaux-Arts de Paris.Dans cet ouvrage à paraître à destination des petits (mais pas seulement), on croise foule : un biscuit en péril, une plante carnivore sympa, des oiseaux laveurs de pull, deux hérissons qui font le tour de la Terre dans les deux sens, Bruno le cowboy, Robert le gros bébé ou encore Patrick le poulpe du pôle Nord. Région du monde où se déroule également Les Ours blancs ne perdent pas le Nord, roman illustré pour la jeunesse (avec, au scénario, le créateur de ce podcast, mais ne le répétez à personne !) sur lequel s’active cet automne l’autrice primée de Pou sort de la caverne, sa version mioche et pas moche de l’allégorie platonicienne, parue en 2017 aux éditions Bilboquet.« Pour un futur désirable, mon regard se porte sur une habitude aberrante, d’une absurdité primaire, à savoir l’épilation. » Dans l’enregistrement qu’elle nous a fait parvenir par hasard et pas rasée, Perrot part en guerre contre notre tendance « incroyablement prolixe », loin des buissons ardents de la préhistoire, « à se torturer les bulbes, à s’exterminer la moquette ». Mais c’était sans compter sur l’enlisement de la crise du covid-19, au cours de laquelle « le capitalisme se mit à brouter sévère ». Il fallut donc renoncer à l’inutile, comme les rasoirs et les bandes de cire. « On oublia doucement qu’on en voulait aux poils, occupés à cultiver nos jardins. On gouta au plaisir de vraies vraies tartes aux poils, à la beauté des perles de rosée sur une épaule velue au soleil de sept heures, on huma avec délice les barbes de fin de journée. Enfin, on commença à kiffer se lâcher la touffe. » Image : Capitaine Caverne, de Joe Ruby & Ken Spears (1977-1980). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.10.2020
    9 MB
    03:46
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    La Féline : « Demain, nous allons tendre un piège à la mort »

    À Lyon, le temps d’un poème sonore inédit, cette musicienne de pop futuriste défie la Faucheuse, dont elle entend combattre la bêtise « par vitesse, par intelligence, dans la confiance naïve que donne le fait d’aimer et d’être aimé.e ».« Je connais une planète où tout le monde est bête, les êtres y sont méchants, corrompus et violents. C’est la Terre, son nom, je crois. (…) Les hommes s'allongent par grappes, au milieu des boulevards, ils ne claquent pas les dents, ils mordent la mort jusqu'au sang, ça les délivre du mal, ça les soulage de la peur, de leurs peurs. » En 1976, le sémillant moustachu Pierre Vassiliu (1937-2014), barde de la convivialité et de la liberté sexuelle, adaptateur rigolo de Chico Buarque (Qui c’est celui-là ?), signait une chanson assez déchirante : Alentour de lune. Brève peinture d’un paysage post-apocalyptique, celui d’après les bombes, chantée d’une voix presque enfantine, par un homme à guitare triste qui nous regarde depuis l’espace.« On ne perçoit pas chez lui toujours cette discrète mélancolie d’une utopie lointaine à vivre ici et maintenant, auprès de ceux qu’on aime », rappelait en 2018, dans Libé, Agnès Gayraud, dans sa chronique du premier volume des rééditions de Vassiliu chez Born Bad, via les compilations de Guido Cesarksy. C’est ainsi que cette musicologue et musicienne, connue sous le nom de La Féline, découvrit la jolie ballade lunaire – qu’elle reprend et qui donne aujourd’hui son titre à son nouvel EP paru début octobre chez Kwaidan Records, satellite (remix, inédits) de son superbe troisième album Vie future (2019). Une larme gelée dans la gorge, Agnès conserve le chagrin de Pierrot, ajoute un léger groove robotique, des chœurs et des claviers qui grattent un peu notre époque… pré-apocalyptique.«"Faites-vous la belle vie dont vous avez envie." Il paraît que c’était la devise de Pierre Vassiliu… », écrivait-elle encore dans Libé. Vivre mieux, plus loin, plus fort : c’est la tonalité du poème sonore inédit que La Féline nous adresse aujourd’hui, depuis Lyon, accompagnée – à « l’accordéon-drone » – de son complice Xavier Thiry. Entre deux bip-bips du célèbre coucou désertique de la Warner, La Féline défie la Faucheuse. « Demain, je prouverai la bêtise d’être tué.e par la mort. » Mais comment ? « Par vitesse, par intelligence, dans la confiance naïve que donne le fait d’aimer et d’être aimé.e. » Beau programme, le seul qui compte à vrai dire, à retrouver sur scène à Hyères le 30 octobre, ainsi qu’à Tarbes le 7 novembre.Pour écouter l’EP Alentour de la lune, c’est ici : https://lafeline.bandcamp.com/album/alentour-de-lune-epPour écouter La Féline évoquer les « génies démocratiques » de la pop au micro de la Nova Book Box, c’est là : https://www.nova.fr/podcast/nova-book-box/la-pop-pays-des-genies-democratiquesImage : Le Septième sceau, d’Ingmar Bergman (1957). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 07.10.2020
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    04:00
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    Sylvain Cabot : « Demain, une appli très bien renseignée prédira notre destin »

    À Montréal, ce facétieux dessinateur français invente le FaceApp existentiel, qui permet de voir le visage, l’humeur générale et la situation sociale que nous aurons lors de nos vieux jours ; libre alors à nous de « faire dévier la trajectoire promise ».« Je n’avais pas fini d’en apprendre, mais j’étais impatient de connaître la suite. » Dans sa dernière BD, écrite et dessinée en un temps record à l’occasion des 24 heures de la bande dessinée de la fin du monde, Sylvain Cabot relate l’histoire, le temps d’un joyeux road-trip au Québec, d’une troublante et brève expérience gay, sous la tente, entre deux très bons amis hétéros, comme dans le film Matthias et Maxime de Xavier Dolan (2019). Embarrassé à défaut d’être embrassé, l’un des compères se demande si ce flirt aura des répercussions sur sa sexualité. « Un feu de questions me brûlait le ventre et la tête. » Disons aujourd’hui que s’il avait téléchargé « McFly Pic », il aurait eu la réponse en un battement de cils.« McFly Pic » ? Le FaceApp du destin. C’est l’idée formidable formulée par ce facétieux dessinateur originaire de la région lyonnaise, installé à Montréal, qui publia l’an passé son premier album aux éditions Michel Lafon, Salon Dolorès & Gérard, ravissante éducation sentimentale sous les siroccos d’un salon de coiffure. Principe général : « grâce » à toutes les informations personnelles que nous avons généreusement offertes aux géants du web – Google, Amazon, Facebook, Microsoft, etc. –, l’application « McFly Pic » permet de prédire le visage, l’humeur générale et la situation sociale que nous aurons, chacun(e), lors de nos vieux jours. Personne n’y croit au début, mais le regard quotidien de la société sur son propre futur finit peu à peu par changer. « Les gens vont oser partir à l’étranger, affronter leurs peurs, multiplier les expériences inédites, juste pour faire dévier la trajectoire promise par l’application. Finie la résignation. Nous allons devenir des êtres humains plus audacieux ! »Pour lire Québec – je me souviens, c’est ici : https://toutestfoutu.com/user/sylvain/Pour suivre Cabot sur Insta, c’est là : https://www.instagram.com/sylvaincabot/?hl=frImage : Black Mirror, S4E4, Pendez le DJ, de Charlie Brooker (2017). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 07.10.2020
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    03:28
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    Camille Cornu (1/3) : « Demain, on fera du fromage avec notre lait maternel »

    « RER Q est un réseau d’autriX allié.e.s autour de textes / manifestes queer / crus / cul. RER Q écrit lit performe ce qui n’est que trop rarement visible. RER Q explose le genre triste et la syntaxe molle, la police des corps identifiés identifiables et la littérature officielle. RER Q est substance désir chattes suspectes flemme tantrique trous béantes nuques moites expérimentations sales paysages gouines images clandestines tunnels d’amour fantasmes profonds comme des arbres. »Fin septembre, soir de pluie, studio de danse du Point FMR, Paris. Les six pilotes du RER Q, Rébecca Chaillon, Camille Cornu, Wendy Delorme, Claire Finch, Élodie Petit et Etaïnn Zwer, partagent avec force et humour textes et vidéos sur le thème de la « (re)production ». S’y succèdent le récit d’un coming-out à 20 ans, à la recherche d’un « peuple qui n’aurait pas de pères, et pas d’heure à laquelle se coucher » ; une tentative pour avoir un enfant « comme on retape une maison », manuellement, près de son amoureuse et d’un festin de dinde dans un hôtel de banlieue ; une réécriture transgenre des comédies d’Aristophane ; des œufs, éjectés ou réintroduits dans les corps de manières assez troublantes. Ou encore… le recyclage de nos « déchets » corporels, en résistance aux diktats du libéralisme.C’est l’idée de Camille Cornu, 33 ans, autrice française (L’intime n’a jamais été aussi politique ici-bas, 2014, Habiletés sociales, 2017) et performeuse, posée entre Paris et Glasgow, qui la restitue ici en trois épisodes. Dans la première partie d’un texte intitulé On ne mange pas les bébés, elle évoque son envie « de se traire à mains nues » pour fabriquer « un nombre infini de fromages » avec son propre lait maternel. Ce qui n’est ni mauvais pour la santé, ni interdit par la loi, sauf à décider de les vendre. Mais n’est-ce pas paradoxal ? Conclusion, appétissante : « Rendez aux vaches leur lait, leur liberté et leurs bébés. Rendez à vos corps leurs produits, fromage saveur papa-maman, fermentation maison. » Miam.Les deux épisodes suivants de l’utopie de Camille Cornu seront diffusés le 13 et le 20 octobre, à 7h10.Image : Fromage à gogo, de Val Guest (1952) ; film britannique avec Dirk Bogarde, à propos « d’un micro-Etat européen dont la profession nationale est la contrebande », qui cherche à refourguer aux Suisses « du fromage alcoolisé au schnaps ». See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 07.10.2020
    6 MB
    02:30
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    Stéphane Babiaud : « Demain, l’humanité toute entière redeviendra nomade »

    Du côté de Tours, le batteur d’EZ3kiel nous livre un instrumental inédit, écrin jazz d’un rêve de grandes transhumances familiales, pour redécouvrir le monde à pied, à cheval, à vélo, pour célébrer ensemble « l’amour, la mort, les marées ».« Et j’ai fini par trouver un réglage pour le désespoir. Je me le programme deux fois par mois : ça me semble une durée raisonnable pour se sentir désespéré à propos de tout, à propos du fait d’être restés sur Terre, tu ne crois pas ? » C’était il y a des siècles : en 2017, les laborantins d’EZ3kiel, en compagnie du comédien Pascal Greggory, faisaient atterrir leur vaisseau spatial dans les studios nocturnes de la Nova Book Box, pour partager en live des fragments de leur adaptation planante de Blade Runner, classique immortel de S.-F. parano signé Philip K. Dick en 1966.Peu de temps après, le groupe partit de nouveau très haut dans étoiles via la très élégante version de leur album Naphtaline (2007), « composition cinématique » pour un film que Guillermo del Toro aurait oublié de réaliser, sublimée par les soixante musiciens de l’Orchestre National de Lorraine, le temps d’un concert à l’Arsenal de Metz ; un moment suspendu, assez gracieux, que le groupe mit en ligne à la sortie du confinement, « parce que nous avons besoin de douceur, de sérénité et de rêves ».Le rêve continue. Chef d’orchestre du projet Naphtaline, Stéphane Babiaud, l’un des membres de ce groupe formé à Tours en 1993 (où, depuis treize ans maintenant, ce fan de Zappa joue de la batterie, de la basse, du vibraphone ou du Glockenspiel), livre à Nova un instrumental inédit, comme un hommage au Morricone du Clan des Siciliens, écrin jazz d’un rêve de grandes transhumances familiales. Dans son futur désirable, l’humanité redevient nomade et repart à la conquête des routes, pour découvrir le monde à pied, à cheval, à vélo, « au rythme des petits, à la cadence des anciens », à l’ombre d’arbres immenses, plantés par centaines de millions. De quoi user les souliers, en attendant le nouvel EZ3kiel prévu pour fin 2021.Pour voir EZ3Kiel interpréter The Naphtaline Orchestra, c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=nItMygAI7xQ&feature=youtu.be&fbclid=IwAR0UWkTosZljmbkbX3vgy6Q70fS64yGuma3InBEM_2m2GKV5woEXCqd66W0&ab_channel=SupermoucheProductionsImage : Western, de Manuel Poirier (1997). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 07.10.2020
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    04:03
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    Ann O’aro : « Demain, ne cherchons plus à guérir des chagrins »

    Ambassadrice d’un maloya revisité, cette chanteuse réunionnaise nous murmure un futur où nous prendrons pour exemples les plus puissants d’entre nous : celles et ceux qui ont survécu aux traumas, à la rue, à la prison, aux sectes, aux hôpitaux psychiatriques.« Etrange perspicacité que le rectum des songes. » La phrase surprend, l’image intrigue. C’est l’un des rares vers en français de Longoz, l’énigmatique et éclectique second album de la Réunionnaise Ann O’aro, chanté en créole, à paraître le 16 octobre, deux ans seulement après le premier disque qui portait son nom – geste courageux, récit d’une enfance en enfer sous les abus d’un père incestueux, sacré d’un coup de cœur de l’académie Charles Cros. Enregistré cet été sur son île avec ses complices Teddy Doris (trombone) et Bino Waro (percussions), le long et osé Longoz a démarré comme un jeu : « Reprendre l’une des mélodies du premier album et… la mettre à l'envers. Pour la réinventer. Ensuite, dans chaque chanson, nous avons inventé un nouveau cadre, comme un nouveau voyage à chaque fois. » Contrainte perspicace : ainsi renversé, leur maloya « s’émancipe » et prend la poudre d’escampette, furetant du côté des Balkans, du jazz, du zouk ou du séga mauricien. En résulte des instants de grande beauté, de possibles chialades, des envies de hurler à ses côtés : on appelle ça la liberté.« Koman il é Nova ? » Depuis « les hauts de l’Ouest », auprès des ravines de Tan Rouge, Ann O’aro nous adresse une utopie magnifique, située en 2070. Où le concept de « déchet » a disparu. Où les fous sont nos modèles. Où nous prendrons exemple sur les plus puissants d’entre nous : celles et ceux qui ont survécu à la rue, aux traumas, à la prison, aux sectes, aux hôpitaux psychiatriques. Où l’on ne cherche plus « à guérir ni des maladies ni des chagrins ». Où l’on acceptons ses failles. Où nous mangeons nos amis. Où nous mangeons nos amis ? À table : Ann O’aro sera en concert mardi 6 octobre à la Maison de la Poésie de Paris, au cœur battant du festival La Voix Est Libre.Pour réécouter Ann au micro de Marie Transport, c’est ici, en cinq parties : https://www.nova.fr/podcast/marie-transport/ann-oaro-15-le-creole-est-une-langue-pleine-de-rage-et-de-violence-qui-sentImage : Ann O’aro, photographiée par Florence Le Guyon. See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 07.10.2020
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    04:16
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    Thomas Giraud : « Demain, on massera les pieds des plus vieux »

    Cet écrivain nantais, lauréat 2019 du Prix de la Page 111, énumère ses utopies favorites avant de bricoler la sienne, végane, dirigée par binômes tournants, où les petits garçons feront le ménage et où l’on pourra « cueillir des mûres et collectionner les aventures ».« Tous maçons et donc optimistes, pensant systématiquement que ça irait, ou que ça passerait, qu’il ne fallait pas se mettre la rate au court-bouillon, qu’en ajoutant un peu ici, le mur tiendrait bien droit, ou un peu de mortier et la fenêtre serait dans l’axe, que d’ailleurs on avait toujours fait comme ça. » Du bon boulot, cette page 111, tirée du roman Le Bruit des tuiles de Thomas Giraud – à tel point que cet écrivain nantais reçut sur Nova, à l’automne 2019, dans la cale de la péniche Grande Fantaisie à Paris, le très convoité Prix du même nom, sous les hourras du public, en direct. « Des gens qui bricolaient tous le temps (…) sans imaginer une seule seconde que les choses planifiées permettraient pourtant d’être mieux pensées et mieux accomplies. »Mieux bâties, comme le roman complet de Thomas Giraud (que nous avons fini par lire en entier, ne le répétez pas, il en va de notre réputation), paru aux éditions de La Contre-Allée. Ce Bruit des tuiles, où s’élève calmement le récit du philosophe français Victor Considérant (1808-1893), qui tenta, au Texas, malgré « la peur des toits qui s’écroulent », d’établir un phalanstère, baptisé « Réunion », niché dans une « ville ex nihilo sortie de terre », inspiré des communautés de Charles Fourier. Pour une trentaine de personnes, cela dura une poignée d’années, entre travaux agricoles, de couture ou de cordonnerie, dans un « drôle de hameau, plein de vide, d’espaces, de vent », sous un soleil écrasant, près de serpents à sonnettes.Tel le courageux Victor, Thomas Giraud, également docteur en droit public, énumère aujourd’hui quelques-unes de ses utopies préférées, avant de bricoler la sienne, façon « grand bazar démocratique » à longues palabres : une communauté rurale et végane, dirigée par binômes tournants, où l’on pourrait « cueillir des mûres et collectionner les aventures » ; quant aux petits garçons « qui aiment faire des choses et un peu dégoûtantes », on s’appuiera encore sur la consigne fouriériste : ils s’occuperont du ménage. Pour réécouter le sacre de Thomas Giraud lors de la dernière édition du Prix de la Page 111, c’est ici : https://www.nova.fr/podcast/nova-book-box/le-prix-de-la-page-111-edition-2019Image : Cocoon, de Ron Howard (1985). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 07.10.2020
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    03:54
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    Professeure Postérieur : « Demain, la danse fera tourner le monde »

    À Bruxelles, cette enseignante « d’aérobic sauvage et grotesque » se déhanche pour la création citoyenne de « temples de la danse » autogérés, ouverts 24h/24, générateurs d’énergie renouvelables. Shake ton booty, baby !« C’est à vos adorables fessiers que je m’adresse, mes petits canards. » Shorty d’or, perruque blonde, maillot rose, bandeau rose, collants roses. Chaque lundi soir à Bruxelles, la Professeure Postérieur enseigne le « sprot », « aérobic sauvage et grotesque bien moins ennuyeux que son cousin germain, le sport », pour « faire taire ton mental » et « stopper l’expansion de la seriouslycracy ». Le tout, avec « une playlist de qualité » (de Sylvester à Pharrell) et des élèves qui s’aventurent assez loin dans les looks EPS années 80 (body, moustache).Nés en 2014 de l’imagination de la Française Laëtitia Jasserand alias Lich, ces cours de gym loufoques sont devenus, pour beaucoup, un possible remède à l’empâtement du confinement. Ce dimanche 4 octobre à la médiathèque Françoise Sagan, ce clown tonique aurait dû participer au festival de BD parisien Formula Bula, lors d’une « roue de la torture » avec la dessinatrice Lisa Mandel, mais hélas : le covid étant l’ennemi des gouttelettes, la fête des abdos a été annulée.Pour se consoler, ne reste plus qu’à écouter l’idée fichtrement géniale de la Professeure Postérieur : l’ouverture, aux quatre coins des villes, dans toutes les campagnes, aussi fréquemment que le nombre d’églises, de synagogues ou de mosquées, de « temples de la danse ». Considéré comme « vital, de première nécessité, point barre », le besoin de danser serait ainsi comblé « n’importe quand, sept jours sur sept » dans des lieux autogérés ouverts 24h/24, selon la responsabilité de chacun, « comme un devoir civique ». Où l’on pourrait apprendre en outre à composer et à mixer la musique, et à l’entrée desquels les videurs antipathiques seraient remplacés par « de vieilles personnes sages, pleines de bons conseils ». Cerise sur le lycra : ces temples seraient de formidables générateurs d’énergie renouvelable, prouvant pour toujours que c’est bien la sueur et l’échange des fluides qui font tourner le monde. Hâte !Image : La Professeure Postérieure photographiée par Raisa Vandame, Kunstinveleh, art porté par tous. See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
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    03:12
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    Karimouche : « Demain, on parlera berbère dans l’espace »

    Taubira à l’Elysée, Despentes à Matignon et des concerts interstellaires : entre Paris et Lyon, cette comédienne et chanteuse nous téléporte dans une réalité alternative où Zemmour élève des moutons à Laroche-Migennes, tout en orchestrant la rencontre entre Beyoncé et Biyouna.« J’suis pas ta beurette à chicha / ta biquette chawarma / ta barrette de zetla ni ta charrette à charia / J’suis pas ta beurette à quota / la cause des attentats / ta conchita, ta caillera, ta bobo quinoa / J’suis pas ta bêbête archi-blonde, ta bobonne qui fait de l’ombre, ta bourgeoise du grand monde, ta batwoman qui va pondre. » Mais qui est-elle, alors ? Carima Amarouche alias Karimouche, « Charentaise berbère » qui slalome entre Lyon et Paris, aux talents multipistes : chanteuse, comédienne (vue dans les séries Cannabis ou Les Sauvages), humoriste, danseuse, costumière. Sur son nouveau single, Princesses, rap-appel à la fierté féminine co-écrit avec R.wan (Java) et interprété avec Flavia Coelho, dans le clip duquel se croisent et se soutiennent Aïssa Maga, Carmen Maria Vega, Maïa Barouh, Zaza Fournier ou sa grand-mère Mimounth (92 ans, beau déhanché), ce « petit tourbillon emporté par ses histoires » veut qu’on lui tresse « des mots sur-mesure ». Dans l’album à paraître en janvier, Folies berbères, R’n’B constellé de sonorités orientales (très bien) produit par Tom Fire, on souligne ces paroles : « Il faudrait rester cool, alors qu’on coule ? »Taubira à l’Elysée, Despentes à Matignon : entre Paris et Lyon, Karimouche nous téléporte dans une réalité alternative où Zemmour, converti à l’islam, élève des moutons à Laroche-Migennes (Yonne), qu’« il distribue gratuitement pour la fête de l’Aïd ». La chanteuse, elle, « change de blaze » et se porte candidate pour orchestrer la rencontre entre Beyoncé et Biyouna (dans l’espace interstellaire, avec des spectateurs extraterrestres et « une ambiance de malade »), sous le nom de « Biyounbé », fidèle à ses lyrics : « Mes ancêtres qui me guettent, le cosmos qui m’allaite. »Image : Halal police d’État, de Rachid Dhibou (2011). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
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    03:26
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    El Don Guillermo : « Demain, tous reptiliens »

    Dans son nid barcelonais, ce joyeux auteur-éditeur de BD français lézarde au soleil d’un monde « quasi désertique » où les humains sont « debout, avec des écailles partout, tous égaux, tous verts » et « quasiment increvables ». Merci le réchauffement climatique, oh ?« Avec Bernadette, impossible de se cailler les miches lors de descentes en hors-piste dans des forêts de sapinettes. Au creux d'une vallée al-pine, vous ne sucerez pas que des glaçons, car la station du Pingouin Bleu regorge d'une avalanche d'activités, du tire-fesses aux balades en raquéquettes. » Cette promesse friponne peut se lire, avec plaisir, au dos de la dernière bande dessinée d’El Don Guillermo, Bernadette fait du ski, sortie en février dernier, suite très directe des escapades estivales de ce « grand boudin à lunettes » de Bernadette (2014), toutes deux publiées aux éditions Les Requins Marteaux dans leur troublante collection « BD Cul ».Et tandis que défilent des montagnes enneigées aux bonnets généreux où s’enfilent des vacanciers « venus se dégeler la serrure », cet auteur de BD français, installé à Barcelone, co-fondateur des éditions Misma avec son frère jumeau Estocafich, fait soudain monter la température dans des proportions moins récréatives. Dans sa vision de l’avenir, le monde sera « quasi désertique » et les humains devenus des reptiliens – de vrais reptiles, sans rapport avec les théories complotistes – « debout, avec des écailles partout, tous égaux, tous identiques, tous verts ». Insectivores, nous serons agiles et « quasiment increvables », puisque nos corps blessés, comme la queue des lézards, se régénéreront tous seuls. Nous passerons ainsi beaucoup de temps à faire « la siesta », peinards, au soleil du réchauffement climatique. « Rendez-vous dans le futur, les lezardos ! »P.-S. : Le vendredi 2 octobre, dans le cadre du festival Formula Bula, El Don Guillermo et Estocafich vous invitent à bord de leur « fier galion catalan », le Doputtuto, pour une « dédicroisière » en l’honneur des éditions Misma. Départ à 18h devant le MK2 quai de Loire, retour à 20h devant la galerie Immix, 116 quai de Jemmapes, Paris. Vous y rencontrerez « une sorcière un peu zarbi, les valeureuses sœurs Gousse et Gigot, le professeur Onliyou, Kimi le vieux chien, un gros ours et un petit lapin, ainsi que le mal famé Club des chats qui vous invitera à déguster ses meilleurs salamis arrosés de sangria tiède. » Image : V, la bataille finale, de Kenneth Johnson (1984). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
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    04:47
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    Aurélien Lemant : « Demain, notre libido conjuguée nous permettra de modifier la réalité »

    Dans sa bat-cave ésotérique du Loir-et-Cher, cet auteur-acteur, aussi bien spécialiste des comics que de pensée magique, fantasme « une immense partie de jambes en l’air », mondiale et simultanée, aux millions de partenaires, tendue vers un orgasme essentiel.« Je revois la cicatrice de ma bouche dans ton cou missionnée pour y installer le désir, repeindre et aménager des chambres d’amour (…) Une fois retirée à ma chair ouverte, ta dent claire emportait les trophées de douleur pour compléter sa collection sordide. J’étais le perroquet empaillé de plus quelque part au fond du stock. » En début d’année, les éditions lyonnaises Nouvelle Marge publièrent un « poème double » d’amor doloroso, narré en prose dans un « cahier de déroute » qui démarre par Upir, précipité lautréamonstrueux de deux ans de relation acérée avec une « vampire », et se poursuit via le portrait de La Poétesse impubliable, miroir d’une rencontre comparable à une « médication » (« cheminer vers elle, une orthopédie »), quand « l’amour était une couronne qui vous ceint tout le corps ». Hélas, cela finira dans les larmes. « L’anarchie des baisers fait oublier le plan secret. » Mais quel est donc ce plan ? L’auteur, Aurélien Lemant, est un wonderboy plein de ressources. Aussi bien spécialiste des comics que de pensée magique, calfeutré dans sa bat-cave ésotérique du Loir-et-Cher, on doit à cet acteur, également metteur en scène et parolier, des essais sur Philip K. Dick, Maurice G. Dantec, Blue Oyster Cult ou, récemment, Watchmen. Le 30 octobre, celui qui publiera Héros et Thanatos, essai sur la mort chez les super-héros DC/Marvel (éditions Fage), fantasme une « partie de jambes en l’air », mondialement simultanée, afin « modifier la réalité » via notre « magie sexuelle » ainsi connectée, au diapason des intuitions du mage occulte anglais Aleister Crowley ou des Red Hot Chili Peppers. « Ne nous en privons pas, parce que les méchants le font pour nous baiser. » Rendre le futur « littéralement désirable » : il faudrait prendre date, non ?Image : Turkish délices, de Paul Verhoeven (1973). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
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    03:42
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    Marie-Pier Lafontaine : « Demain, les sorcières seront des consultantes politiques »

    Autrice d’une éprouvante autofiction sur un père incestueux, cette étudiante québécoise nous dévoile les effets d’une « lune mauve », qui décuplera bientôt la puissance des femmes « de manière surhumaine ».« Moi, le viol ne me fait plus peur du tout. J’ai reçu suffisamment de coups, de haine et de crachats pour ne plus trembler devant la possibilité d’un contact non désiré. Mon corps a été maltraité tant de fois, mes os battus, que ma chair a été vidée de son sacré. » Dans Chienne, sa brève « autofiction » publiée cette rentrée aux éditions Le Nouvel Attila, la Québécoise Marie-Pier Lafontaine, 32 ans, décrit par fragments les abus et sévices d’un père ignoble, incestueux et sadique sur ses deux filles, avec la « participation » de la mère – elle-même kidnappée, à 16 ans, par son ordure de futur époux. D’emblée, la narratrice avertit son public : elle voudrait que ce texte « décime sa famille entière ». « Mon corps a été purgé d lui-même. Ses terminaisons nerveuses ne mènent plus nulle part. Il est devenu un objet comme un autre. Un sac de boyaux et de tripes dans lequel les hommes peuvent piger sans que je m’en formalise. Suffisamment d’hommes sont passées sur moi, m’ont éventrée, pour que le viol ne me fasse plus peur. Je peux désormais marcher librement dans la rue. »Résilience-uppercut. Très éprouvant et – fort logiquement – nommé pour le prix Sade, le premier livre de cette étudiante en lettres, qui pratique la boxe tout en revendiquant l’influence d’Annie Ernaux, Christine Angot ou Chloé Delaume, frappe comme un direct à la mâchoire, où les coups continuent de pleuvoir alors qu’une main a été levée pour dire à l’arbitre de faire cesser l’avoinée. Cette violence à répétition, que Marie-Pier Lafontaine dit connaître « intimement », cesse dans la fiction qu’elle nous adresse : dans son futur désirable, les rayons et la poussière d’une « lune mauve » décuplent la puissance des femmes « de manière surhumaine », réduisant à néant le risque d’agression sexuelle. Une force politique naît alors aux quatre coins du monde : les sorcières.Image : Suspiria, de Dario Argento (1977). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
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    03:09
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    Wandrille : « Demain, on n’aura plus besoin de professeur, mais… »

    Du côté de Pantin, cet auteur de BD, qui enseigne son art à des fans de Naruto, gribouille un futur dans lequel « tous les savoirs seront intégrés en une seconde ». Genre, ça suffira pour faire surgir un nouveau Chris Ware ?« Enseigner un art qu’on ne vous a pas appris mais qu’il vous a fallu découvrir par vous-même. Ce n’est point chose si facile, à portée du premier fanzineux venu. Il faut réfléchir à votre pratique, reprendre les étapes qui ont permis votre évolution depuis les premiers brouillons jusqu’au prix donné au festival de La Bourboule pour l’album Coup de boule à La Bourboule, sacrée meilleure publication de l’année, prix régional. » Telle est la docte mission que s’impose Wandrille, auteur (Seul comme les pierres, Fernand l’ours polaire), traducteur et ex-éditeur de BD (chez Warum, lauréat d’un prix du patrimoine à Angoulême 2016 pour Père et fils de l’Allemand E. O. Plauen), qui se décide un soir à « enseigner l’art de raconter dans une célèbre académie de bande dessinée à des virtuoses seulement âgés de 17 à 26 ans, ressenti 8 à 14 ans ».En résulte aujourd’hui l’album Mes génies aux éditions de La Cafetière, fruit de deux ans de cours magistraux et qui contient plusieurs leçons, même pour Sfar ou Jean-Michel Blanquer. Son art, Wandrille l’a appris « en copiant les autres » : Pratt, Goscinny, Gotlib, Trondheim. Il rappelle à ses padawans, qui ne jurent que par Naruto, qu’une bande dessinée peut exister sans bulles ni cases, que l’image ne doit pas répéter ce que raconte le texte, ou qu’un grand vide en ouverture de strip peut être la métaphore de leur note à venir, « ou de leurs futures publications ».Du côté de Pantin, ce facétieux professeur nous gribouille un futur dans lequel « toutes les connaissances sont directement accessibles à l’être humain dès la naissance par simple téléchargement de peau-à-peau (dans le respect des gestes barrières) ». Au niveau du dessin, chacun.e sait désormais reproduire « les fresques de la chapelle Sixtine pour décorer ses toilettes ». Problème : « L’art est devenu un peu chiant. » Tout le monde dessine comme Picasso ou comme les impressionnistes. Alors pour savoir comment faire surgir le nouveau Chris Ware, merci d’écouter ce podcast jusqu’à la fin, les enfants.Pour écouter la précédente utopie de Wandrille à bord de L’Arche de Nova : https://www.nova.fr/podcast/le-monde-dapres/wandrille-demain-va-tous-changer-de-metierPour écouter les pires vacances de cet artiste décidément courageux : https://www.nova.fr/podcast/les-pires-vacances/wandrille-la-route-de-la-mort-en-bolivie-porte-bien-son-nomImage : Rock Academy, de Richard Linklater (2003). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
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    03:37
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    Josselin Bordat : « Demain, on voyagera dans le temps pour sauver son couple »

    « Debout ! Jong Bo-Bae avait sa robe d’été remontée et Chan-Wook se tenait derrière elle. Il avait des yeux un peu fous et paraissait extrêmement concentré. La Bo-Bae du présent remarqua tout de suite que Lee Chan-Wook du passé avait mis ses doigts dans sa bouche pendant qu’il prenait la Bo-Bae du passé par-derrière. Elle avait oublié tous ces détails. (…) Lee se demanda pourquoi ils n’avaient jamais refait ça, baiser dehors comme ça. Ce deuxième retour dans le temps leur procurait une sensation nouvelle : se regarder ainsi était très perturbant, mais aussi très excitant. »2069. Un siècle après les badinages maritimes de Jane et Serge, cette nouvelle année érotique donne son titre au recueil de nouvelles de science-fiction, paru fin juin aux éditions Anne Carrière, orné de superbes godes volants roses. En douze récits, Josselin Bordat – cofondateur du magazine Brain, auteur pour Thomas VDB, rédac’ chef de l’émission Crac-Crac, déjà responsable de plusieurs ouvrages d’obédience humoristique, dont un précieux Dictionnaire de la mauvaise foi musicale – nous révèle qu’à l’avenir, Toulon sera la capitale européenne de la prostitution robotisée, que des terroristes féministes pirateront les slips connectés des relous, qu’on se passera de la drogue en pommade sur les muqueuses pendant qu’Enora Malagré exposera ses aquarelles à la fondation Justin Bridou (cette information nous trouble davantage que le reste, allez savoir pourquoi).Sautant tel un Doc Brown sous MD sur le pont de notre Arche, ce Parisien jovial résume ici les enjeux dramatiques de la première nouvelle du recueil ; dans One more time, Josselin Bordat détaille le succès des « chronothérapies », permettant aux couples à la sexualité proche de rien tendance peau-de-zob de se reconnecter à leurs premiers ébats canaillous. Nom de Zeus !Image : Black Mirror S1E3, Retour sur image, de Jesse Armstrong (2011). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
    6 MB
    02:42
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    Alexandra Dezzi : « Demain, nos cris ne seront jamais vains »

    « Pour un futur respirable », cette autrice parisienne, moitié jumelle du duo rap Orties, déclame un poème bref où « ni ta mère ni ta sœur ne seraient bafouées », où « ni ton père ni ton frère ne connaîtraient les baffes et le fouet ».« Il avait le droit de te baiser, sous-entendu qu’il s’appelait truc merde, qu’il était habillé d’une chemise blanche impeccablement repassée, qu’il dirigeait des gens au sein d’un prestigieux journal et qu’il gagnait bien sa vie. Et toi, qui venais de banlieue, qui avais fait du rap, qui t’étais montrée peu farouche dans des vidéo clips, tu ne pouvais qu’admettre, te soumettre. Il disait : – C’est bien toi, prise dans les phares d’une voiture en mini-jupe ? Il n’avait retenu que ça. Son exemple était révélateur : il te considérait comme une victime, il n’avait rien compris à ta chanson. Son plan était simple : il te passerait dessus et ensuite il proposerait ton livre à la fille qui gère la rubrique littéraire du journal. Le problème, c’est qu’il l’avait déjà baisée, la fille. »Dans La Colère, son second roman paru à la rentrée aux éditions Stock, Alexandra Dezzi, 31 ans, observe avec amertume les relents mortifères du patriarcat ordinaire et transpose, dans une fiction où les mâles ne sont plus que des numéros, via la répétition d’un « combat des corps » faussement compensatoire, le viol qu’elle a subi il y a près de dix ans, « pareil à une hémorragie interne ».Moitié du duo rap Orties, créé à 19 ans en 2009 avec sa sœur jumelle du côté de Bures-sur-Yvette (Essonne), Alexandra se fit d’abord connaître sous le pseudo de Kincy, inséparable de son binôme surnommé Antha, buissons ardents d’un hip hop gothique et sexy errant dans le « Paris pourri », remarqué par Christophe qui les invita sur l’album Les Vestiges du chaos, immortalisé le temps d’une séquence de danse dans Grave, le thriller cannibale de Julia Ducournau.En attendant les nouveaux sortilèges des frangines énervées, Alexandra Dezzi déclame ici un poème bref « pour un futur respirable », où « le viol appartiendrait au vieux monde, comme tous les crimes et les châteaux de sable », où « ni ta mère ni ta sœur ne seraient bafouées », où « ni ton père ni ton frère ne connaîtraient les baffes et le fouet ». Balance ton porc par-dessus bord.Image : Millenium – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, de David Fincher (2011). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
    9 MB
    03:51
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    Carl Agité : « Demain, nous suivrons à la lettre les préceptes de Marvin Gaye »

    Toujours aussi pépouze dans son chalet alpin situé « en 2081 », cet énigmatique « ermite » nous chante les louanges d’un mouvement spirituel visionnaire, le « marvinisme », fondé sur les paroles du légendaire album « What’s going on ».Cet enregistrement nous est parvenu par la grâce liquide d’une bouteille de génépi, déposée en évidence à l’entrée des studios, fin août. L’étiquette indiquait : « Pour votre Arche. » À travers le verre, un petit coffre en plastique flottait dans l’alcool de plantes. Le soir même, il fallut trois heures à notre équipe pour boire avec bravoure la boutanche entière, qui tomba en même temps que l’un de nos animateurs, et se brisa. Le coffre roula, s’ouvrit, révélant une pochette étanche, abritant elle-même une clé USB, contenant enfin plusieurs messages audios d’un certain « Carl Agité ».Après débat au sein de la rédaction, il a été décidé de partager avec nos auditeurs ces « témoignages du futur », situés « en 2081 », cent ans exactement après la création de Radio Nova. L’auteur s’y présente sous les traits d’un ermite, « vieux sage et vieux singe », habitant un modeste chalet au pied du mont Blanc. Surprise, agréable : à « son » époque, le monde ne s'est pas encore écroulé.Dans cet enregistrement, l’olibrius nous apprend qu’en 2021, à l’heure du cinquantième anniversaire de l’album What’s going on de Marvin Gaye (sorti le 21 mai 1971 sur le label Motown), un fervent groupuscule international de fans de ce miracle de soul music tissé d’arrangements divins fondèrent un mouvement spirituel, le « marvinisme », « qui cherche la lumière dans les paroles du crooner à la voix d’or », co-écrites avec James Nyx, Anna Gaye, Al Cleveland ou Earl Derouen ; paroles qui, prises au pied de la lettre, devinrent les piliers de programmes politiques nappés de paix et d’écologie aux quatre coins de la planète meurtrie. « Que se passe-t-il ? »« La guerre n’est pas la réponse. Seul l’amour peut conquérir la haine. » Au Bélarus comme en Turquie, nous prévient Agité, « les militaires désertent les casernes et plantent des bégonias dans les tanks à l’écoute du disque ». « Ne me punis pas avec brutalité, sauvons les enfants, sauvons les bébés » : en Côte d’Ivoire, toute personne reconnu coupable de châtiments corporels sur un enfant est condamnée à 127 ans de prison, dont seize heures par jour à confectionner des marmottes en peluche pour des orphelinats. « Voler dur dans le ciel amical. » Des peuples à priori irréconciliables, comme ceux d’Israël et de la Palestine, sont incités à effectuer en duo des stages de parachutisme, pour apprendre à tomber du ciel, main dans la main ; « Dix-huit ans après le premier saut, le pays d’Israëlstine est créé sans la moindre engueulade. » « Du pétrole dans l’océan, des poissons pleins de mercure. » Toute personne vue en train de jeter le moindre truc dans l’eau doit avaler le contenu d’un thermomètre. Conclusion de notre ermite : « Ne vous faites pas de bile, brothers & sisters : le futur, c’est drôlement Gaye ! »Pour écouter le précédent message du futur de Carl Agité, c’est ici : https://www.nova.fr/podcast/larche-de-nova/carl-agite-nous-avons-sauve-la-planete-vous-de-sauver-le-cinemaImage : Jim Hendin, pochette de What’s going on de Marvin Gaye (1971). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
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    03:45
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    Audrey Vernon : « Demain, les voitures seront remplacées par des rosalies électriques »

    Militante acharnée de la décroissance, cette comédienne et autrice parisienne déroule un monde de « mobilité douce » tissé de voiturettes collectives à pédales. Dring-dring ?« Ton prédateur naturel, ce sera les voitures. J’ai réécrit pour toi Les Trois Petits Cochons : le premier se fait étouffer par une Volkswagen dont les ingénieurs ont bidouillé les filtres, le deuxième se fait écraser par un SUV avec un problème de régulateur de vitesse, le troisième se fait buter par un conducteur bourré qui checkait ses textos. » C’était l’un des spectacles les plus prometteurs de ce début d’année : Billion Dollar Baby, écrit et interprété par Audrey Vernon, vu à la Nouvelle Seine (Paris), dans lequel l’autrice anticapitaliste de Comment épouser un milliardaire adresse une lettre à son enfant à naître, dans l’espoir de lui expliquer, en une heure, notre Histoire par le prisme des ravages de la civilisation industrielle, « les inégalités, le capitalisme, l’argent, l’État, la guerre, les voitures, les avions, l’énergie, les déchets… ».Les voitures, justement. Audrey Vernon les « déteste », en nous rappelant les statistiques meurtrières (accidents de la route, pollution de l’air) et la place délirante qu’elles occupent dans l’espace public, sans oublier l’entrave des axes routiers pour les animaux sauvages. Cette militante acharnée de la décroissance a donc une idée : la production en série de rosalies électriques, des voiturettes à pédales dont l’énergie serait générée par nos efforts. Seraient ainsi réglés trois problèmes : « l’obésité, la qualité de l’air, la vitesse en ville ». Notez qu’en mars 2019, une voiture-tricycle électrique, la « Twike », capable d’atteindre les 190 km/h avec une autonomie de cinq cents kilomètres, était présentée au Salon de l’auto de Genève. Tiré à cinq cents exemplaires, ce prototype sera-t-il le destrier naturel d’Audrey pour la tournée de Billion Dollar Baby, du 18 septembre jusqu’en avril 2021, passant par Marseille, Lausanne, Paris, Nice ou Saint-Etienne ?Pour voir un extrait énergétique de Billion Dollar Baby, c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=MdFQFiuAuhAPour écouter la précédente utopie d’Audrey Vernon pour L’Arche de Nova, c’est là : https://www.nova.fr/podcast/larche-de-nova/audrey-vernon-demain-il-ne-faut-pas-que-les-theatres-rouvrentCollage : Mathilde de Capèle. See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
    9 MB
    03:45
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    Julie Andrieu : « Demain, les prédateurs sexuels seront condamnés à vivre dans la peau de leur victime »

    À Marseille, cette massothérapeute imagine une machine baptisée « Orlando », en hommage à Virginia Woolf, capable de projeter les porcs dans le corps des agressées pendant toute la durée de leur peine, sous contrôle judiciaire.« Je ne pourrai plus assommer un homme, le traiter de menteur en face, ni tirer mon épée et la lui passer à travers le corps, je ne pourrai plus siéger parmi mes pairs, porter une couronne ducale, marcher en procession, condamner à mort, conduire une armée (…) Je serai réduite à servir le thé et à demander à ces messieurs s'ils trouvent ça à leur goût. » En 1931, Virginia Woolf publie Orlando, roman de l’âme égarée d’un jeune courtisan anglais, que l’on suit quatre siècles – or, un jour, après une semaine de sommeil, il se réveille femme, et devient, avec le temps et l’observation laborieuse de la société patriarcale, une poétesse reconnue. « Elle était homme, elle était femme ; elle connaissait les secrets et partageait les faiblesses de l'un et de l'autre. C'était une situation affreusement déconcertante, à donner le vertige. »Le vertige se poursuit désormais dans la vision futuriste de Julie Andrieu, massothérapeute installée à Marseille. « Arrière-petite-fille d’une sorcière en pays cathare, très honorée de perpétuer sa tradition », cette trentenaire tatouée grimpe sur le pont de notre Arche pour y présenter les plans d’Orlando, une machine capable « de projeter n’importe qui dans le genre opposé au sien, physiquement, au plus près des perceptions. Si je suis homme, je peux devenir une femme, si je suis une femme, je peux devenir un homme – et être perçu(e) en tant que tel(le) aux yeux de la société toute entière ». Consciente de la portée socio-culturelle d’une telle avancée scientifique qui pousserait ainsi la réalité virtuelle à son paroxysme, la justice française décidera vite d’un recours systématique à Orlando pour punir les prédateurs sexuels.« Pour trois insultes sexistes proférées dans la rue », explique Julie, « l’agresseur vivra trois jours dans la peau d’une meuf ». « Pour une main au cul non consentie, la transformation durera une semaine. Pour les violences physiques suivies ou non d’une tentative de viol, la peine sera étendue à trois mois, avec liberté de circulation, mais sous contrôle judiciaire quotidien. Pour un viol avéré, le coupable vivra cinq ans dans la peau d’une femme, avec sa potentielle vulnérabilité, en subissant au quotidien les conséquences de cette nouvelle enveloppe corporelle. Détail non-négligeable : pour toute la durée de sa peine, l’agresseur prendra l’apparence exacte de sa victime. Devenant lui-même l’objet de son propre désir. »Image : Harvey Weinstein l’intouchable, d’Ursula Macfarlane (2019). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
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    04:03
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    Emilie Gleason : « Demain, les défenseurs de la chasse vivront dans une réserve, entourés de prédateurs, avec juste un coupe-ongles »

    La révélation 2019 du festival d’Angoulême libère le TGV de son imagination cartoonesque et nous dessine un futur youplaboum avec champagne à table, salsa au balcon et déconstruction savante des stéréotypes.La folie à tous les coins de rue. Et la réalité qui se dégonde, contaminée par l’imaginaire effervescent et le trait caoutchouc d’Emilie Gleason, 28 ans, autrice belgo-mexicaine de bande dessinée formée aux Arts décoratifs de Strasbourg. « J’aime que ça explose, tout simplement », dit-elle. Révélation 2019 du festival d’Angoulême, sa première histoire longue, Ted drôle de coco (éditions Atrabile), tirait le portrait d’un curieux gugusse librement inspiré de son frère, atteint d’un Trouble Envahissant du Développement (T. E. D.) connu sous le nom d’autisme Asperger ; elle y restituait très bien, par exemple, sa peur panique de l’imprévu via des couleurs en pagaille et des paroles pétaradantes.Cette rentrée, on retrouve avec plaisir son sens du cartoon grand-guignolesque dans J’perds pas la boule, biographie des années foot de Vikash Dhorasoo, coco-signataire du livre publié aux éditions Revival. De son enfance au Havre à l’épopée 2006 des Bleus où il fut le premier joueur d’origine indienne à disputer une Coupe du monde, on voit Vikash éviter un but à l’Inter Milan en prenant la balle en pleine gueule, se passionner pour le blues de Fleetwood Mac, se sentir touriste à Calcutta, tenter d’esquiver la poignée de main de Sarkozy ou dédicacer un roman de Philippe Delerm.Et le roulement TGV de l’imagination d’Emilie Gleason glisse aujourd’hui sur le pont de notre Arche, déboussolée par tant d’idées à la minute. Au programme de son futur : nudisme pour tous, école à « déconstruire les stéréotypes », seniors réalisant « leurs rêves les plus fous avant de mourir », chasseurs « condamnés à vivre dans une réserve, entourés de prédateurs, avec juste un coupe-ongles », champagne à table et bonbons remplacés par « des petits pois congelés » – le sucre étant devenu « interdit aux moins de dix-huit ans »... Jusqu’à la vraie révélation, qui dit tant sur son style : « On vivrait dans le monde de Roger Rabbit, où trottiner de joie remplacerait la marche, de la salsa à chaque balcon, plus aucune publicité sinon de belles fresques colorées, partout ».Image : Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, de Robert Zemeckis (1988). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
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    02:56
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    François Beaune : « Demain, nous mangerons nos animaux domestiques »

    À Marseille, cet écrivain-magnétophone, collectionneur d’histoires vraies, brasse avec appétit tout un mesclun d’idées pour chérir la planète, dont un âge limite fixé à 75 ans, qui concernerait d’abord les Européens.« En général, j’habille les gens avec le cœur. C’est ça le jeu en sex-shop, surfer entre l’habit et le fétiche, dire j’aime le cul mais mine de rien. J’aime l’extrême, mais je découvre que j’aime aussi la limite. Ce mine-de-rien sur la frontière. Je pensais pas être si subtile. » En général, François Beaune n’écrit pas tellement de romans. Ce magnétophone humain recueille plutôt la parole des gens qu’il croise et collecte des « histoires vraies » tout autour de la Méditerranée (La Lune dans le puits, 2013), dans une bourgade imaginaire de Vendée (Une vie de Gérard en Occident, 2017, au Théâtre de Belleville jusqu’au 27 septembre) ou au Liban (L’Esprit de famille, 2018).Calamity Gwenn, son dernier livre, publié cette rentrée chez Albin Michel, se présente comme « œuvre de fiction » écrite « en collaboration » avec la comédienne Rozenn Djonkonvitch. S’y déploient, sur un an, dans une langue orale naturelle et crue, les jouissances, aspirations et considérations de Gwenn, depuis trois ans vendeuse prosélyte dans une ravissante « halle aux cochonneries » « plutôt chic » de Pigalle, également actrice trentenaire borderline « de sang monténégrin », dont les rôles « les plus marquants » lui ont valu d’être « balancée morte dans un canal », « assommée d’une pierre pendant une randonnée, puis ligotée », « fracassée par son mari », quand elle n’arrache pas « une bite avec les dents », « mange de la merde » ou « urine sur le cuir d’une décapotable ». « Mais qu’est-ce que je pourrais kiffer d’autre, maintenant ? », se demande-t-elle, avec le désir ferme de « s’inventer de vrais rêves qui n’appartiennent qu’à Gwenn et pas à l’Industrie ».À bord de notre Arche, son compère François Beaune, 42 ans, esquisse de possibles réponses collectives et brasse avec appétit et nonchalance tout un mesclun d’idées pour chérir la planète : stricte interdiction des loisirs mécaniques (inclus : « les extenseurs péniens électriques ») tout comme de la consommation des bovidés émetteurs de méthane ; leur apport en protéines sera remplacé par la dévoration de nos animaux domestiques, une fois parvenus « à maturité ». Plus radical encore : un âge limite sera fixé à 75 ans et concernera d’abord les Européens, dans un monde où l’euthanasie sera gratuite et accessible à tous. De quoi inciter à refaire un tour au sex-shop, histoire de kiffer le présent. Image : The Voices, de Marjane Satrapi (2015). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 29.09.2020
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    04:09
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    Audrey Vernon : « Demain, il ne faut pas que les théâtres rouvrent »

    Du côté d’Étampes, cette comédienne et autrice anticapitaliste rêve d’un matin calme où son spectacle ne sera plus « la récompense du travailleur, un divertissement de plus », tout en continuant à se battre « contre la religion du profit ».« Tu vas peut-être assister à l’extinction de l’humanité. Mais c’est génial aussi de voir la fin du film ! » C’était l’un des spectacles les plus prometteurs de ce début d’année : Billion Dollar Baby, écrit et interprété par Audrey Vernon, vu à la Nouvelle Seine (Paris), dans lequel l’autrice anticapitaliste de Comment épouser un milliardaire adresse une lettre à son enfant à naître, dans l’espoir de lui expliquer, en une heure, notre Histoire par le prisme des ravages de la civilisation industrielle, « les inégalités, le capitalisme, l’argent, l’État, la guerre, les voitures, les avions, l’énergie, les déchets… ». Puis il y a eu le covid, le confinement et sa trop brève pause pour la planète. Une prise de conscience bourgeonna dans la tête de l’artiste, d’abord formulée sur le site de Reporterre : « Je ne veux pas recommencer à jouer ce spectacle alors qu’on a vu qu’on pouvait tout arrêter en deux heures. »Du côté d’Étampes, son constat fut sans appel : « Ils rouvriront les théâtres en dernier, quand tout aura repris… Quand l’industrie, le commerce, la production d’armes, de voitures, d’avions auront repris. Quand ils auront sauvé les milliardaires, les banques, les actionnaires. » Petit à petit, dans toute la France, les salles ont pourtant recommencé à accueillir les spectateurs, à jauge réduite, dans le respect du fameux protocole sanitaire. « Les théâtres ne doivent pas rouvrir pour continuer à dénoncer le monde de la marchandise en en faisant partie, je ne veux plus être un maillon de la chaîne, la récompense du travailleur, un divertissement de plus. Je veux que la chaîne se brise (…) Je ne peux rien faire d’autre que lutter pour qu’on se rende compte de ce qu’on est capable de supporter au nom de la religion du profit. »Et Audrey de citer l’exemple de Gabin et Dietrich qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, cessèrent d’être acteurs pour devenir soldats ou pour mettre leur célébrité au service de leurs convictions. À sa manière, Vernon retourne au front : Billion Dollar Baby part en tournée dès le 18 septembre et jusqu’en avril 2021, à Marseille, Lausanne, Paris, Nice ou Saint-Etienne.Pour voir un extrait énergétique de Billion Dollar Baby, c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=MdFQFiuAuhAPour écouter la précédente utopie d’Audrey Vernon pour L’Arche de Nova, c’est là : https://www.nova.fr/podcast/le-monde-dapres/audrey-vernon-demain-abolira-la-propriete-priveeImage : Fin de tournage pour Marlène Dietrich et Jean Gabin réunis pour la seule fois à l’écran dans Martin Roumagnac, de Georges Lacombe (1946). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    04:11
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    Vincent Ravalec : « Demain, des enfants à tête de chiens, des gens-oiseaux, des bras en serpents »

    L’auteur parisien de « Cantique de la racaille » prophétise un avenir de créatures hybrides, avant l'avènement d’un « jeu, qui connectera nos mémoires et nos âmes à tous les aspects de notre Histoire ».« Une amie m’appelle et me demande si je peux donner un coup de main à un réalisateur qui souhaite raconter son histoire, celle d’un fils d’agriculteur dont le père s’est suicidé. Je fais part de mes idées. Il s’agirait d’un village déserté, qui deviendrait une base mafieuse, dans lequel débarquerait une jeune députée. Il y aurait aussi un rebouteux. La productrice me regarde d’un œil torve. Personne ne saute au plafond en entendant mes magnifiques propositions (…), je creuse davantage. Oui, des éleveurs. Qui ont perdu leur troupeau. Un territoire sans femmes. Sans fécondité. Une zone de non-droit. Les paysans sont devenus des voyous pour survivre. Et paf, la République qui revient, sous la forme de jeunes et charmantes créatures. Bingo ! »Les racines de ce palpitant thriller rural, qui ressemblent beaucoup à ce qui deviendra la trilogie Sainte-Croix-Les-Vaches de Vincent Ravalec (2018-2020, chez Fayard, en cours d’adaptation sur grand écran), apparaît comme un cas d’école dans son manuel d’écriture « de qualité », L’Art du beau mensonge, à paraître le 2 octobre co-édité par Arte et Marabout. L’auteur de Cantique de la racaille (prix de Flore 1994, roman qu’il transposa lui-même au cinéma « d’une façon plutôt intuitive »), cinéaste et scénariste de BD, poète et parolier, qui signa plus d’une centaine de nouvelles (réunies récemment en volume de 1700 pages Au Diable Vauvert) et presque autant de scénarios jamais tournés, détaille ses techniques pour accoucher d’un script, avec verve, voix off, post-it et souci de cohérence.Cet écrivain prolifique de 58 ans était donc très attendu sur le pont de notre Arche afin d’imaginer un futur désirable, « avec plus de prodiges, de surprises ». Nous ne sommes pas déçus : « Des filles de quinze ans tombant enceintes de créatures absurdes, des enfants à tête de chiens, des gens-oiseaux, des bras en serpents. La Réalité Virtuelle devenant si addictive qu’elle est un problème de santé publique, les utilisateurs se laissant mourir, oubliant de manger et de boire, désertant la réalité. Les neuronanotechs nous fusionnant aux machines. Les molécules psychotropes ouvrant dans nos cerveaux des potentialités latentes... » Mais tout ceci ne sera qu’une étape, le prélude à un « jeu » qui, « par accumulation des charges karmiques », connectera nos mémoires et nos âmes avec tous les aspects de notre Histoire, avant de « nous élever de la surface des sols ». Parés au décollage ?Image : L’Île du Docteur Moreau, de John Frankenheimer (1996). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    03:48
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    Bim Bam Orchestra : « Demain, on mettra la vie sur pause »

    Le meilleur collectif afro-soul de Paname, qui accoucha confiné d’un appel au relâchement profond des tensions, nous téléporte dans son futur de massive chill out : ralentir pour savourer, accélérer si besoin, « gérer son temps… pour ne plus en perdre une miette ».Massive chill out. Détente généralisée des corps et des cortex. Ce fut le mot d’ordre, thérapeutique en diable, proclamé par Bim Bam Orchestra au beau milieu de l’étrange tunnel tendu du confinement. Eparpillés aux quatre coins de l’Île-de-France, de l’Hérault ou de la Bourgogne, les quinze musiciens du meilleur collectif afro-soul de Paname ont enregistré puis filmé, à distance, cet appel au relâchement profond des tensions. Conçu au départ comme la fusion d’une vibe hip hop sur les rythmiques afro-beat de Tony Allen, la chanson, ample et généreuse, terminée au moment de la mort du génial batteur nigérian, résonne aujourd’hui aussi comme un hommage au maître disparu.Par la voix de Jérémi Nureni Banafuzi, l’un des chanteurs et paroliers du big band fondé en 2008, l’Orchestre imagine que cette homéopathie du « ralentissement des métabolismes interconnectés » est réellement devenue massive, mondialisée. Avec des effets secondaires paranormaux : désormais, les humains sont capables de maîtriser leur tempo. « On peut mettre la vie sur pause : gérer les heures, les minutes, les secondes, accélérer les choses désagréables ou ralentir les instants de bonheur trop fugaces. » Voir grandir ses enfants, enquêter sur les présidents corrompus, apprendre toutes les langues ou faire avance rapide lors d’un rendez-vous chez le dentiste… En attendant de retrouver la scène et de pouvoir enregistrer son troisième album, Bim Bam donne du temps au temps. Temps mieux !Pour voir le clip multiplexe de Bim Bam Orchestra, c’est ici : https://www.youtube.com/watch?v=hXnn1odHgOUImage : La Persistance de la mémoire, de Salvador Dalí (1931). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    03:19
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    Dorothée de Monfreid : « Demain, nous ferons du quotidien une comédie musicale »

    « Pour lutter contre l’excès de raisonnement logique », cette autrice de bande dessinée nous conseille de vivre nos vies comme un film de Jacques Demy, via des alexandrins et des chorégraphies, du matin au soir.Deux tartines qui rêvent d’être prises en sandwich. Un gros cadeau qui n’attend qu’une chose : qu’on le déchire. Un œuf en barquette qui confesse avoir « flashé sur une mouillette ». Une aiguille qui rechigne à avouer le nombre de fils qu’elle a connu dans sa vie. Un tunnel qui s’étonne du passage trop bref de son amant le TGV… Chaud du slip, le nouvel album de Dorothée de Monfreid ! Publiées d’abord dans Mon Lapin Quotidien et désormais rassemblées dans un chouette petit bouquin rouge aux éditions Misma, les historiettes des Choses de l’amour croquent en une, deux, trois ou quatre cases, sur cent pages en noir et blanc d’un trait naïf et tremblant, la vie sexuelle des objets du quotidien.En toute logique, cette autrice et dessinatrice parisienne d’une cinquantaine de livres pour la jeunesse, qui mettent souvent en scène des animaux rigolos (Le Manuel du Docteur Schnock, Pas envie, Sept petits porcelets), des enfants intrépides (Nuit noire, Tony Tiny Boy), voire sa propre famille (Ada et Rosie), pousse le bouchon plus loin – et la chansonnette – en militant ouvertement pour une « comédimusicalisation du monde » du matin au soir. Pour se mettre dans l’ambiance, il faudra d’abord revoir l’intégrale des films de Jacques Demy, puis « s’amuser à improviser en famille ou avec des amis des discussions en alexandrins », en disant n’importe quoi, en chantant et en dansant, afin de « développer notre instinct et l’intelligence de notre corps ». Conseil pratique : « N’hésitez pas à vous servir des objets qui sont autour de vous ; faites juste attention à ne pas vous taper dans les meubles. » Dorothée Monfreid présentera ses meilleures chorégraphies le 17 septembre au Forum des Images, dans le cadre du festival Bédérama, le 18 septembre en dédicace chez Philippe Le Libraire (32 rue des Vinaigriers, Paris 10e, avec Nylso), ainsi que le 9 octobre à la librairie Texture (94 avenue Jean Jaurès, Paris 19e, avec Caroles Fives).Image : Les Demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy (1967). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
    10 MB
    04:17
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    Carl Agité : « Nous avons sauvé la planète, à vous de sauver le cinéma »

    Toujours aussi pépouze « depuis l’année 2081 » dans son chalet alpin, cet énigmatique « ermite » souhaite nous alarmer d’une disparition fort regrettable : le cinoche sur grand écran.Cet enregistrement nous est parvenu par la grâce liquide d’une bouteille de génépi, déposée en évidence à l’entrée des studios, fin août. L’étiquette indiquait : « Pour votre Arche. » À travers le verre, un petit coffre en plastique flottait dans l’alcool de plantes. Le soir même, il fallut trois heures à notre équipe pour boire avec bravoure la boutanche entière, qui tomba en même temps que l’un de nos animateurs, et se brisa. Le coffre roula, s’ouvrit, révélant une pochette étanche, abritant elle-même une clé USB, contenant enfin plusieurs messages audios d’un certain « Carl Agité ».Après débat au sein de la rédaction, il a été décidé de partager avec nos auditeurs ces « témoignages du futur », situés « en 2081 », cent ans exactement après la création de Radio Nova. L’auteur s’y présente sous les traits d’un ermite, « vieux sage et vieux singe », habitant un modeste chalet au pied du mont Blanc. Surprise, agréable : à « son » époque, le monde ne s'est pas encore écroulé.Contrairement à nos possibles descendants belliqueux qui, dans Tenet de Christopher Nolan, « nous en veulent tellement d’avoir défoncé la planète pendant des siècles qu’ils envoient en loucedé des armes nucléaires dans le passé afin d’accélérer la fin du monde », les humains de ce futur-là semblent rassembler deux générations d’écolos convaincus. « Greta Thunberg a aujourd’hui 76 ans, c’est la présidente plénipotentiaire de l’Union européenne réélue pour son seizième mandat par référendum international, et Mamy Greta nous a bien expliqué comment arrêter de niquer la biodiversité, juste après la seconde Guerre mondiale de l’eau potable. »En revanche, le cinéma, lui, a disparu. « La dernière salle, le dernier grand écran, a fermé en France en 2046. Il reste quelques ciné-clubs privés, fauchés ou pleins aux as, animés par des nostalgiques. Ou des salles désaffectées occupées clandestinement avec des copies qui se détériorent. C’est pareil partout dans le monde. Et la plupart des studios, en réaction, ont mis la clé sous la porte. Finie l’image qui vous dévore l’imaginaire à cause de la taille de l’écran, du son si puissant, de l’émotion partagée avec des inconnus, des souffles suspendus. » D’où cet appel désespéré, plutôt inattendu : « Je vous en conjure. Ce n’est plus la peine de sauver la planète, on s’en charge. Mais vous pouvez encore sauver le cinéma, car tout le monde s’en fout en 2081. Retournez en salles ! »Pour écouter le précédent message du futur de Carl Agité, c’est ici : https://www.nova.fr/podcast/larche-de-nova/carl-agite-demain-se-fera-gratter-le-dos-quatre-jours-par-semaine Image : Tenet, de Christopher Nolan (2020). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    03:45
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    Loups : « Quand je serai tyran, je vous forcerai à regarder chaque jour un.e inconnu.e, pendant 27 minutes »

    Chef de meute d’un trio de rock pour cœurs brisés, cette Parisienne exilée à Nantes entend bientôt imposer par la force « l’acceptation de l’autre », non sans avoir au préalable ordonné à ses loups de dévorer le personnel de l’Elysée.« Je m’ennuie de ton odeur, l’eau de ton parquet / des films d’amour et d’horreurs nus sur le canapé / Je m’ennuie de ton palais et de ses vapeurs de whisky, de ces princes écossais qui partent toujours avant midi », se lamente Laura Maire sur Rayures, étonnante variation autour du thème entêtant du Boomerang de Gainsbourg, chanson-titre du dernier EP de sa meute nommée Loups, sorti en 2019. Un peu plus tôt, cette Parisienne exilée à Nantes, marquée par les textes de Bashung ou de Dominique A, se décrit comme un « automate enrayée de chaque fois repartir de zéro ». Et c’est bien ce qui risque de se produire à l’écoute de sa vision d’avenir, pour laquelle elle s’autoproclame « tyran ».Tout va repartir à zéro. « Dans les six jours » qui suivront la sortie de son premier album à paraître au printemps sur le label My Dearecordings, Laura lancera ses loups sur l’Elysée, Matignon, le Sénat et l’Assemblée, qui vont dévorer « leurs vieux corps et leurs idées dépassées ». Ayant obtenu les pleins pouvoirs, elle imposera au niveau national des « sessions de découverte et d’acceptation de l’autre ». Chaque jour, pendant vingt-sept minutes, à une distance minimum de 4,5 mètres dans un bâtiment encadré par l’Etat, il sera obligatoire de regarder, sans se parler, un.e inconnu.e, « de l’observer et de réfléchir », à charge pour les deux participants d’écrire au moins une phrase à propos de la personne en face. « Ce sera le plus beau, le plus doux, le moins bruyant et le plus intense de tous les règnes. » Et les Loups de Laura hurleront à la lune cet exercice d’empathie lors d’un live le 18 décembre à la Maison des Arts de Saint-Herblain (Loire-Atlantique).Pour écouter le dernier EP de Loups, c’est ici : https://loups.bandcamp.com/releasesImage : fragment de Trois femmes et trois loups, d’Eugène Grasset (1892). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    03:24
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    Jorge Bernstein : « Demain, débarrassés des humoristes, on pourra enfin se faire chier »

    Les comiques, médiatiques ou familiaux : qui sont-ils, quels sont les réseaux ? Et s’ils disparaissaient tous – sauf un – du jour au lendemain ? Non loin de Rennes, ce musicien et scénariste de BD s’emploie à faire éclater la vérité.« Une société secrète pour démasquer des sociétés secrètes, c’est pas bizarre ? » Ainsi démarre Les Complotistes, la réjouissante BD signée Jorge Bernstein et Fabrice Erre, à paraître le 2 octobre aux éditions Dupuis. Dans le local à poubelles du lycée Johnny-Hallyday, un adolescent débrouillard, Kevin_Néo, exerce son esprit critique auprès d’un professeur parano, Patrick Mulder, qui l’entraîne à identifier la vérité désormais « ensevelie par des canailles sous un tas de fariboles pour TROMPER LES GENS ». Ensemble, ils se demandent si le Moyen-Âge a eu lieu, si Paul McCartney est mort, si l’on peut repérer les femmes illuminatis à la pièce triangulaire de leur bikini, s’avouent perplexes en découvrant que les mots « Hitler » et « Hipster » sont étrangement proches et, surtout, comme leurs auteurs, s’échinent à mettre en lumière les mécanismes du conspirationnisme. Dans cette perspective éducative, Jorge Bernstein prend la parole, tel un lanceur d’alerte es zygomatiques, pour nous avertir d’un futur garanti sans fake news : incessamment sous peu, tous les comiques vont disparaître, sauf un (nous vous laissons le soin de deviner lequel en écoutant cet épisode). Scénariste prisé pour la rigueur scientifique de ses facéties (en collab’ avec Terreur Graphique, Fabcaro, Julien/CDM ou Rudy Spiessert), cofondateur breton des garage-rock Pioupioufuckers, le bon docteur Jorge, dans son domaine d’Orgères non loin de Rennes, y voit l’opportunité grandiose de pouvoir enfin « se faire chier ». Finis « les rires forcés, les conversations où il faut faire de l’esprit », place à des activités exécutées « sans enthousiasme », parmi lesquelles « la pollution, la pleine conscience, l’hygiène des mains, la religion ou la motoculture de plaisance », dans des temps « de plus en plus douloureux » « en attendant la mort comme une délivrance ». Cette histoire possède une chute machiavélique, mais il faut appuyer sur play.Image : Horace & Pete, de Louis C. K. (2016). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    04:04
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    Grégory Le Floch : « Demain verra le règne de la délicatesse »

    Ce professeur de lettres parisien, auteur d’un second roman surréaliste, prédit l’empire des « êtres souples, légers, aériens » dans des villes de marbre rose, réponse émouvante à l’homophobie ordinaire.« Mon cœur battait fort de ne pas savoir ce que je venais de découvrir et qui ressemblait – sans l’être – à une sorte de pièce de monnaie, molle et irrégulière, ou plutôt à un petit organe de souris, comme un estomac ou une rate. Je me suis dit que cette chose devait être un objet de valeur, un objet important (…) » Publié cette rentrée aux éditions Christian Bourgois, le second roman de Grégory Le Floch, De parcourir le monde et d’y rôder, suit les turpitudes épiques d’un narrateur (vigile anonyme conçu comme une « porte ouverte ») qui entend bien restituer à son propriétaire cette chose trouvée sur le trottoir, qui lui crie de se rendre à Vienne, en Autriche. Dans le train, on l’insulte de « sale pédé » et il s’enfuit, trouvant refuge dans un compartiment où pleure un bébé, qu’il jette par la fenêtre avec les remerciements de la maman. « Immédiatement après, il y a eu un calme fantastique. J’ai senti que j’obtenais enfin un résultat, mon premier résultat, et je l’ai savouré avec intensité. »Cette « chose », est-ce une pierre philosophale, un fétiche africain, un énorme calcul biliaire ou une « pelure d’orange, séchée et recousue », fragment perdu d’une œuvre d’art en forme d’« évocation évidente et néo-conceptuelle des homosexuels noirs dans un contexte néo-urbain » ? Son enquête surréaliste, pullulant de scènes improbables, le fera arpenter un monde souvent brutal. L’auteur, professeur de lettres parisien de 34 ans, remarqué en 2019 pour son roman Dans la forêt du hameau de Hardt, prédit donc pour Nova l’empire des « êtres souples, légers, aériens » aux cheveux très longs, ceux et celles qui possèdent « des ailes accrochées aux chevilles », vêtus de soie et de lin dans des villes de marbre rose, vert ou bleu, comme une réponse lyrique à l’homophobie ordinaire. « Sortir dans la rue, ce serait comme entrer dans une église baroque : tout sera exubérant, dramatique et torsadé. » Contre « les bœufs, les veaux, les salauds », « ceux qui vous frappent et qui vous étranglent », Grégory Le Floch réclame le règne de la délicatesse.Image : Laurence Anyways, de Xavier Dolan (2012). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    03:27
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    Balval Ekel : « Demain, on aidera ceux qui s’essoufflent, ceux qui agitent les bras »

    Commençons par dire, puisqu’on aime ici la musique et le romanesque, que Balval Ekel (« le vent et la solitude », en romani) est le pseudo d’une prof’ de lettres de Vendée, Pascale Radière, qui découvrit à 46 ans qu’elle était la fille d’un immense guitariste, violoniste et contrebassiste de jazz, Elek Bacsik (1926-1993), qui joua pour ou avec Quincy Jones, Bud Powell, Michel Legrand, Elvis, Gainsbourg ou Barbara, que Bashung adorait. Ce « Clark Gable à la peau mate », Tzigane d’origine hongroise « qui ne faisait jamais d’histoires », fut le sujet de son premier livre, Un homme dans la nuit (2015, éditions Jacques Flament).Suivront un très court roman d’enfermement (Le Bunker, 2015) ou, en tout début d’année, Comme un trou lumineux dans le trottoir – pourquoi je lis Les Fantômes du Chapelier de George Simenon, bref essai publié aux éditions Le Feu Sacré sur son goût longue durée pour le père prolifique et belge de Maigret, dans laquelle Madame Ekel écrit : « En ces heures où l’on ne se gêne plus pour dénigrer les pauvres et les migrants, où l’on voit même des commandos se créer pour les chasser hors de nos frontières, Les Fantômes du Chapelier apparaît comme un antidote aux poisons divers et variés répandus dans nos nuits froides. »En toute logique, ce « chat de gouttière » rêve pour Nova d’un futur où le monde serait confié « à des navigateurs et des marcheurs, en dehors de tout esprit de compétition ». « Sans dieu sans maître, sans discours menteurs, sans frontière, sans argent », le corps humain y redeviendrait « la mesure fondamentale », où tout sera évalué d’un pouce ou d’une coudée ; on y voyagerait « en s’appuyant sur la brasse », « en redonnant du sens aux lointains, aux australes, aux confins », « avec la conscience exacte de notre environnement et de nos forces ; on saurait ce qu’il en coûte de se dépasser ». Est-ce que les transports en commun auront disparu ? Balval Ekel ne le précise pas. Mais on appréciera, dit-elle, « la convivialité des refuges et la solitude des chemins », en aidant « ceux qui s’essoufflent au bord de la route, ceux qui agitent les bras d’un canot en détresse ». Image : Les Fantômes du Chapelier, de Claude Chabrol (1982). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    03:18
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    Carl Agité : « Demain, on se fera gratter le dos quatre jours par semaine »

    Pépouze dans son chalet des Alpes, cet énigmatique « ermite » nous chante « depuis l’année 2081 » les louanges d’une mesure très attendue : le revenu universel de base.Cet enregistrement nous est parvenu par la grâce liquide d’une bouteille de génépi, déposée en évidence à l’entrée des studios, fin août. L’étiquette indiquait : « Pour votre Arche. » À travers le verre, un petit coffre en plastique flottait dans l’alcool de plantes. Le soir même, il fallut trois heures à notre équipe pour boire avec bravoure la boutanche entière, qui tomba en même temps que l’un de nos animateurs, et se brisa. Le coffre roula, s’ouvrit, révélant une pochette étanche, abritant elle-même une clé USB, contenant enfin plusieurs messages audios d’un certain « Carl Agité ».Après débat au sein de la rédaction, il a été décidé de partager avec nos auditeurs ces « témoignages du futur », situés « en 2081 », cent ans exactement après la création de Radio Nova. L’auteur s’y présente sous les traits d’un ermite, « vieux sage et vieux singe », habitant un modeste chalet au pied du mont Blanc. Surprise, agréable : à « son » époque, le monde ne s'est pas encore écroulé. Et tout ceci serait dû à la mise en place d’une mesure très attendue : le revenu universel de base.Cependant, dit-il, à la différence de celui qui sera bientôt expérimenté en Allemagne (sélectionnées parmi un million de volontaires, 120 personnes toucheront 1200 euros par mois pendant trois ans, sans condition, sans obligation de travail, afin d’étudier leurs comportements), « trois journées de boulot » seront exigées de l’Etat « en fonction de nos compétences et de notre forme physique, pour des activités collectives qui profitent à tous, par tirage au sort », d’après Carl Agité. Réparer une route, bêcher un verger, nettoyer une rivière, enseigner le français à des réfugiés, réfléchir à une loi anti-corruption ou « s’occuper de la popote à la cantine »… les activités tournent et les chefs aussi. Et le reste de la semaine ? On se gratte le dos, à la coule. Image : The Big Lebowski, de Joel & Ethan Coen (1998). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    03:49
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    Valéry Molet : « Demain, il faudra juste se taire, un an sur deux »

    « Dans la perspective d’un monde plus juste, où les crapauds parleraient, où les chiens écriraient l’Histoire des croquettes, j’aimerais évoquer l’instauration d’une année du silence. » La voix est sûre, le timbre grave, les propos surréalistes. Historien de formation, énarque issu de la même promo qu’Emmanuel Macron, auteur d’une dizaine d’ouvrages (romans et poésies, aux titres souvent funèbres : Le Nœud du pendu, Le Crématorium inutile, La Pâture des vers, Aucune ancre au fond de l’abîme), l’écrivain parisien Valéry Molet nous adresse – depuis la Bretagne – une drôle d’apologie pataphysique du silence. Mais qu’est-ce que le silence ? « Foutre ! C’est comme la poésie, personne n’en sait rien (…) Ce n’est ni une lame de rasoir, ni une casquette, ni une banane molle abandonnée sur la banquette arrière d’une carcasse de voiture. » Pour celles et ceux qui aiment les nuages, cet admirateur de Pouchkine, de Céline et de Virginia Woolf préconise le vote par référendum d’un an de mutisme absolu, tous les deux ans, afin que plus rien « ne bruisse ou ne gigote », le tout sous des « pluies torrentielles », afin de contrer semble-t-il l’atmosphère générale de « fête tristounette » et de « laisser-aller vestimentaire » – notamment vis-à-vis de notre usage préoccupant des claquettes. La France a peur, car ici, « les récalcitrants seraient condamnés à vivre sur la côte d’Azur ».Comme rien n’arrive par hasard, Valéry Molet publiera en 2021 un bref essai sur ce « roman qui empeste, dont l’odeur vous poursuit », Gilles, de l’écrivain Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945, dandy, dada, séducteur compulsif, d’abord républicain, ami d’Aragon, de Lacan, de Malraux, qui vira ensuite « socialiste fasciste » et collabo) aux éditions Le Feu Sacré. Où l’on pourra lire, encore : « Si seulement, on pouvait rendre tout silencieux et vide pendant quelques instants, on s’apercevrait avec ironie que rien ne nous manque (…) Tout bipe. On fait une marche arrière, cela bipe. On frôle une voiture, cela bipe. Les restaurants, les gares, les hôtels bipent nuit et jour à rendre fou un coléoptère. Les téléphones bipent, sonnent, rôdent dans les absides du bruit. (…) Les neurones grillent. Cela sent la saucisse. »Image : Edward Hopper, Route à quatre voies (1956). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    03:32
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    Gontard : « Demain, le bonheur sera une idée neuve »

    « Tout est différent, en 2029. On avance sur des brancards. » Le refrain est chanté d’un air guilleret, sur le sample d’un vieux piano de bastringue. Bienvenue à Gontard-sur-Misère, ville fragile née de l’imagination du musicien Nicolas Poncet dit Gontard, par ailleurs travailleur social à Romans-sur-Isère (Drôme). Nous sommes en 2029, titre de ce troisième album de « hip-roll-slam-pop », paru en 2019 sur le label Ici et d’ailleurs, écrit et enregistré avec la complicité de Vincent Brion et peignant, par la voix d’un chanteur de variétés « qui n’a jamais risqué sa vie » l’avenir sombre d’une bourgade de 33 000 habitants, frappée par la crise et gérée par un maire « ultra-droite ». « En attendant qu’on installe l’internationale des prolos et des clodos à pigeons, on a mis en place l’internationale du pognon ; nous n’avons plus d’amis, nous avons des partenaires. »Grimpant à bord de notre Arche, Gontard esquisse une suite en forme d’idéal Eden… situé sur une autre planète, trois ans plus tard, en 2032. Certes, « l’apocalypse a eu lieu » sur Terre, mais « là-haut », la population « rajeunit », l’agriculture est « verticale » et « le monde est devenu un immense marché aux fleurs ». « Le bonheur est une idée neuve », le sexisme a disparu, le partage des connaissances semble naturel et désirable, il n’y plus de police, « pas besoin », et les sociétés ne comptent « ni esclavage, ni mensonge, ni honte, ni divinité, ni chaînes d’info en continu ». Béni soit ce prophète optimiste, qui sera en concert le 20 novembre au Mans et le lendemain à Brest. Image : générique de fin de Wall-E d’Andrew Stanton (2008) See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    03:31
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    Clémentine Mélois : « Demain, la France entière mangera des frites avec Jean Echenoz »

    Déterminée à remonter le moral de ses compatriotes, cette plasticienne nantaise rêve de fines lamelles de pommes de terre à partager – sur Zoom ? – avec l’auteur goncourisé de « Je m’en vais ».« Bon pour un jour de légèreté. » C’est le titre du nouveau recueil de détournements conçus par la plasticienne et écrivaine nantaise Clémentine Mélois, à paraître en novembre chez Grasset, qui rassemblera toutes ses créations nées pendant le confinement. Photo de thermomètre indiquant « toujours pas de fièvre mais vous avez pris des joues » ; réécriture de la première page d’À la recherche du temps perdu, dans laquelle Proust se demande quel est l’équivalent français de « scroller » ; reproduction sur ballon du visage de Wilson dans Seul au monde ; pastiche d’un ticket de concert pour assister depuis son salon au discours présidentiel, lové.e dans un carré or canapé+chipsters ; Une édifiante d’un journal local, qui pose en lettres capitales la question « Doit-on prendre des mesures pour avancer l’heure de l’apéritif ? » ; almanach 2020 avec jolies photos de pangolins ; vinyle vintage d’Alain « Gestes » Barrière ; paquet de chewing-gum hollywoodien où la chloroquine a remplacé la chlorophylle.Mais pourrions-nous aller encore plus loin dans la légèreté ? Déterminée à remonter le moral des Français, l’autrice de Chère Bertille et la lune en gruyère rêve de fines lamelles de pommes de terre à partager avec l’écrivain français Jean Echenoz, goncourisé pour Je m’en vais (1999), que Clémentine Mélois a très avidement « binge-lu » ces derniers mois, subjuguée par l’humour, les adresses au lecteur et le travail stylistique à l’œuvre dans Les Grandes Blondes, Ravel, Au piano ou Jérôme Lindon. Se poseront très vite, sans doute, des questions logistiques : faut-il pour cela avoir recours à une appli, des sosies, un hologramme ? Une vidéo-conférence nationale, via Zoom ? Il faudra trancher. Mais quel bonheur d’entendre, dans le mâchonnement régulier d’une assiette de frites, des phrases comme celle-ci, échappée de L’Equipée malaise : « Sur toute sa joue, parallèlement à l'arc du maxillaire, cette barbe était traversée par une longue balafre transamazonienne à plusieurs voies, marque des dents d'une petite fourche ou des griffes d'un moyen lion. » Miam.Pour écouter Jean Echenoz en interview sur une péniche à la frontière allemande, au micro de la Nova Book Box, c’est ici : https://www.nova.fr/podcast/nova-book-box/lever-lencreImage : Mathilde de Capèle. See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    03:17
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    « Demain, on fera du troc de connaissances par la pensée »

    « Jaguar enragé » par la crise vénézuélienne, cette musicienne de Belleville souhaite la ruine du capitalisme, laissant place à un système d’échange de savoirs ayant fonction de monnaie, « grâce aux vibrations du cerveau ». See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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    « Demain, on fera du troc de connaissances par la pensée »

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  • 08.09.2020
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    Juicy : « La nature ne s’émeut ni de vos putains de joies ni de vos putains de douleurs »

    Depuis Bruxelles, ce puissant duo féminin de « R’n’Bitch » ne se fait plus aucune illusion sur l’espace humaine et sample les colères d’Angélica Liddel. See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    Depuis Bruxelles, ce puissant duo féminin de « R’n’Bitch » ne se fait plus aucune illusion sur l’espace humaine et sample les colères d’Angélica Liddel. See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    03:17
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    Laetitia Dosch : « Demain, chacun sera responsable d’un arbre »

    Entre Paris et Lausanne, cette actrice-autrice nous branche sur un spectacle et une radio où les arbres ont la parole, afin de « franchir le mur entre les espèces » et nous enseigner la solidarité. See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    04:01
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    Gilles Marchand : « Demain, les lutins seront de retour dans les bois et chanteront Bérurier Noir »

    Imprégné de culture rock, cet écrivain parisien rêve de révolte douce et signera, à la rentrée, un troisième roman centré autour d’une troupe « d’anciens taulards, de nouveaux crevards » et de leur humble meneuse.« Les pas comme il faut, les mal élevés, les malhabiles, les mal finis, les mal foutus, les malades, les bancals. Les sourdingues, les doux dingues et les baltringues. » Un matin, celle que l’on surnomme « Jolene », en hommage à sa passion obsessionnelle pour la complainte country de Dolly Parton, a décidé que cette population de laissés-pour-compte ne serait plus jamais « des moins-que-rien ». Certains vivent, comme elle, dans un hôtel miteux où ils ont depuis longtemps franchi « leur point de rupture », cadre du troisième roman de l’écrivain parisien Gilles Marchand, qui sera publié fin août aux éditions Aux Forges de Vulcain. Son héroïne, une caissière au chômage à grosses lunettes, va réussir « à créer un nous avec des gens qui n’étaient jamais parvenus à être un je. »Chouchou des libraires, l’auteur cravaté d’Une bouche sans personne (2016) et d’Un funambule sur le sable (2017) se faufile à bord de notre Arche les bras chargés de pancartes, réclamant « l’augmentation du nombre de merveilles du monde », de « faire démourir Kurt Cobain, Amy Winehouse ou Buddy Holly », « moins de trous dans la Sécu et dans le gruyère », ainsi que la réintroduction dans nos forêts d’au moins « deux familles de lutins », qui entonneront l’hymne punk alterno fraternel pour détraqués-petits-agités signé Bérurier Noir, Salut à toi (1985). Vivement Noël dans les sous-bois.Habillage : Emmanuel Baux.Visuel © Elfes, de Jamaal Burdel (2018). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    04:01
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    Gilles Marchand : « Demain, les lutins seront de retour dans les bois et chanteront Bérurier Noir »

    Imprégné de culture rock, cet écrivain parisien rêve de révolte douce et signera, à la rentrée, un troisième roman centré autour d’une troupe « d’anciens taulards, de nouveaux crevards » et de leur humble meneuse.« Les pas comme il faut, les mal élevés, les malhabiles, les mal finis, les mal foutus, les malades, les bancals. Les sourdingues, les doux dingues et les baltringues. » Un matin, celle que l’on surnomme « Jolene », en hommage à sa passion obsessionnelle pour la complainte country de Dolly Parton, a décidé que cette population de laissés-pour-compte ne serait plus jamais « des moins-que-rien ». Certains vivent, comme elle, dans un hôtel miteux où ils ont depuis longtemps franchi « leur point de rupture », cadre du troisième roman de l’écrivain parisien Gilles Marchand, qui sera publié fin août aux éditions Aux Forges de Vulcain. Son héroïne, une caissière au chômage à grosses lunettes, va réussir « à créer un nous avec des gens qui n’étaient jamais parvenus à être un je. »Chouchou des libraires, l’auteur cravaté d’Une bouche sans personne (2016) et d’Un funambule sur le sable (2017) se faufile à bord de notre Arche les bras chargés de pancartes, réclamant « l’augmentation du nombre de merveilles du monde », de « faire démourir Kurt Cobain, Amy Winehouse ou Buddy Holly », « moins de trous dans la Sécu et dans le gruyère », ainsi que la réintroduction dans nos forêts d’au moins « deux familles de lutins », qui entonneront l’hymne punk alterno fraternel pour détraqués-petits-agités signé Bérurier Noir, Salut à toi (1985). Vivement Noël dans les sous-bois.Habillage : Emmanuel Baux.Visuel © Elfes, de Jamaal Burdel (2018). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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  • 08.09.2020
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    03:49
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    James BKS : « Demain, nos enfants apprendront l’empathie à l’école»

    « Secret le mieux gardé » de l’afro-groove hexagonal, le fils de Manu Dibango suggère de remplacer les cours de physique ou de biologie par des leçons de compassion, pour davantage de tolérance et de savoir-vivre.« Nous sommes la nouvelle race et on s’en tape, vraiment. Poing en l’air, poing en l’air. » Le refrain réactive des combats intemporels, plus que jamais dans l’air du temps. Second single du premier album en préparation du musicien français James BKS (pour« Best Kept Secret »), le remuant New Breed, sorti en novembre dernier, hymne afro-groove tissé par une agréable kora, réunit les fulgurances du patron new-yorkais Q-Tip, le flow désinvolte de l’Anglaise Little Simz et le charisme viril de l’acteur, rappeur et DJ britannique Idris Elba, célèbre pour son rôle de gangsta rigoureux dans la série The Wire. Lequel déclame, dans son couplet sur le pillage de l’Afrique colonisée : «Nous allons vous montrer que tout ce que vous avez volé vit et respire. Ce qui a commencé avec nous finira avec nous. Regardez-nous dans les yeux, vous aurez vraiment peur de cette nouvelle race qui descend de la montagne. Nous n’avons peur de rien. Que l’esclavage aille se faire foutre. Ceci n’a rien d’un film hollywoodien. Nous allons trancher la gorge de l’ancien système. Et si vous n’êtes pas avec nous, vous feriez mieux de courir. »Mais que savons-nous de ce « secret le mieux gardé » parmi les beatmakers du moment, premier artiste signé sur le tout récent label d’Idris Elba, 7Wallace Music ? Compositeur pour Snoop, Puff Daddy, Ray Lema ou Ismaël Lo, auteur de bandes-originales (La Taularde, Le Gang des Antillais) et fils du géant jazz Manu Dibango (dont il fit la connaissance il y a quelques années seulement), James BKS décrit New Breed comme une manière de rallier des artistes soucieux, comme lui, de se reconnecter à leurs racines. Pour notre Arche, celui qui enflamma Radio Nova la semaine dernière lors d’un bref concert fort bien cadencé suggère de remplacer les cours de physique ou de biologie par des leçons d’empathie, pour davantage de tolérance entre les peuples et les classes sociales. On se rappelle alors du fameux proverbe de (son) Papa Groove : « On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir : chacun a besoin de l'autre pour se révéler. »Pour réécouter le live de James BKS sur Nova, c’est là.Visuel © The Wire saison 4, de David Simon (2006). See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

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